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    Boys (Jonas) de Christophe Charrier

    Titre : Boys (Jonas)

     

    Réalisateur : Christophe Charrier (1er film)

     

    Date de sortie : 23 novembre 2018 (téléfilm diffusé sur Arte)

     

    Durée : 1h30

     

    Note : 3/5

     

     

     

    Résumé

     

     

     

    1997. Jonas, 16 ans, timide et solitaire, étudie au lycée, joue à la Game Boy, va au cinéma, connaît son premier amour … et vit un traumatisme qui le marquera profondément. La trentaine passée, Jonas est devenu un homme impulsif et toujours aussi peu bavard ; sa vie est au point mort, familialement, amoureusement, professionnellement. Les fantômes du passé continuent de le hanter et de le paralyser. Mais qu'a-t-il pu se passer en cette soirée d'été de 1997 ? Jonas va-t-il enfin pouvoir affronter ces fantômes qui le hantent depuis ses 16 ans ?

     

     

     

    Critique

     

     

     

    Tout d'abord, il faut saluer la qualité de ce téléfilm qui mériterait largement d'être projeté en salles. Pour une première réalisation, Christophe Charrier fait preuve d'une grande qualité technique et scénaristique. Et quel plaisir de retrouver Félix Maritaud que l'on avait déjà vu exceller dans Sauvage de Camille Vidal-Naquet et 120 battements par minute de Robin Campillo ! L'acteur est une fois de plus très habile dans l'appropriation de rôles à la fois sensuels et tourmentés. Enfin, pour ma part, belle découverte que celle du jeune Nicolas Bauwens, qui incarne Jonas adolescent. Enfin, je ne mettrai pas de côté les rôles féminins, les mères interprétées avec douceur et profondeur par Aure Atika et Marie Denarnaud.

     

    Le film alterne avec équilibre les scènes qui se passent en 1997 et celles ayant lieu à l'époque actuelle, même si la date exacte reste floue – en effet, le traumatisme de Jonas est tel qu'il en a perdu la notion du temps, jusqu'au nombre d'années qui se sont écoulées depuis le drame. Cette alternance des époques entretient d'abord un certain suspense qui nous maintient en haleine jusqu'à la dernière partie du film. Sans tomber dans le polar, le film happe tout de même le spectateur dans cette recherche de la vérité, que seul Jonas connaît, que Jonas garde pour lui seul. L'alternance avec ce qu'on pourrait qualifier de flash-backs rend également un contraste par rapport aux accessoires et aux objets – ce sont eux les vrais marqueurs de temps et d'époque. La mort de Lady Diana, les vieilles Game Boy, l'apogée de la cigarette avant les interdictions de fumer dans les lieux publics s'opposent à une époque caractérisée par les réseaux sociaux, les applications de rencontre et où pourtant les gens se fuient, et fuient le langage.

     

    C'est un point fort majeur du film : le langage et son impuissance. L'indicible du drame, de la perte, celle de Nathan mais aussi celle de cet homme âgé dont Jonas, brancardier, est chargé d'annoncer la mort à sa femme. L'indicible du désir homosexuel pour un jeune garçon qui se découvre et découvre les humiliations qu'on réserve aux « tapettes », l'indicible de ce désir fou qui mène parfois à la violence et à la séparation. L'indicible, enfin, de cette horrible vérité, la clé de tout problème et en même temps le problème de ce film : Comment la dire ? Pourquoi la dire ? À qui la dire ? Cette question du langage et de la parole est d'autant plus centrale que Jonas est un jeune homme très peu loquace, qui intériorise tout depuis le début et nous force à tout intérioriser, puisque les dialogues sont si rares : cette lumière chaude et lourde, ces jeux de regard, ces silences évocateurs, ce mélange de tension et de soulagement qui nous anime tout du long. Cette intériorisation étant facilitée par les vertus hautement significatrices et symboliques des objets, des lieux, des postures.

     

    Je demeure malgré tout un peu déçu, car après 1h30 de tribulations, j'ai l'impression que le film n'a presque rien résolu. On suit ce cheminement vers la vérité et vers le dévoilement des faits durant tout le film, et finalement il n'y a pas de dénouement complètement libérateur même si la parole de Jonas elle-même se libère, de nombreux doutes subsistent et beaucoup de questions ne sont pas élucidées. Je pense notamment que le rapport de Jonas à ses parents aurait pu être approfondi, de même que ce qui l'a mené à devenir brancardier (dont la réalité du métier ne nous est présentée que de manière brève) ou encore les fondements de sa relation avec son petit-ami au début du film. Je crois néanmoins que si le film avait élucidé tout cela, il n'aurait pas suffisamment braqué le projecteur sur ce qui, pour moi, reste le leitmotiv du film : la culpabilité, ses causes, ses conséquences, et comment la laisser s'installer annihile toute force de vie.

    Guéric.

     


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  • Girl ; Lukas Dhont (2018)

    Girl, Lukas Dhont

    1h45

     

     

     

    De quoi ça parle ?

    Lara a 15 ans. Elle rejoint une prestigieuse école de danse belge dans l’objectif de concrétiser son rêve : devenir une danseuse étoile. Mais Lara n’a pas toujours été une femme car elle est née avec le sexe masculin. Girl est donc un moment d’intimité dans le quotidien de cette jeune fille alternant des séquences avec sa famille, de danse et de rendez-vous chez des médecins et des spécialistes.

    Ma critique

    Ce qu’il y a de particulièrement intéressant avec ce film c’est que le réalisateur a choisi le parti de se focaliser entièrement sur son personnage. Le côté politique et social sur ce sujet sensible qu’est la transsexualité est donc plutôt écarté mis à part quelques scènes où la jeune fille est confrontée aux regards des autres. Ainsi le spectateur est alors sensible avant tout à Lara, son regard et son évolution. Le dernier terme me semble en effet approprié dans la mesure où le film se concentre avant tout sur l’évolution d’un corps. Tout au long du film, Lara cherche à être en adéquation avec son corps. Dans une scène très émouvante avec son père, elle déclare ne pas vouloir être un modèle mais simplement une fille. Et de là vient tout le problème, car l’adolescente ne se sent pas encore pleinement celle qu’elle voudrait être. On suit alors les hésitations, les dilemmes intérieurs de la fille dans la découverte initiatique de son corps et de sa sexualité. De plus l’évolution réside aussi dans le montage où le jeune réalisateur construit son film sur une répétition de séquences (danse, famille, médecins) mais de manière extrêmement constructive et graduelle pour faire ressortir la pression intérieure de Lara. En ce sens, les scènes de danse sont éblouissantes d’intensité (jusqu’à la violence !) physiques et psychologiques à l’image de sa vie, un combat pour enfin vivre en étant soi-même ! C’est pourquoi dans les relations avec les autres, et notamment avec son père extrêmement ouvert, le silence et le non-dit règnent. Le personnage est dans un état transitoire difficile à extérioriser avec le langage. L’écart entre l’identité de Lara et ce qu’elle rêve d’être est identifiable dans ce que pourrait être le bouillonnement intérieur du personnage qui semble coïncider avec la physionomie et l’expression de son visage. Le réalisateur parvient très bien à retranscrire cela dans les multiples scènes où Lara semble rêvasser dans le métro.

    Enfin, il faut noter le jeu remarquable du jeune Victor Polster qui est rayonnant dans son rôle alors que celui-ci n’était pas acteur au moment du tournage.

    Girl est donc d’une justesse remarquable. Film sur l’adolescence, il ne se dégage du film aucune artificialité. Tout semble pur et on est très vite attaché au personnage.

     

    Ma note : 4/5

     

    Nathan Muller


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  • Dilili à Paris, Michel Ocelot

    Titre : Dilili à Paris

    Réalisateur : Michel Ocelot

    Année de sortie : 2018

    Durée : 1h35

     

    Synopsis (Allociné):

    Dans le Paris de la Belle Époque, en compagnie d’un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle rencontre des hommes et des femmes extraordinaires, qui lui donnent des indices. Elle découvre sous terre des méchants très particuliers, les Mâles-Maîtres. Les deux amis lutteront avec entrain pour une vie active dans la lumière et le vivre-ensemble…

    Critique :

    Plus jeune, j'ai toujours été fascinée par les films d'animation de Michel Ocelot: Azur et Asmar, Kirikou sont autant de dessins animés qui ont marqué mon enfance. C'est pourquoi j'ai décidé d'aller voir Dilili à Paris, sous prétexte d'accompagner mes jeunes cousines.

    Les graphismes sont époustouflants. C'est d'ailleurs le principal atout de ce film. Michel Ocelot nous offre une représentation de Paris, de ses beautés architecturales et de sa scène artistique au début du XXe siècle. Celle-ci est à la fois très réaliste et magnifique : les vues de Paris sont à couper le souffle et j'ai particulièrement apprécié la mise en abyme provoqué par la représentation graphique d'oeuvres connues comme les statues de Rodin.

    Si j'ai vécu une belle expérience visuelle, le film est également très intéressant. L'intrigue est assez intéressante et met en avant un féministe naissant au début du XXe siècle, si souvent investi par les hommes dans l'art comme dans la politique. M. Ocelot tente de faire entendre la voix des femmes, en particulier des premières figures de femmes émancipées de la tutelle masculine. Cela permet évidemment de développer une réflexion sur le féminisme à notre époque en même temps que de dresser un panorama historique de cette problématique.

    Le contre-poids de cela est cependant un ton parfois trop didactique que je déplore. Les dialogues tendent parfois à être des récitations de présentation historique de grands personnages qui se succèdent rapidement comme une liste des plus grandes figures de la scène politique, scientifique et artistique du Paris de 1900. La diction des personnages, propre au réalisateur, renforce selon moi cette impression d'assister à une leçon d'histoire. Je déplore quelque peu que la dimension didactique soit si visible et si peu subtile. C'est pourquoi mon impression générale reste mitigée, malgré un travail esthétique très réussi et une intrigue agréable.

     

    Charlotte


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    Titre : A Star is Born

     

    Réalisateur : Bradley Cooper

     

    Rôles principaux : Bradley Cooper, Stefani Germanotta (Lady Gaga), Sam Elliott

     

    Date de sortie : 03 octobre 2018

     

    Durée : 2h16

     

    Résumé (Source : AllôCiné)

    Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu'ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d'elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

    Critique

    Film américain largement plébiscité par la critique, c'est quand même assez confiant que j'entrais dans la salle de cinéma, un certain jeudi soir. Les toutes premières minutes m'ont néanmoins fait un peu peur : fidèle au synopsis que j'avais lu, le scénario s'annonçait stéréotypé et banale, avec ces types cinématographiques que sont la star montante et la vedette sur le déclin. La gifle que j'ai reçue ensuite n'en a été que plus intense ! Souvent gagné par les larmes, le souffle coupé au terme de la projection, des scènes et surtout des chansons qui me resteront à jamais en tête, je ne peux que saluer ce grand film qui a largement mérité sa double nomination aux Oscars.

    Bradley Cooper a, selon moi, largement réussi son pari pour son premier film en tant que réalisateur de reprendre un classique du cinéma hollywoodien, A Star Is Born de William A. Wellman réalisé en 1937, un pari d'autant plus difficile que le film avait déjà fait l'objet de deux remakes, le premier de George Cukor sous la forme de film musical avec Judy Garland en 1954 et le deuxième de Frank Pierson avec Barbra Streisand en 1976. Bradley Cooper a su y apporter tous les atouts techniques du cinéma moderne, notamment lors des scènes de concert qui à mon sens sont extrêmement réussies avec un rendu acoustique et des mouvements de caméra qui donnent l'impression d'y être. De plus, il inscrit un scénario classique et daté dans une actualité palpable sans en perdre l'essence romantique, à un point tel que l'on se demande si finalement Ally ne serait pas l'avatar de Lady Gaga dans une certaine mesure, ce qui conférerait au film une dimension un peu autobiographique qui reprendrait sa propre trajectoire. J'ai trouvé le jeu des acteurs et des actrices très bon, honnête au possible et vecteur d'émotions fortes, d'autant plus que j'avais découvert Lady Gaga en tant qu'actrice dans la saison 5 de la série American Horror Story où je l'avais déjà beaucoup aimée. Autre découverte, celle de la sublime voix de Bradley Cooper dans une bande-originale dont je suis complètement fan. Toutes ces chansons autour de l'amour sous toutes ses formes proposent des textes simples et directs dans un style pop décliné au fur et à mesure du film, donnant à Lady Gaga la possibilité d'exprimer sa maîtrise vocale impressionnante.

    Bref, un film populaire qui en vaut la chandelle ! I'll always remember A Star Is Born this way ...

     

    Citation

    Vous trouverez ci-dessous une partie de Shallow, la première chanson qu'Ally et Jackson chantent ensemble sur scène, celle qui va révéler Ally au grand public …


    Tell me something, boy
    Aren't you tired tryin' to fill that void?
    Or do you need more?
    Ain't it hard keepin' it so hardcore?

    I'm falling
    In all the good times
    I find myself longing for change
    And, in the bad times, I fear myself

    I'm off the deep end, watch as I dive in
    I'll never meet the ground
    Crash through the surface where they can't hurt us
    We're far from the shallow now

     

    Guéric.

     


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