• Cette infortune de M. Cochard

    Cette infortune de M. CochardTitre : Cette infortune

    Auteur : Maxime Cochard

    Photo couverture : Hannibal Volkoff

    Édition : Pont 9

    Nombre de pages : 248

     

    Résumé de la quatrième de couverture :

     C'est urgent, il faut quitter Roche-Rousse, son avenue du 18-Juin, ses loubards qui tiennent les murs, ses parents trop attentionnés.

    Bien, mais comment ? Quand on est jeune, séduisant et qu'on préfère les garçons, il y a d'abord Internet, et tous les HotLover914, un peu vieux, un peu timides, qui s'offrent à vous aider.

    Alors c'est Paris, ses belles avenues, la grande vie, les galeries du Marais. Mais on a beau se donner, il faut aller toujours plus haut, vers les sommets et leurs promesses d'argent et de pouvoir.

    Et dans les virages de cette course surgissent Lila, les étudiants croisés un soir d'Opéra, le petit frère qu'on a abandonné, et cette soif de justice qui grandit ...

     

    Critique :

     Quelle belle découverte que ce roman, paru en 2017 et mis au monde par Maxime Cochard !

    Il y parle d'espoirs, il y parle d'ambition, mais il y parle surtout d'une réalité sur laquelle on tente trop souvent de jeter un voile opaque, sur laquelle, même aujourd'hui, s'exerce un tabou : la prostitution, et qui plus est masculine, homosexuelle, organisée sur Internet est un sujet que l'on a peu abordé en littérature, et un sujet d'autant plus actuel qu'il s'articule avec des problèmes bien contemporains, à savoir la précarité des jeunes, des étudiants. Sur ce thème, Maxime Cochard bâtit l'histoire d'un personnage en formation, explorateur de ce qui se joue derrière le monde, mais aussi en lui-même, ce qui lui vaut d'évoluer moralement, personnellement, intellectuellement et politiquement tout au long du roman. Il ne s'agit donc pas ici de braquer un projecteur blafard sur des pratiques et des tendances « souterraines » (quoique pas si souterraines que cela ...) ; celles-ci sont intelligemment abordées par le biais de la fiction, prises sous la coupe d'une narration fluide et surprenante, jamais monotone. De plus, ce roman permet de donner un aperçu de différents milieux sociaux, avec leurs codes, leurs règles, leurs difficultés et leurs richesses. N'étant pas réduit à un conte sociologique cependant, il offre un réel intérêt en termes de style et d'écriture. Un vocabulaire juste et des tournures bien choisies (ainsi qu'une vaste culture historique et artistique) donnent de la profondeur au propos. L'ingénieux chapitre XV constitue une mise en abyme très intéressante de la démarche poétique de l'écrivain, du narrateur, du lecteur et fait un pied-de-nez aux théories littéraires figées : le livre est autonome, il peut choisir de s'écrire lui-même. L'insertion de supports d'écriture différents, à savoir le chat Internet, les lettres, les SMS, les articles de journaux, donne selon moi une épaisseur supplémentaire à l'histoire, transposée aux modes de communication de notre quotidien. Enfin, quel que soit notre bord politique, je trouve que Cette infortune donne l'opportunité à chacun et à chacune de regarder notre société autrement, de remettre en question les présupposés de classe et de milieu par le prisme d'une ascension personnelle et d'un besoin urgent de liberté.

    En somme, je vous encourage ardemment à vous emparer de cette belle histoire, pas mièvre ni vulgaire pour un sou, une histoire de libération, de découverte et de critique, qui s'adresse à tous et à toutes !

     

    Citation : 

     « Oui, c'est parce que l'argent s'accumule dans les coffres de quelques-uns que l'écrasante majorité des gens souffrent et crèvent. La contrepartie de l'aisance de ces voyageurs, de ces messieurs les clients, c'est la rudesse de la vie des autres et leur difficulté à manger. J'ai suffisamment côtoyé d'oligarques courtois et inconscients d'eux-mêmes pour mesurer à quel point leur pouvoir et leur opulence ne leur ont apporté aucun bonheur mais que des compulsions. Alors je commence à concevoir, comme les manifestants d'hier, combien l'égalité sauverait tout. Pas l'égalité des lois : la vraie, celle de l'argent qu'on prendra aux Hilaires pour le répartir entre tous.

     

    Et si le yacht du vicomte est encalminé dans son immuable mer d'abondance, je suis, moi, dans le même bateau que tout le monde – et nous avons une longue route à faire ... » 

     

    Note : 

    Cette infortune de M. Cochard

     

    Guéric


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