• Titre : Tess D’Urberville (Tess of the D’Urbervilles)
    Auteur : Thomas Hardy (1840-1928)
    Publié en 1891
    Editions Penguin Classics
    391 pages

     


    Tess Durbeyfield est issue d'une famille de paysans qui apprend un jour que ses ancêtres, les D'Urbervilles, étaient d'une classe sociale supérieure à la sienne. Voulant sympathiser avec celui qu'elle pense être son cousin, Alec D'Urberville, l'innocente héroïne est séduite puis abandonnée. C'est le début de son destin tragique... Tess est un personnage si marquant qu’on oublie parfois qu'elle n'existe pas réellement. On s’identifie souvent à elle durant la lecture, et on se sent souvent en colère contre la société de son temps et tous les acteurs contribuant à son malheur. Thomas Hardy écrit un roman digne d'une grande tragédie classique, qui allie toutefois différents genres et propose des pistes de réflexion sur de nombreux sujets. On y saisit l'ampleur des changements dans la société du XIXème siècle ainsi que son grand conservatisme, qui semble paradoxal à l'aube du monde moderne. On y voit la condition des femmes de l'époque et quel carcan la société leur imposait. On suit, sans pouvoir rien faire, la lente descente aux enfers de l'héroïne que l'on aimerait pourtant prévenir, protéger et sauver avant qu'il ne soit trop tard... mais Tess est un livre qui nous montre combien nous sommes impuissants parfois. C'est un roman profondément moderne (et même féministe) en ce que l'auteur défend son héroïne envers et contre la société de son temps et l'Eglise. Il est si riche et intéressant à analyser qu'on ne se lasse pas d'en relire quelques pages. Une expérience de lecture intense qui m’a réellement marquée.

     

    Citation (en anglais puis en français) :

    ‘Did you say the stars were worlds, Tess?’
    ‘Yes.’
    ‘All like ours?’
    ‘I don’t know; but I think so. They sometimes seem to be like the apples on our stubbard-tree. Most of them splendid and sound – a few blighted.’
    ‘Which do we live on – a splendid one or a blighted one?’
    ‘A blighted one.’
    ‘’Tis very unlucky that we didn’t pitch on a sound one, when there were so many more of ‘em!’

    «  -N'avez-vous pas dit que les étoiles étaient des mondes, Tess ?
    -Oui.
    -Tous pareils au nôtre ?
    -Je ne sais pas ; mais je le pense. Elles ont l’air quelquefois de ressembler aux pommes de notre vieil arbre du jardin : la plupart saines et splendides ; quelques-unes tachées.
    -Sur laquelle est-ce que nous vivons : une belle ou une tachée ?
    -Une tachée.
    -C’est très malheureux que nous ne soyons pas tombés sur une bonne, quand il y en avait tant d’autres ! »

     

    Jeanne


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  • Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier

     

    Titre : Le Grand Meaulnes 

    Auteur : Alain-Fournier (pseudonyme d’Henri-Alban Fournier, 1886-1914)

    Date de première publication : 1913

    Édition lue : Le Livre de Poche 

     

    Résumé 

     

    C’est une enfance bien normale et presque ennuyeuse qui vole en éclats quand débarque Augustin Meaulnes dans un petit village de Sologne. D’aventures secrètes en fugues spectaculaires, nous sommes pris dans un récit fou aux rebondissements multiples et où chaque revirement semble être une révolution. Mais il s’agit bien de deux garçons, leur amitié prise dans un mystère grandissant au fur et à mesure des chapitres. Suivre le grand Meaulnes, c’est accepter de partir à travers champs vers l’inconnu, l’inquiétant, l’âme libre et le coeur battant des tambours déchaînés. Lire Le Grand Meaulnes, c’est en réalité faire exactement la même chose.

     

     

    Citations 

     

    « De temps à autre, le vent chargé d’une buée qui est presque de la pluie nous mouille la figure et nous apporte la parole perdue d’un piano. Là-bas, dans la maison fermée, quelqu’un joue. Je m’arrête un instant pour écouter en silence. C’est d’abord comme une voix tremblante qui, de très loin, ose à peine chanter sa joie… C’est comme le rire d’une petite fille qui, dans sa chambre, a été chercher tous ses jouets et les répand devant son ami. Je pense aussi à la joie craintive encore d’une femme qui a été mettre une belle robe et qui vient la montrer et ne sait pas si elle plaira… Cet air que je ne connais pas, c’est aussi une prière, une supplication au bonheur de ne pas être trop cruel, un salut et comme un agenouillement devant le bonheur… »

    Livre III, Chapitre 7 « Le Jour des Noces »

     

    « Tandis que l’heure avance , que ce jour-là va bientôt finir et que déjà je le voudrais fini, il y a des hommes qui lui ont confié tout leur espoir, tout leur amour et leurs dernières forces. Il y a des hommes mourants, d’autres qui attendent une échéance, et qui voudraient que ce ne soit jamais demain. Il y en a d’autres pour qui demain pointera comme un remords. D’autres qui sont fatigués, et cette nuit ne sera jamais assez longue pour leur donner tout le repos qu’il faudrait. Et moi, moi qui ai perdu ma journée, de quel droit est-ce que j’ose appeler demain ? »

    Livre III, Chapitre 14 « Le secret »

     

    Guéric


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  • On the road, Jack Kerouac

    Sur la route (titre original : On The Road)
    Auteur : Jack Kerouac (1922-1969)
    Publié pour la première fois en 1957
    Edition : Gallimard, Collection Folio
    Nombre de pages : 448

    Quatrième de couverture :


    « Un gars de l’Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui, j’allais l’entendre l’appel d’une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d’hôpital, qu’est-ce que cela pouvait bien me foutre ? … Quelque part sur le chemin je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. »

    Mon avis :


    Lorsque Sal Paradise rencontre Dean Moriarty, il ressent une vive fascination pour ce personnage qu'il sait pourtant d'ores et déjà perdu dans les méandres de la folie, et il comprend qu'il est prêt à le suivre n'importe où.
    Avec Sur la route, le lecteur embarque pour une traversée des Etats-Unis et devient atteint du même besoin urgent qu'ont les personnages de partir à l'aventure en allant toujours plus à l'Ouest. On découvre les paysages et les villes les unes après les autres, les péripéties s'enchaînent à un rythme fou, la recherche de liberté n'a plus de limite.
    Sur la route, c'est l'expression d'une quête de soi dans un pays dont l'immensité nous dépasse, dans un monde dont les conformités n'entrent plus en cohérence avec les désirs d'émancipation des jeunes Américains.
    Sur la route, c'est l'ivresse : l'ivresse de l'ailleurs, des heures à conduire en voiture, des nuits au bar, des conversations aussi profondes qu'insensées... on ne sait plus vraiment ce qu'on cherche, on ne sait plus vraiment où est notre place, mais on ne peut pas vraiment s'arrêter de chercher non plus. Alors on continue, on continue jusqu'à en perdre haleine, parce qu'on n'a rien de mieux à faire, parce qu'on voudrait être heureux.
    Voilà un livre qui exprime avec justesse la fascination pour l'Ouest américain et illustre cet espoir inconditionnel qui pousse à partir avec rien si ce ne sont des rêves farfelus qui nous mènent on ne sait où... Ne manquez pas ce chef-d’œuvre de la beat generation !

    Jeanne


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  • La Religieuse de Diderot

     

    Titre : La Religieuse

    Année de publication : 1796 (achevé en 1780)

    Auteur : Denis Diderot (1713-1784)

    Édition : Le Livre de Poche – Classique

    Nombre de pages : 305

     

    Résumé

     

    La jeune, innocente et charmante Suzanne est la benjamine d'une famille de haut rang et de bonne réputation. La voilà envoyée au couvent contre son gré, à l'âge où toute jeune fille souhaite courir le monde et se marier. Quittant l'atmosphère familiale hostile, la voilà plongée dans l'enfer des cloîtres religieux, où les âmes les plus pieuses côtoient la barbarie la plus rance et la subversion. Elle en dévoile les secrets, les manigances, les grâces et les affres dans La Religieuse, cette lettre envoyée à un puissant marquis dans l'espoir de trouver enfin refuge et protection. La Religieuse, c'est l'aveu et le témoignage d'une prisonnière de Dieu, confrontée malgré elle et sa chaste naïveté à ce que l'être humain a de plus séducteur et de plus destructeur. De l'absurdité des couvents et de la liberté des jeunes femmes dans la société française du XVIIIe siècle, où les Lumières sont loin d'avoir chassé tout cléricalisme et tout moralisme hypocrite ...

     

    Critique

     

    Je ne connaissais Diderot que par sa contribution à L'Encyclopédie et par le biais d'autres œuvres emblématiques comme Jacques le Fataliste. J'ai été ravi de redécouvrir ses idées et son style dans La Religieuse, qui à mon sens est un livre beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Il est évident que le livre sert l'anticléricalisme des Lumières, aussi bien par le dévoilement de la monstruosité et de l'érotisme au sein d'institutions que l'on estime au rang des plus respectables et des plus chastes. Toutefois, il serait réducteur de ne considérer que la critique faite à l'Église et au clergé. C'est toute la société française du XVIIIe qui en prend pour son grade : la vanité des mœurs et de la réputation de la famille, la cupidité généralisée, la condition des femmes manipulées et oppressées par un système fondé sur l'autorité mâle et religieuse … Car il est également question des relations humaines, jalousie, trahison, amitié, loyauté, soumission à la hiérarchie ou rébellion contre elle. Le spectre des thèmes abordés déborde la religion et le clergé.

    Il ne faut pas se laisser rebuter par la langue au premier abord, ce livre est un classique du XVIIIe et la narratrice fictive est éduquée et de rang social plutôt élevée : la langue est ainsi très maniérée et policée, le lecteur peut parfois être refroidi par certaines circonvolutions. Le style également peut paraître monotone, les péripéties de la religieuse étant présentées comme un cycle jamais achevé de souffrances et de combats et de remises en question. Mais c'est précisément cette langue qui permet de créer ce personnage de religieuse malgré elle, chaste, naïve, dépeignant les pires atrocités de manière édulcorée et sans forcément en comprendre la nature. Ce qui induit finalement le paradoxe global de cette histoire : la plus pieuse et la plus pure est celle qui n'a aucune envie d'entrer en religion, et c'est parfois dans l'isolement respectable et respectée des couvents qu'on trouve les êtres les plus éloignés de la religion…

    Enfin, rappelons que ce n'est pas un roman ; il faut garder à l'esprit que nous lisons la lettre fictive d'une religieuse qui ne veut plus l'être, d'où parfois des informations qui demeurent partielles, des formules un peu décousues. Fictive, certes, qui me se fonde en réalité sur une histoire vraie, celle de Marguerite Delamarre, dont des fragments de la lettre originale figurent à la fin du livre ainsi que quelques commentaires sur l'agencement, la documentation, la réception et la mise au point de l'oeuvre, suivant l'édition choisie.

    Je vous conseille également les adaptations cinématographiques de cette œuvre, que je trouve particulièrement réussies bien que dans des styles bien différents : Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot (1967) de Jacques Rivette avec Anna Karina, censuré à sa sortie, et La Religieuse (2013) de Guillaume Nicloux avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin et Isabelle Huppert.

    Bonne lecture !

     

     

    Citations

     

    « - Et quelles espérances pour une religieuse ?

    - Quelles ? D'abord celle de faire résilier ses vœux.

    - Et quand on n'a plus celle-là ?

    - Celle qu'on trouvera les portes ouvertes un jour ; que les hommes reviendront de l'extravagance d'enfermer dans des sépulcres de jeunes créatures toutes vivantes, et que les couvents seront abolis ; que le feu prendra à la maison ; que les murs de la clôture tomberont ; que quelqu'un les secourra. »

     

    « Faire vœu de pauvreté, c'est s'engager par serment à être paresseux et voleur ; faire vœu de chasteté, c'est promettre à Dieu l'infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois ; faire vœu d'obéissance, c'est renoncer à la prérogative inaliénable de l'homme, la liberté. Si l'on observe ces vœux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d'un fanatique ou d'un hypocrite. »

     

    Guéric


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  • Le soleil se lève aussi de E. HemingwayTitre : Le soleil se lève aussi  (en anglais The Sun Also Rises)

    Auteur : Ernest Hemingway

    Date de première parution : 1926

    Traduction : Maurice-Edgar Coindreau

    Édition : Folio Gallimard

    Résumé :

     Un groupe d'amis (le sont-ils vraiment?) à Paris, Américains expatriés, des nuits parisiennes festives et ennuyeuses qui se ressemblent et s'enchaînent, une spirale infernale vers la chute horizontale et permanente, une parenthèse ibérique, la valse tordue des amours désabusés, les tribulations d'une « génération perdue » sous un soleil qui la verra disparaître …

    Critique

    Que de force dans ce roman d'Hemingway ! Son style épuré et incisif n'a aucune pitié ni pour les personnages ni pour le lecteur. Le malaise des personnages et leur désespoir enfoui parviennent jusqu'à nous, à travers des mots d'une rare violence. Le soleil se lève aussi, et il n'a que faire de blesser, puis d'emporter avec lui la souffrance pour la mêler à ses rayons le matin suivant. La forme de l'œuvre peut surprendre : ce n'est qu'une tranche de vie, il n'y a pas vraiment d'intrigue, et ni le narrateur, ni l'écrivain ne donne vraiment accès aux intériorités. Mais il ne faut pas rester bloqué sur cette apparente superficialité. L'acerbe, l'ironie mais aussi la tristesse est présente à chaque mot, à chaque ligne, de façon d'autant plus tragique que les personnages refoulent sans cesse les blessures qui les déchirent. Le soleil se lève aussi donne à réfléchir sur le pouvoir (ou l'impuissance) de la parole et de la narration, sur le sens de nos actions et à la direction qu'on leur donne, la fatalité de se réclamer d'une « génération perdue » souillée à jamais par la Première Guerre mondiale et la possibilité de retrouver l'authenticité de la vie ailleurs (ou pas) …

    Je ne connaissais pas Hemingway avant de lire ce roman, dont la traduction de Coindreau est fidèle au style si particulier d'Hemingway. Je suis à présent conquis, et je ne peux que vous conseiller de lire Le soleil se lève aussi, sinon d'aller voir l'adaptation cinématographique datant de 1957 et réalisée par Henry King !

     

    Note

    Le soleil se lève aussi de E. Hemingway

     

    Guéric


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