• Le Jour où les lions mangeront de la salade verte, Raphaëlle Giordano

    Date de publication : 1er juin 2017
    Nombre de pages : 318 pages 


     Raphaëlle Giordano signe dans cet ouvrage son second roman, qui à l’image du premier, ne laissera pas les amateurs de développement personnel indifférents. 


     En effet, dans cette fiction, l’auteur met en lumière un des travers de notre société, elle l’appelle la burnerie, et nous montre comment y remédier en mettant en scène des personnages à nouveau très attachants. Nous rencontrons ainsi la délicieuse Romane, jeune trentenaire bien dans ses baskets mais toujours soucieuse de respecter ses principes, à la tête de l’entreprise qu’elle a créée, Sup’de Burnes. Cette société propose des stages pour apprendre aux volontaires à se défaire de leur penchant burnés. C’est-à-dire, “l’ensemble des comportements produisant un impact négatif sur l’entourage professionnel ou personnel“. Et cette définition est à prendre au sens très large. Ces stages sont l’occasion de vivre des expériences novatrices, qui ne peuvent que donner envie au lecteur d’en faire de même. Un des personnages fera donc l’expérience du caisson d’isolation sensorielle, qui consiste à mettre une personne en état de pleine conscience, en la faisant flotter sur un bain d’eau salée, dans un silence totale, et avec une faible luminosité.   Nous suivons un stage en particulier, et nous attachons évidemment aux différents membres du groupe, arrivés là pour la plupart sans trop y croire, et qui y évolueront d’une très belle manière tout au long du roman. Bien sûr, Romane fera la connaissance d’un homme, Maximilien, particulièrement burné, mais qui saura se remettre en question car les mésaventures de sa vie personnelle ne lui en laisseront plus le choix.  L’intrigue porte donc aussi sur   ce petit duo, dont l’histoire évoluera en même temps que le stage fera effet sur Maximilien. 


      Ce roman est une bouffée d’air frais, une injection d’optimisme.  A nouveau je l’ai lu d’une seule traite, charmée par les conseils prodigués par Romane, par les portraits qui y sont dressés,  et par les vérités qui y sont dépeintes. Bien sûr en lectrice friande de romance j’y ai trouvé mon compte…   Ce roman s’adresse aux personnes sensibles au développement personnel, à qui la remise en question parle, ouvertes aux méthodes synonymes de bien-être, de détente etc… D’ailleurs un petit récapitulatif de toutes les méthodes anti-burnerie vous attend à la fin, si jamais l’envie vous prenait de les appliquer. 


     Pas de doutes ce livre m’a énormément plu, notamment une citation qui ne m’a pas du tout laissé indifférente à la p283 “Dans une histoire d’amour, personne ne te demande d’être à a la hauteur. Juste d’être fidèle à qui tu es et d’oser laisser l’autre rentrer dans ta bulle… L’univers fera le reste.“  A travers cette fiction, l’auteur nous invite à nous poser les bonnes questions, les différents membres du stage peuvent être l’un d’entre nous, leur profil sont divers et variés, mais tous parviennent à devenir de meilleures versions d’eux-mêmes, et ça, c’est la bonne nouvelle !  Cette fiction s’inscrit dans la lignée du premier de l’auteur, dans un style différent ils parviennent à nous faire réfléchir, et pourquoi pas à amorcer le début du commencement d’un changement positif! 

     

    Pauline.


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  • Qui a tué mon père, Edouard Louis

     

     

    Titre : Qui a tué mon père

    Auteur : Édouard Louis

     

    Édition : Éditions du Seuil

     

    Date de parution : mai 2018

     

    Nombre de pages : 85

     

    Note : 4/5

     

     

     

    Résumé 

     

     

    Dans son 3e livre, Édouard Louis raconte l'histoire d'un corps qui souffre : celui de son père, brisé par le travail ouvrier, mais aussi et surtout par les politiques successives mises en place pour étouffer, tuer, abîmer les classes populaires jusque dans leur chair. Anecdotes d'enfance, discours père-fils, accusations politiques se mêlent pour donner Qui a tué mon père, au fil de l'histoire sociale et politique de ces 30 dernières années : « L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique. »

     

     

    Critique 

     

     

    Nouveau succès d'Édouard Louis qui réaffirme ainsi sa légitimité en tant qu'écrivain du monde social et politique, avec ses disparités, sa violence jamais tarie et ses injustices. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent qu'il fait « toujours la même chose ». À mon sens, ce troisième livre s'inscrit dans la trajectoire narrative d'un projet littéraire aussi bien autobiographique que politique. Après avoir narré son enfance et sa fuite en tant qu'Eddy Bellegueule, puis la conjugaison des violences sociales, raciales, psychologiques, physiques qui faillit lui être fatale dans Histoire de la violence, il s'intéresse ici plus particulièrement à une figure emblématique de son projet mais de la littérature en général - le père - avec un point de vue original : le corps. Montrer que le politique n'est pas déconnecté du physique, que les mots et les mesures des uns entraînent le dépérissement et la mort des autres, constater, accuser, mettre des noms, c'est tout ça, Qui a tué mon père. Avec une alternance toujours bien maîtrisée des scènes du passé, des fragments de discours, des images fortes et un langage toujours percutant quoique moins cru que dans En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis signe un ouvrage bref, fort, sonore et engagé, dirigé contre les « dominants » et portant non plus seulement le discours et la réalité des classes populaires mais leur souffrance physique, leurs maux les plus intimes.

     

     

    Citation

     

     

    « Les dominants peuvent se plaindre d'un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d'un gouvernement de droite, mais un gouvernement ne leur cause jamais de problème de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer. La politique ne change pas leur vie, ou si peu. Ça aussi, c'est étrange, c'est eux qui font la politique alors que la politique n'a presque aucun effet sur leur vie. »

     


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    Titre : Chromatopsie

    Auteur : Quentin Zuttion

    Édition : Éditions Lapin

    Genre : BD

    Date de parution : Juin 2018

    Nombre de pages : 236

    Note : 4/5

     

    Résumé de l'éditeur (2e de couverture) :

     

    Des corps en transition, qui se libèrent de ce qui les oppresse.

    Chaque personnage est en quête d'un renouveau, d'une identité, d'amour… Ils s'affirment ou s'enferment, consciemment ou non, pour s'accepter et vivre libres. Ils muent, au sens propre comme au figuré.

    Ils s'observent et s'analysent sous toutes les coutures, s'imposent et se dissèquent pour se comprendre et comprendre leur monde.

     

    Critique :

     

    Chromatopsie, nom féminin : perception visuelle des couleurs, due aux cônes de la rétine.

    Parce qu'il s'agit bien de couleurs dans cette superbe bande dessinée de Quentin Zuttion. Les couleurs, on les voit, elles se jettent dans nos yeux dès la couverture et un peu plus à chaque page. Mais je crois qu'on les voit surtout avec le cœur ici. C'est le cœur qui lit, regarde, caresse. C'est le corps aussi. Surtout le corps d'ailleurs. Le corps tout le temps, le corps hors du temps ou trop dedans, qui souffre, qui hurle, qui pèle, qui aime, qui fait l'amour, qui part, qui enlace … Rien n'est extérieur, tout touche au plus profond ; l'adéquation corps-couleur-souffrance (ou bonheur) intime est maîtrisée avec une telle franchise, qui fait d'ailleurs toute la force de cette bande-dessinée.

    Moi qui suis un grand amateur de mots, je les ai trouvé rares, c'est vrai – toutefois, les quelques mots répandus sur les pages sont simples, beaux, forts, habituels quoique surprenants. Peut-être une façon de faire passer le corps dessiné avant le langage, impuissant. Car ici, le dessin prime, le dessin parle, le dessin souffre aussi, le dessin raconte, excite, terrifie, donne à voir et à sentir dans notre chair toutes les oppressions et les attaques dont sont victimes les personnages, mais aussi leurs espérances et leurs délivrances.

    On n'oubliera pas de relever l'excellente préface de Martin Dust, qui déjoue avec malice nos attentes et permet d'entrer confiant dans le livre, pour finalement en ressortir enchanté (ébranlé ?).

    Un livre nécessaire dans un monde où le corps est constamment malmené, rejeté, incompris. La voix colorée du corps dans le corps d'un livre pigmenté.

     

    Citations

     

    « Ça te va bien, cette couleur. » [Danse pourpre ; 4e de couverture]

    « On est tous le monstre de quelqu'un. » [Marée noire]

     

     

     

    Article de Guéric


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    "Art" de Yasmina Reza

    (Illustration : Carré blanc sur fond blanc, Kazimir Malevitch, 1918)

     

    Titre : « Art »
    Auteur : Yasmina Reza
    Date de parution : 1994
    Edition : Folio (Gallimard)
    Nombre de pages : 121




    Résumé


    C’est l’histoire de trois amis, Serge, Marc et Yvan. Serge a acheté un tableau blanc, entièrement blanc, et l’estime au plus haut point. Marc ne comprend pas cet achat absurde et stupide. Yvan, lui, cherche à ménager l’un et l’autre, une position bien difficile à tenir … C’est l’histoire de trois amis qui s’engueulent et interrogent non seulement les préceptes de l’art, mais surtout les fondements de l’amitié et des relations humaines. C’est l’histoire d’un tableau blanc, de ceux qui l’aiment, de ceux qui le détestent, et de ceux qui s’en foutent.


    Critique


    Que dire sur cette immense pièce de Yasmina Reza, écrite en 1994, la pièce de théâtre française la plus jouée dans le monde entier, traduite dans 35 langues … Le style très épuré et le nombre réduit de personnages – les trois amis – rendent possibles de grandes libertés de mise en scène, aussi bien au niveau du jeu que du décor. Le comique est palpable tout au long de la pièce, et on notera les pied-de-nez que se permet Yasmina Reza par rapport aux superstitions traditionnelles au théâtre. Toutefois, cette courte pièce – et je l’ai dit car je l’ai appréciée mais également car j’ai eu la chance de la jouer – ne se réduit pas à une brève comédie sur des engueulades amicales. Reza fait preuve de virtuosité en alternant monologues, soliloques et dialogues plus ou moins enflammés, elle rend le public et le lecteur complices malgré eux. De plus, le rythme crescendo de la pièce est inéluctable et ne peut que nous emporter dans les mêmes extrémités que les personnages. En outre, des sujets bien plus sérieux sont abordés. Les élucubrations de Serge et l’irritation de Marc ne cachent pas une vraie réflexion philosophique sur les lois de « l’Art », sa raison d’être et ses incohérences. L’intrigue elle-même, dans une espèce de huis clos, permet d’envisager les relations humaines sous un autre angle, de nous demander jusqu’à quel point nous agissons par nous-mêmes et dans quelle mesure nous sommes dépendants des autres, influencés par eux. Cette pièce de Yasmina Reza interroge le pouvoir d’être soi-même pour soi-même, et les mécanismes inconscients des relations humaines. Plaisante à lire, elle est également hilarante à voir et à entendre ; je vous renvoie donc à sa première représentation mise en scène par Patrice Kerbrat, qui a eu lieu le 28 octobre 1994 avec Pierre Vaneck (Marc), Fabrice Luchini (Serge) et Pierre Arditi (Yvan), dont vous pourrez trouver une captation sans difficulté sur Internet. Enjoy !


    Citation


    « Si je suis moi parce que je suis moi, et si tu es toi parce que tu es toi, je suis moi et tu es toi. En revanche, si je suis moi parce que tu es toi, et si tu es toi parce que je suis moi, alors je ne suis pas moi, et tu n’es pas toi … »

     

    Guéric.


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  • En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis

     

     

    Titre : En finir avec Eddy Bellegueule

    Auteur : Édouard Louis

    Collection : Points

    Édition : Éditions du Seuil

    Nombre de pages : 204

    Note : 3/5

     

    Résumé :

     

    C'est l'histoire d'une enfance qui n'en est pas une. Même pas une enfance difficile. C'est une histoire de survie – contre ce qu'on fait de nous et ce qui nous entoure – et d'affrontement, ou de fuite ; qu'importe puisque l'évasion ici est déjà un combat. Il ne s'agit pas seulement d'être différent, mais de (se) souffrir pour s'en dédouaner malgré soi. Au gré des rencontres, du quotidien, des expériences diverses et variées, le petit Eddy poursuit un chemin cahoteux, mortifère, nauséabond et parfois surprenant : celui des débuts de son existence. C'est aussi le chemin de l'apprentissage, de la quête de soi, et de l'auto-détestation. « La plus cruelle des maladies est de mépriser notre être » disait Montaigne. Voici l'histoire d'un enfant malade.

     

    Critique :

     

    Bien que ma rencontre avec ce livre ait été fortuite, je dois admettre que depuis Marvin ou la belle éducation, je souhaitais connaître les fondements de ce prodigieux long-métrage. En effet, c'est bien sur ce livre d'Édouard Louis qu'Anne Fontaine s'est basée pour réaliser son film. On remarque aisément la corrélation entre les deux œuvres, et il fut compliqué pour moi, au début, de lire sans greffer aux mots les images du film. Néanmoins, Édouard Louis a fini par s'imposer de façon indépendante au fil de ma lecture. J'ai été proprement bouleversé par cette histoire d'une extrême âpreté, d'une extrême hostilité qui sont rendues par une écriture directe, sans détour mais pleine de poésie et – nécessairement – d'authenticité. La forme lâche de la structure narrative, tout de même répartie en chapitres, plus ou moins linéaire sur le plan chronologique, nous permet d'avancer à notre rythme au son de la voix d'Eddy. Son recul et son impartialité vis-à-vis de lui-même et de ce qu'il a vécu décontenancent, mais rendent d'autant plus la réalité des événements. L'insertion de la voix des autres par les mots en italique est très intéressante, et on prend vite la mesure du poids de la parole de l'autre dans l'enfance d'Eddy. J'ai pu être chamboulé par le caractère cru de certaines scènes ; l'auteur ne cache rien, sans quoi il ne pourrait tout expliquer. Mais j'ai parfois eu le sentiment que cette volonté de rendre le vrai peut nuire au caractère littéraire de l'oeuvre (je mesure mes propos, il s'agit tout de même d'une histoire vraie). La conclusion du livre est brusque, l'effet de surprise est garanti, et l'épilogue tranche d'ailleurs avec le reste de l'ouvrage par sa typographie plus aérée, plus « listée », particulièrement appréciable.

    Malgré tout ce que j'ai pu en dire, ce livre reste une histoire bouleversante, qui nous gifle sans aucune pitié ; l'occasion de se mettre dans la peau impitoyable d'un petit garçon impitoyablement différent, impitoyablement plongé dans un monde impitoyable.

     

    Citation :

     

    « En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre. » (Édouard Louis)


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