• A la barre avec Eric Dupond-Moretti

     

    A la barre d'Eric Dupond-Moretti

    Théâtre de la Madeleine, Paris

    Jusqu’au 24/02/19 et du 24 au 28 septembre 2019

    Disponible en livre

     


    Résumé :

    Eric Dupond-Moretti, figure du droit français, se raconte. Celui que l’on surnomme Aquitator commence en effet par nous narrer sa vie. Le pourquoi du comment il en est arrivé là, son enfance, les injustices qui l’on poussé à donner sa voix aux criminels, ses premiers flirts et ses mentors.

    Il ne se prive pas non plus de nous livrer son point de vue sur la société actuelle.

     


    Ma critique :

    J’ai vu cette pièce au théâtre de la Madeleine, et je l’ai vraiment adorée. C’est déjà assez exceptionnel de voir un homme tel qu’Eric Dupond-Moretti dans un autre cadre que celui dans lequel il excelle, c’est-à-dire le droit. Le voir en vrai, et surtout l’entendre en vrai, est très fascinant. J’ai l’ai trouvé déjà plein d’humour. En effet, pour une première fois sur les planches, j’ai trouvé que son jeu d’acteur était très au point. C’est aussi intéressant dans le contenu, d’avoir le point de vue de quelqu’un qui traite des faits, très médiatisés, de l’intérieur. Pour ceux qui l’ignorent Eric Dupond-Moretti a défendu Abdelkader Merah, le frère du terroriste Mohamed Merah. Durant cette pièce vous aurez l’occasion d’entendre une partie de la plaidoirie qu’Eric Dupond-Moretti a tenu lors de son procès.

    Il nous livre ses raisons qui le poussent à défendre l’indéfendable, ses astuces pour faire flancher un jury, ses “tiroirs“ (= phrases toutes faites employés systématiquement par un avocat, qui constitue sa marque de fabrique), de manière très décomplexée.

    Mais l’écriture le mène plus loin dans son introspection. En effet, pour le plus grand bonheur du public, l’acteur ne se privera pas de commenter l’actualité, du point de vue de l’homme de loi qu’il est. Les actes antisémites qui sévissent sur le territoire français en ce moment prennent au fil de ses mots une tout autre dimension. Dieudonné, Eric Zemmour, Benalla, bref. Visiblement, il n’a pas peur de faire polémique.

    J’ai été très impressionnée par le recul qu’il parvient à prendre sur la société d’aujourd’hui, mais surtout par sa capacité à être particulièrement détaché de la critique et du politiquement correct. Rapidement il a allumé une cigarette sur scène. Malgré l’interdiction légale de le faire. Mais sans aucune gêne.

    Je vous recommande vivement de vous déplacer pour aller voir cette pièce, très riche et enrichissante !

     


    Pauline


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  • Etreintes brisées de Pedro Almodóvar (2009)
    Avec Penélope Cruz et Lluis Homar
    Durée : 02h09

     

    Etreintes brisées, Pedro Almodovar

     


    Synopsis (Allociné) :


    Dans l'obscurité, un homme écrit, vit et aime. Quatorze ans auparavant, il a eu un violent accident de voiture, dans lequel il n'a pas seulement perdu la vue mais où est morte Lena, la femme de sa vie.
    Cet homme a deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est son nom de baptême, sous lequel il vit et signe les films qu'il dirige. Après l'accident, Mateo Blanco devient son pseudonyme, Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus diriger de films, il préfère survivre avec l'idée que Mateo Blanco est mort avec Lena, la femme qu'il aimait, dans l'accident.

     

    Mon avis :


    Quatorze ans après son tragique accident, le passé refait surface et pousse Mateo Blanco (alias Harry Caine) à se replonger dans son histoire, à la raconter et à en découvrir de nouvelles parcelles.
    Etreintes brisées, c'est la passion qui transcende tout, qui dévore et détruit, c'est l'amour qui transforme pour toujours, des secrets enfouis profondément, le silence qui brûle les lèvres et la vérité qui éclate. C’est un film qui réunit des éléments chers au réalisateur : une situation familiale complexe et bancale, des amours tragiques, des personnages forts, courageux, hauts en couleur, qui semblent porter le monde sur leurs épaules et qui finissent par dévoiler tout ce qu'ils gardent en eux depuis trop longtemps. L’accent est mis, comme souvent avec Almodóvar, sur les femmes, qui sont fascinantes et d’une grande complexité.
    La chronologie se trouve par ailleurs totalement ruinée dans ce film : les flashbacks se mêlent au présent, le spectateur fait des allers et retours dans le temps et doit patienter un moment avant de reconstituer l'histoire dans sa totalité. On attend, à la merci des personnages qui choisissent de raconter ou non, qui créent eux-mêmes le suspense. Et on se prend au jeu, on aime ça.
    Etreintes brisées nous emporte dans des histoires sombres mêlant étroitement trahisons et fatalité qui ne nous laissent finalement pas indemnes. Un film fort et mémorable !

     

    Jeanne


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  • Call me by your name de Luca Guadagnino (2018)
    Avec Armie Hammer et Timothée Chalamet

    Durée : 2h11

     

    Call Me By Your Name, Luca Guadagnino

     

    Synopsis 


    Elio a dix-sept ans et il passe l'été avec sa famille dans une villa en Italie. Ses journées sont rythmées par la musique qu'il joue, les livres qu'il lit, les baignades dans la rivière et les promenades à vélo, ses flirts aussi. Mais Oliver, étudiant américain venu étudier auprès du père d'Elio, arrive et chamboule la tranquillité du quotidien. Les deux hommes construisent peu à peu des liens d'une grande force, et développent une passion violente l'un pour l'autre...

     

    Mon avis


    Call me by your name, c'est une atmosphère qui nous marque et nous colle à la peau pendant des jours : le soleil qui brille et dont on peut presque sentir la chaleur caresser nos joues, la douceur de l'ombre des arbres dans le jardin et le bruit de l'eau qui coule, la beauté de l'amour qui se forme peu à peu, tout doucement, du bout des doigts, jusqu'à nous emporter tout entier. En sortant de la salle, j'ai eu envie de partir en vacances en Italie, de profiter de chaque précieuse seconde que la vie nous offre et d'aimer de toutes mes forces.
    Et puis, comment ne pas évoquer la bande originale du film composée de morceaux de musique classique qui donnent une dimension tout à fait poétique et atemporelle à l'oeuvre ? Comment ne pas parler du génie du réalisateur qui parvient à rendre le corps des hommes absolument fascinant et envoûtant ? Alors que la muse est traditionnellement une femme, on nous fait voir ici toute la beauté des attributs masculins dès les premières minutes du film, et accomplir un tel renversement est vraiment bien joué.
    Call me by your name, ce n'est pas un film sur l'homosexualité, c'est un film sur l'amour, un film qui nous emporte au rythme de la passion violente qui existe entre deux hommes mais sur laquelle on ne pose jamais de jugement, qu'on ne cherche jamais à expliquer ni à justifier. Je suis reconnaissante pour cela aussi.
    Un chef-d'œuvre et un coup de cœur.

     

    Jeanne


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  • Green Book ; Peter Farrelly (2019) 2h10

    Green Book, Peter Farrelly

    De quoi ça parle ?


    Ce film est inspiré d’une histoire vraie.
    En 1962, Tony Lip, un américain d’origine italienne mène sa petite vie quotidienne en tant que videur de boîte de nuit dans le Bronx jusqu’au jour où celle-ci est provisoirement fermée. Il trouve alors un emploi auprès du Dr Don Shirley, un brillant pianiste d’origine jamaïcaine qui l’engage en tant que chauffeur pour entamer une tournée dans le Deep South (le Sud Profond des Etats-Unis). Mais le problème tient du fait que les personnages évoluent dans le contexte ségrégationniste. Jouer dans le sud américain ne s’avèrera donc pas chose aisée pour Don Shirley.

    Mon avis


    Une chose est certaine, les deux acteurs : Viggo Mortensen et Mahershala Ali sont magistraux. La force de ce feel-good movie réside justement dans la relation entre les deux personnages. Ici, Don Shirley représente le raffinement et l’élégance tandis que son acolyte est simplet, « tchatcheur » comme il se définit lui-même et il faut bien le dire xénophobe, du moins au début du film. Mais le film opère à une intéressante évolution entre les deux personnages : au fil des concerts chacun va apprendre quelque chose à l’autre alors que tout semble les opposer : la couleur de peau, le milieu social et les goûts. Ainsi Don Shirley va par exemple initier son chauffeur à écrire des lettres poétiques à sa bien-aimée. En ce sens, cette amitié germante et qui va évoluer tout au long du film offre une véritable leçon d’humanité qui fait du bien dans ces heures sombres du « trumpisme ».
    En plus d’être une véritable leçon de vie humaine, ce film est aussi d’une tonalité comique intelligente, l’humour étant vraiment fin, et ça c’est plutôt rare au cinéma surtout pour un réalisateur qui a jusque-là tourné des films plutôt potaches comme Mary à tout prix. La scène où Tony essaie de faire manger du poulet frit à la façon KFC est franchement d’une drôlerie profonde.
    Enfin, le film est aussi marquant par son atmosphère sociale et politique. Le titre en est déjà imprégné. Le « Green Book » aussi appelé The Negro Motorist Green Book était un guide publié chaque année entre 1936 et 1966. Il recensait les lieux, notamment les hôtels où les Afro-Américains pouvaient être acceptés. Ainsi c’est dans cet environnement de discrimination que va évoluer le personnage du pianiste dans un subtil paradoxe : s’il est applaudi par le public du Sud, il en est en même temps rejeté. Certaines scènes sont vraiment poignantes face à cette réalité.
    Il y aurait peut-être pour ma part, cependant un défaut à relever dans le film qui réside dans la conclusion du film, peut-être un peu trop conventionnelle mais cela n’enlève en rien la magie et l’intelligence de ce long métrage nommé à maintes reprises aux Oscars 2019 notamment dans les catégories du meilleur acteur pour un second rôle (Ali), du meilleur acteur (Mortensen) ou encore le Graal suprême du meilleur film.
    Green Book est un film qui nous fait évader et qui fait du bien en ce début d’année. L’alchimie entre les deux héros opère à merveille dans ce film à la fois drôle, humaniste et touchant.

    Ma note : 4/5


    Nathan Muller


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  • Cold War, Pawel Pawlikowski

    Titre : Cold War

    Durée : 1h25

    Date de sortie en France : octobre 2018

    Réalisateur : Pawel Pawlikowski

    Genre : Drame historique

    Acteurs principaux : Tomasz Kot, Joanna Kulig

    Prix de la mise en scène du Festival de Cannes 2018

     

    Résumé

    Une histoire d'amour entre un pianiste et une chanteuse, une histoire de danse et de musique noyée en pleine Guerre froide, au gré des modes, des influences musicales, de l'absurdité politique, des frontières et des régimes totalitaires … La quête sans cesse renouvelée de l'âme sœur et de sa traduction musicale parfaite sur les routes de Pologne, de France, d'Allemagne ; la guerre et son habileté à séparer les êtres qui s'aiment.

     

    Critique

    Un coup de coeur total pour ce film de Pawel Pawlikowski dont j'avais omis la nomination au Festival de Cannes 2018. Si l'histoire d'amour du film, légèrement inspirée de celle des parents du réalisateur, comprend quelques incohérences et rebours, nécessaires à la poursuite de l'intrigue, nous sommes néanmoins happés par la force visuelle, musicale et sensuelle de ce film qui mélange aussi bien les musiques – des chants traditionnels polonais revisités par le régime stalinien au jazz joué dans les cafés parisiens – que les langues, la voix de l'amour constamment balancée entre le polonais, le français, l'allemand, le russe… Quelques longueurs sont palpables, mais elles sont rapidement balayées par les immenses tableaux artistiques, ces spectacles complets : tantôt l'ordre rigoureux des formations musicales soviétiques impressionne, tantôt l'atmosphère feutrée prodiguée par une voix féminine suave, des cuivres et un piano mélancolique nous séduit … On notera également une belle réflexion sur l'authenticité et le pouvoir des mots : est-il possible et bénéfique de traduire les chants, de les mettre au goût du jour, du public, des dirigeants ? Ou cela revient-il à les tuer pour toujours ?

     

     

    Guéric


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