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    Tchekhov et ses nouvelles

    La Dame au Petit Chien et autres nouvelles (1899)

    Anton Tchekov 

     

    RÉSUMÉ 

    Petite suite de nouvelles, aux thèmes totalement hétéroclites.
    Ces dernières traitent de l’amour, de la vieillesse, de la maladie, le tout toujours teinté d’une forme de noirceur.
    Le décor est planté dans la Russie du XIXème siècle. Les héros sont aussi hétéroclites que les récits dans lesquels ils évoluent.

     

    CRITIQUE 

    Cette lecture était une découverte de l’auteur pour ma part. Et je peux à présent fortement vous le recommander.
    En effet, j’ai dès les premières pages beaucoup aimé le style dans lequel les nouvelles sont écrites. Malgré l’époque, j’ai trouvé l’écriture extrêmement moderne. J’ai conscience que lire Tchekhov revient à lire une traduction, qui m’a paru ici extrêmement pertinente, fluide et agréable.

    D’autre part, impossible de rester insensible aux thèmes abordés par ses nouvelles, dont les chutes m’ont plus d’une fois laissée sur ma faim !
    La première histoire, 
    Une banale histoire, m’a particulièrement touchée. Le personnage principal, Nicolaï Stépanovitch, se voit vieillir, et écrit son journal. Ce dernier semble regarder sa vie comme un étranger le ferait, sans implication, en soumission totale. Il traverse une phase difficile où plus rien ne fait sens à ses yeux, et un climat délétère s’installe dans son existence.

    L’époque durant laquelle a été écrit ce recueil laisse évidemment des traces dans l’écriture. Hugo parlera de l’atmosphère de la fin de siècle, cette dernière semble s’être exportée en Russie au même moment.

     

    Pauline P


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    Pourquoi Proust n'est pas (que) chiant ?

     

       On me le dit souvent avec verve « Mais Proust, en fait, c’est grave ennuyeux et c’est super lourd et patati et patata». Bon c’est vrai, je dois bien l’avouer parfois on peut vite avoir la tête ailleurs à la lecture de la Recherche du Temps Perdu. Mais Proust, je vous l’assure c’est bien plus profond, c’est une véritable expérience qu’il faut au moins essayer de découvrir un jour si vous portez la littérature dans votre cœur.

        Ainsi, à l’occasion du centenaire de son prix Goncourt pour le deuxième « volet » de la Recherche, j’ai nommé A l’ombre des jeunes filles en fleurs, je vais modestement essayer de vous faire changer d’avis en quelques points, et qui sait peut-être qu’un jour vous poserez votre Sodome et Gomorrhe sur votre table de nuit avant de fermer les paupières. (N’ayez crainte, je vais essayer d’être objectif !)

     

    1. Parce que la Recherche, c’est une Bible de philosophie

     Proust aborde les éléments qui font de l’existence humaine une chose fascinante et terrifiante : le temps évidemment qu’il soit perdu ou retrouvé, qu’il soit nostalgique et désirable, qu’il soit un dédale ou un instant critique. Mais Proust balaie aussi toutes les émotions de l’amour : la tendresse du narrateur pour sa mère, le désir dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs, la jalousie de Swann, le sadomasochisme du baron de Charlus. Proust c’est aussi une littérature qui convoque les autres arts : peinture, musique, opéra, art décoratif et art culinaire (et je ne pense pas qu’à la fameuse madeleine, je vous vois venir bande de petits filous…) Et oui, Marcel Proust ça creuse l’appétit. 

     

    2. Parce qu'il y a un tas de personnages

        Notre ami Wikipédia en recense 2 500. Pour les férus de personnages, vous serez ravis !  Mais il y a évidemment les incontournables : Swann (« J’irais bien refaire un tour du côté de chez Swann »),  la mystérieuse Albertine dont le narrateur tombe amoureux mais va ensuite douter de l’orientation sexuelle de la jeune fille, Charlus  un personnage plus qu’ambigu attiré par les jeunes garçons, Bergotte qui s’effondre devant un tableau de Vermeer ou encore Françoise la servante du narrateur inspirée de la véritable servante de Marcel, Céleste Albaret qui a d’ailleurs écrit un ouvrage sur ce dernier intitulé Monsieur Proust.

     

    3. Parce que l’incipit est le plus célèbre de la littérature française

        Bon d’accord sur ce point, Camus peut provoquer l’auteur à la moustache en duel avec l’aube de l’Etranger : « Aujourd’hui, maman est morte. » Mais on aime la douceur de cette phrase brève : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». L’œuvre débute dans une sorte de temps révolu qui n’est pas situable. C’est un temps flou et en même temps (sans jeu de mots), un temps intime, celui de la chambre, celui du lit, celui d’un état de transition entre l’éveil et le sommeil. N’est-ce pas le moment où nos souvenirs de la journée ou plus ou moins lointains surgissent, comme ça un par à un ou dans le tourbillon du désordre ? C’est un moment profondément intense de contact avec soi… le ton est donné, ça va envoyer du pâté.

     

    4. Parce qu’il a du style quoi le bonhomme !

        L’écriture de Proust est une plongée dans les méandres d’une mémoire à la conquête des souvenirs. Proust c’est un jongleur de verbes, c’est un architecte de subordonnées. Lire du Proust c’est se dire : « Livre, prends-moi sur ta barque, emmène-moi voyager dans les sinuosités de ton eau ! ».  Mais si la phrase proustienne est réputée interminable ce n’est pas tant pour s’adonner à un exercice de style que pour cerner le plus près possible le réel c’est-à-dire le mouvement, les sensations, les émotions et le désir. La phrase proustienne en somme se vit bien plus qu’elle ne se lit. Le corps entier est engagé. 

     

    5. Bah, parce que quoi !

    Au lieu d’accentuer cette liste, laissons parler le texte lui-même. Voici donc, un petit extrait du deuxième volet de la Recherche : A l’ombre des jeunes filles en fleurs

    « Si nous pensions que les yeux d'une telle fille ne sont qu'une brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de connaître et d'unir à nous sa vie. Mais nous sentons que ce qui luit dans ce disque réfléchissant n'est pas dû uniquement à sa composition matérielle ; que ce sont, inconnues de nous, les noires ombres des idées que cet être se fait, relativement aux gens et aux lieux qu'il connaît – pelouses des hippodromes, sable des chemins où, pédalant à travers champs et bois, m'eût entraîné cette petite péri, plus séduisante pour moi que celle du paradis persan, – les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des projets qu'elle forme ou qu'on a formés pour elle ; et surtout que c'est elle, avec ses désirs, ses sympathies, ses répulsions, son obscure et incessante volonté. »

     

     Nathan Muller

     

    Commentaire de La Rédaction :

         Cet article très instructif et enrichissant sur Proust et son oeuvre est également l'occasion de vous parler d'actualité culturelle en rapport avec le centenaire de son Prix Goncourt. La Rédaction vous invite donc à vous intéresser au Printemps Proustien qui se déroule du 11 au 19 mai et dont le point culminant sera le Salon du Livre de Chartres le week-end du 18 et 19 mai. Pour plus d'informations, suivez le lien!

    https://printempsproustien.fr/centenaire-prix-goncourt-marcel-proust/

     


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  • Les Mots de Jean-Paul Sartre

     

    Titre : Les Mots

    Auteur : Jean-Paul SARTRE

    Nombre de pages : 206

    Date de publication : 1964

     

    RÉSUMÉ 

     

    Dans cette autobigraphie, Jean-Paul Sartre nous explique d’où il vient. Qui sont ses parents, ses grands- parents, ses arrière-grands-parents même. Il nous explique comment ces personnes ont fait de lui l’auteur qu’il est devenu. Mais aussi comment enfant, il voyait le monde, et parfois aussi comment il se voyait, lui. Le récit est divisé en deux parties, Lire et Ecrire, deux aspects qui ont très rapidement fait partie de son quotidien grâce à l’engagement de tous ces proches pour faire de lui une personne exceptionnelle dès son plus jeune âge. Son grand-père Karl, qui voyait en lui un petit prodige, mais également sa mère Anne-Marie, qui a toujours tout fait pour rendre son existence la plus belle possible.

    Cette oeuvre est aussi l’occasion de raconter son premier contact avec sa future profession, ses tentatives d’intégrer l’école et ses échecs aussi, ses déceptions.

     

    MA CRITIQUE

     

    Cette oeuvre est pour moi une porte d’entrée dans la littérature de Jean-Paul Sartre, et elle très prometteuse. J’ai trouvé ce récit très touchant, et particulièrement agréable à lire, dans la façon dont il était romancé.
    Les premières années de sa vie sont absolument passionnante. Rien n’est laissé au hasard, toutes les personnes qui l’entouraient, leurs habitudes, ses lectures, l’intérieur de sa maison, bref, tout y est décrypté, et l’ensemble de cette famille si singulière en devient très attachante.

    Je savais que Jean-Paul Sartre n’était pas n’importe qui, et cette oeuvre me le confirme.
    Il était aussi intéressant de voir en cette autobiographie une revisite de ce genre traditionnel, car Jean-Paul Sartre y brise le traditionnel récit d’une chronologie.

     

    CITATIONS

     

    Lire

    p. 26 : "Charles combattait l’angoisse par l’extase. Il admirait en moi l’oeuvre admirable de la terre pour se persuader que tout est bon, même notre fin est miteuse."


    p. 30 : "C’était le paradis. Chaque matin, je m’éveillais dans une stupeur de joie, admirant la chance folle qui m’avait fait naître dans la famille la plus unie dans le plus beau pays du monde."

     

    p. 39 : "Je fus préparé de bonne heure à traiter le professorat comme un sacerdoce et la littérature comme une passion."


    p. 42 : "La bibliothèque, c’était comme le monde pris dans un miroir."

     

    Écrire

    p. 131 : "Le métier d’écrire m’apparut comme une activité de grande personne si lourdement sérieuse, si futile, et dans le fond, si dépourvue d’intérêt que je ne doutais pas un instant qu’elle me fût réservée."

     

    Pauline P.


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  • La Guerre de Troie n'aura pas lieu

    (Dessin de Louradour)

     

    Titre : La Guerre de Troie n'aura pas lieu (texte intégral)

    Auteur-dramaturge : Jean Giraudoux (1882-1944)

    Date de parution : 1935

    Édition lue : Le Livre de Poche

    Nombre de pages : 187

    Pièce représentée pour la première fois le 21 novembre 1935 au Théâtre de l'Athénée (Paris) dans une mise en scène de Louis Jouvet (1887-1951)

     

    Résumé de la quatrième de couverture

     

    « La guerre de Troie n'aura pas lieu », dit Andromaque quand le rideau s'ouvre sur la cour du palais de Priam. Pâris n'aime plus Hélène et Hélène a perdu le goût de Pâris, mais Troie ne rendra pas la captive car pour tous les hommes de la ville « il n'y a plus que le pas d'Hélène, la coudée d'Hélène, la portée du regard d'Hélène ... » et les augures, eux-mêmes, refusent de la laisser partir. Hector, pour Troie, et Ulysse, pour la Grèce, tentent à tout prix de sauver la paix. Mais la guerre est l'affaire de la Fatalité et non de la volonté des hommes. La guerre de Troie aura lieu.

     

    Ma critique

     

    J'ai toujours beaucoup apprécié Jean Giraudoux, dont j'avais notamment étudié l'Électre (1937) en classe de Première. Parue deux ans plus tôt, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, en deux actes, fait un peu office de première ébauche pour celle de 1937. Car on y retrouve des traits similaires, entre autres les pieds-de-nez faits à la mythologie rigide, une irrévérence envers toutes les conventions possibles et inimaginables, et des dialogues frôlant le grotesque mais d'une gravité et d'une symbolique hors-pair ; bref, les traits caractéristiques du théâtre de Giraudoux.

    Il n'est pas nécessaire en réalité d'avoir pris des cours de culture antique pour plonger dans la pièce : Giraudoux construit (ou impose) l'identité de ses personnages au fil des répliques. Des types se dégagent, plus ou moins en accord avec leur origine mythologique. Mais en réalité, c'est bien les paroles qui ont le beau rôle dans cette pièce. Les intrigues géopolitiques et militaires entre Athènes et Troie, de même que les jeux des dieux et de l'amour entre Hélène et Pâris, Andromaque et Hector, tous et toutes deviennent l'occasion de mettre en lumière de graves réflexions sur la valeur des relations amoureuses, le sens (et l'absurdité) du conflit armé, la tension entre liberté et fatalité, dont la dernière ressort gagnante : n'est-ce pas là tout l'enjeu de la tragédie grecque ?

    S'il est impossible de faire de la pièce de Giraudoux une véritable tragédie – il s'agirait plutôt d'un drame unique en son genre – on ne peut que réfléchir à quel point elle fut visionnaire de l'effroyable et tragique conflit qui suivit … La Guerre de Troie a eu lieu, la Seconde Guerre mondiale aussi.

     

    De la guerre, de l'amour et du sens : La Guerre de Troie n'aura pas lieu, mais rien ne vous empêche d'en être spectateur, ou lecteur …

     

    Citation

     

    ULYSSE : Ce n'est pas par des crimes qu'un peuple se met en situation fausse avec son destin, mais par des fautes. Son armée est forte, sa caisse abondante, ses poètes en plein fonctionnement. Mais un jour, on ne sait pourquoi, du fait que ses citoyens coupent méchamment les arbres, que son prince enlève vilainement une femme, que ses enfants adoptent une mauvaise turbulence, il est perdu. Les nations, comme les hommes, meurent d'imperceptibles impolitesses. C'est à leur façon d'éternuer ou d'éculer leurs talons que se reconnaissent les peuples condamnés… Vous avez sans doute mal enlevé Hélène …

     

    Guéric


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  • Titre : Tess D’Urberville (Tess of the D’Urbervilles)
    Auteur : Thomas Hardy (1840-1928)
    Publié en 1891
    Editions Penguin Classics
    391 pages

     


    Tess Durbeyfield est issue d'une famille de paysans qui apprend un jour que ses ancêtres, les D'Urbervilles, étaient d'une classe sociale supérieure à la sienne. Voulant sympathiser avec celui qu'elle pense être son cousin, Alec D'Urberville, l'innocente héroïne est séduite puis abandonnée. C'est le début de son destin tragique... Tess est un personnage si marquant qu’on oublie parfois qu'elle n'existe pas réellement. On s’identifie souvent à elle durant la lecture, et on se sent souvent en colère contre la société de son temps et tous les acteurs contribuant à son malheur. Thomas Hardy écrit un roman digne d'une grande tragédie classique, qui allie toutefois différents genres et propose des pistes de réflexion sur de nombreux sujets. On y saisit l'ampleur des changements dans la société du XIXème siècle ainsi que son grand conservatisme, qui semble paradoxal à l'aube du monde moderne. On y voit la condition des femmes de l'époque et quel carcan la société leur imposait. On suit, sans pouvoir rien faire, la lente descente aux enfers de l'héroïne que l'on aimerait pourtant prévenir, protéger et sauver avant qu'il ne soit trop tard... mais Tess est un livre qui nous montre combien nous sommes impuissants parfois. C'est un roman profondément moderne (et même féministe) en ce que l'auteur défend son héroïne envers et contre la société de son temps et l'Eglise. Il est si riche et intéressant à analyser qu'on ne se lasse pas d'en relire quelques pages. Une expérience de lecture intense qui m’a réellement marquée.

     

    Citation (en anglais puis en français) :

    ‘Did you say the stars were worlds, Tess?’
    ‘Yes.’
    ‘All like ours?’
    ‘I don’t know; but I think so. They sometimes seem to be like the apples on our stubbard-tree. Most of them splendid and sound – a few blighted.’
    ‘Which do we live on – a splendid one or a blighted one?’
    ‘A blighted one.’
    ‘’Tis very unlucky that we didn’t pitch on a sound one, when there were so many more of ‘em!’

    «  -N'avez-vous pas dit que les étoiles étaient des mondes, Tess ?
    -Oui.
    -Tous pareils au nôtre ?
    -Je ne sais pas ; mais je le pense. Elles ont l’air quelquefois de ressembler aux pommes de notre vieil arbre du jardin : la plupart saines et splendides ; quelques-unes tachées.
    -Sur laquelle est-ce que nous vivons : une belle ou une tachée ?
    -Une tachée.
    -C’est très malheureux que nous ne soyons pas tombés sur une bonne, quand il y en avait tant d’autres ! »

     

    Jeanne


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