• Les Jardins de Lumière, Amin Maalouf

     

    Titre : Les Jardins de Lumière

     Auteur : Amin Maalouf (né le 1949, élu à l'Académie française en 2011)

    Date de publication : 1991

    Édition : Le Livre de Poche

    Nombre de pages : 318

     

     

     

    Résumé de la quatrième de couverture

     

    Lorsqu'on emploie les mots « manichéen » ou « manichéisme » on songe rarement à Mani, peintre, médecin et philosophe oriental du IIIe siècle, que les Chinois nommaient « le Bouddha de lumière » et les Égyptiens « l'apôtre de Jésus ».

    Bien loin des jugements tranchés et sans appel auxquels on l'associe, sa philosophie tolérante et humaniste visa à concilier les religions de son temps. Elle lui valut les persécutions, le supplice, la haine. Mille ans après, l'accusation de manichéisme conduisait encore les Albigeois au bûcher …

    Nul mieux que l'auteur [Amin Maalouf] de Léon l'Africain et de Samarcande (prix des Maisons de la Presse 1988), né dans un Liban déchiré par les fanatismes, ne pouvait raconter l'aventure de cette existence.

     

     

    Critique

    Quel joyau que ce roman de l'Académicien Amin Maalouf, qui à l'époque de la publication ne l'était pas encore ! Les Jardins de Lumière est une œuvre à la jonction de la poésie et de la philosophie, de la spiritualité et du documentaire ; cette œuvre hybride nous en apprend autant sur Mani, personnage phare de l'Antiquité orientale dont les seules traces qui subsistent aujourd'hui sont les mots manichéisme et manichéen, que sur notre monde et sur nous-mêmes. Ode à la paix et l'harmonie entre les religions et les peuples, la philosophie de Mani nous est présentée en même temps que nous est dépeinte sa vie, semée de drames, de séparations, d'errances mais également d'immenses réussites et d'amitiés inébranlables, un destin exceptionnel étrangement similaire à celui du Christ décrit dans la Bible et les Évangiles. Dans un décor digne des Mille et une Nuits ou d'un roman de Christian Jacq, Amin Maalouf nous fait voyager avec Mani sur les routes de l'Orient et de l'esprit, et nous apprend, à chacun de nous, à accepter notre part d'ombre et de lumière, dans le respect de l'autre et de la différence.

     

     

    Citations

     

    « C'est en patience que se conçoit l'ébranlement du monde. » [Première partie « La palmeraie des Vêtements-Blancs », chapitre VI]

     

    « … aux commencements de l'univers, deux mondes existaient, séparés l'un de l'autre : le monde de la Lumière et celui des Ténèbres. Dans les Jardins de Lumière étaient toutes les choses désirables, dans les ténèbres résidait le désir, un désir puissant, impérieux, rugissant. Et soudain, à la frontière des deux mondes, un choc se produisit, le plus violent et le plus terrifiant que l'univers ait connu. Les particules de Lumière se sont alors mêlées aux Ténèbres, de mille façons différentes, et c'est ainsi que sont apparus toutes les créatures, les corps célestes et les eaux, et la nature et l'homme […] En tout être comme en toute chose se côtoient et s'imbriquent Lumière et Ténèbres. Dans une datte que vous croquez, la chair nourrit votre corps, mais le goût suave et le parfum et la couleur nourrissent votre esprit. La Lumière qui est en vous se nourrit de beauté et de connaissance, songez à la nourrir sans arrêt, ne vous contentez pas de gaver le corps. Vos sens sont conçus pour recueillir la beauté, pour la toucher, la respirer, la goûter, l'écouter, la contempler. » [Deuxième partie « Du Tigre à l'Indus », chapitre I]

     

    « Les hommes croient adorer la divinité, alors qu'ils n'en ont jamais connu que des représentations, représentations en bois, en or, en albâtre, en peinture, en mots, en idées.

    - Et ceux qui ne reconnaissent aucun Dieu ?

     

    - Celui qui refuse de voir Dieu dans les images qu'on lui présente est parfois plus proche qu'un autre de la vraie image de Dieu. » [Deuxième partie « Du Tigre à l'Indus », chapitre VI]

      

    « - Pourrais-je au moins savoir si je dispose de sept années encore, si j'atteindrai l'âge du Christ et d'Alexandre ?

     

    - Tu as l'éternité et l'instant, quelle importance? » [Troisième partie « Au voisinage des rois », chapitre II]

     

    « Ses habits dessinent les contours de mon royaume vagabond. » [Troisième partie « Au voisinage des rois », chapitre III]

      

    « Les Jardins de Lumière appartiennent à ceux qui ont vécu détachés. » [Troisième partie « Au voisinage des rois », chapitre VI »

     

    Guéric 


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  • Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

    Auteur : Sylvain Tesson
    Pays : France
    Genre : récit autobiographique, essai sur l’ermitage et la solitude, littérature de voyage
    Editeur : Gallimard
    Collection : Blanche
    Date de parution : 1er septembre 2011
    Prix, récompenses, distinctions : Prix Médicis 2011 essai


    Résumé :


    Lui est un aventurier moderne connu, qui puise dans ses aventures la matière de ses récits. Passionné de Russie, désabusé par une société fondée sur l’apparence et la consommation, il tente une expérience extrême et ultime, celle de séjourner en totale autonomie au bord du Lac BaÏkal en Sibérie orientale, avec pour ambition de cesser de nuire à la Planète. C’est un récit sur la solitude, sur l’ermitage, sur le renoncement, sur la lenteur, sur l’autosubsistance et une réflexion par extension sur la société dans laquelle nous évoluons, basée sur la consommation et la frénésie.
    Son livre retrace donc 6 mois passés seul dans cette isba en bois en Sibérie seul et privé de tout. Seule concession à la modernité, un panneau solaire fournissant l’électricité nécessaire à recharger son ordinateur portable ; du reste, il lui faut couper du bois pour se chauffer, pêcher dans le lac pour se nourrir (des ombles), chauffer l’eau pour se laver. Son récit oscille entre les descriptions de ce quotidien simple fait de patin à glace sur le lac gelé, d’observation des oiseaux et des phoques, de pêche, d’ascension des versant, de flâneries dans les bois et la neige, d’écoute de la nature, de travaux d’écriture, de lecture d’une part ; des réflexions qui l’animent sur le sens de cette retraite, sur les bienfaits de la solitude, sur les vertus de la sédentarité, sur l’impact écologique du genre humain sur la terre d’autre part. Il y a aussi quelques contacts avec les gardes forestiers du Lac et quelques autres forestiers environnants (personne à moins de 6 heures de marche), et à travers ces relations la découverte de la population Russe et de ce pays.


    Critique et réflexions personnelles sur ce livre :


    Je ne connaissais pas Sylvain Tesson en abordant cet ouvrage. Tombé par hasard chez ma libraire (Emmanuelle) sur L’ascension du Mont Blanc de Ludovic Escande, son amitié et ses références à Sylvain Tesson m’interpellent et me fascinent. Retour chez ma libraire, fan de Tesson, qui me propose « dans les Forêts de Sibérie ». Merci Emmanuelle !
    En soi, l’auteur est fascinant, c’est un aventurier moderne parcourant le globe à vélo, à pied ou à cheval, en totale autonomie, seul ou avec un ami, à travers des périples très exigeants physiquement et risqués (tour du Monde à Bicyclette avec Alexandre Poussin, 5000 km de traversée à pieds de l’Himalaya, traversée des steppes d’Asie à Cheval) qui a refusé le terne d’une vie bourgeoise à laquelle il était promis (mère médecin, père journaliste, région parisienne). C’est un peu la version française de Christopher McCandless d’Into the Wild, moins pessimiste, car l’homme aime la vie bien qu’elle lui soit semble parfois difficile à traverser.
    Diplômé de  hypokhâgne et khâgne, puis d’un DEA à l’IFP, Sylvain Tesson est très érudit. Son récit est jalonné de références littéraires extraites de ses nombreuses lectures (67 livres emportés) et son vocabulaire très riche et précis.


    Extraits, citations, moments choisis :

    « Les sociétés n’aiment pas les ermites. Elles ne leur pardonnent pas de fuir. Elles réprouvent la désinvolture du solitaire qui jette son « continuez sans moi » à la face des autres. Se retirer c’est prendre congé de ses semblables. L’ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante. Il souille le contrat social. Comment accepter cet homme qui passe la ligne et s’accroche au premier vent ? » Sylvain Tesson
    « Réduit à moi seul, je me nourris, il est vrai, de ma propre substance, mais elle ne s’épuise pas ». Jean-Jacques Rousseau
    « Un monde obsédé par l’image se prive de goûter aux mystérieuses émanations de la vie. Aucun objectif photographique ne captera les réminiscences qu’un paysage déploie en nos cœurs. Et ce qu’un visage nous envoie d’ions négatifs ou d’invites impalpables, quel appareil le pourrait saisir ?. » Sylvain Tesson
    « Aujourd’hui je n’ai nui à aucun être vivant de cette planète. Ne pas nuire. Etrange que les anachorètes du désert n’avancent jamais ce beau souci dans les explications de leur retraite »
    « Je n’ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m’y opposer. » Walt Whitman
    « Mais vous savez, malgré toute ma volonté, la solitude est la chose la plus difficile à protéger » Michel Déon
    « En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. » Sylvain Tesson
    « Au début des récits de robinsonnade, le héros tente de s’échapper en construisant une embarcation. Il est persuadé que tout est possible, que le bonheur se situe derrière l’horizon. Rejeté une nouvelle fois sur le rivage, il comprend qu’il ne s’échappera pas et, apaisé, découvre que la limitation est source de joie. » Sylvain Tesson
    « Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. » Sylvain Tesson
    « Je comprends pourquoi les hommes ont fait du chien son meilleur ami : c’est une pauvre bête dont la soumission n’a pas à être payée en retour. Une créature qui correspondait donc parfaitement à ce que l’homme est capable de donner. » Sylvain Tesson
    « Le paradis aurait dû se situer ici : une splendeur infaillible, pas de serpents, impossible de vivre nu et trop de choses à faire pour avoir le temps d’inventer un dieu. » Sylvain Tesson
    « L’état voit tout : dans la forêt on vit caché. L’état entend tout : la forêt est nef de silence. L’état contrôle tout : ici seuls prévalent les codes immémoriaux. L’Etat veut des êtres soumis, des cœurs secs dans des corps présentables : les taïgas ensauvagent les hommes et délient les âmes. » Sylvain Tesson
    « Comment peut-on préférer mettre les oiseaux dans la mire d’un fusil plutôt que dans le verre d’une jumelle ? » Sylvain Tesson
    « Les hommes qui ressentent douloureusement la fuite du temps ne supportent pas la sédentarité. En mouvement, ils s’apaisent. Le défilement de l’espace leur donne l’illusion du ralentissement du temps, leur vie prend l’allure d’une danse de Saint-Guy. Ils s’agitent. » Sylvain Tesson
    « La pluie a été inventée pou rque l’homme se sente heureux sous un toit. Les chiens sont sous l’auvent. Le cigare et la vodka, compagnons idéaux de ces moments de replu. Aux pauvres gens, aux solitaires, il ne reste que cela. Et les ligues hygiénistes voudraient faire interdire ces bienfaits ! Pour nous faire parvenir à la mort en bonne santé ? » Sylvain Tesson
    « La vie ne devrait être que cela : l’hommage rendu par l’adulte à ses rêves d’enfant. » Sylvain Tesson
    « Claude Levi-Strauss désignait comme des « vers à farine » les milliards d’humains entassés sur une sphère trop étroite et constatait que nous étions en train de nous intoxiquer. »
    « Seul le plus pur des cœurs peut devenir meurtrier à cause d’autrui. » Jim Harrisson
    « Les livres sont plus secourables que la psychanalyse. Ils disent tout, mieux que la vie. » Sylvain Tesson
    « Faut-il tuer Dieu mais se soumettre aux législateurs, ou bien vivre libre dans les bois en continuant à craindre les esprits ? » Sylvain Tesson
    « je considère mon avenir – un vaste avenir – comme une mer étale : aucun voeu n’en vient rider la face de l’eau. Je ne veux pour rien au monde que les choses deviennent autres que ce qu’elles sont : pour ma part je ne veux pas devenir autre. » Sylvain Tesson
    « D’où le rayonnement de ces gens qui posent sur le monde une vue libérée de toute référence. Les souvenirs de lecture n’interposent jamais leur écran entre ces êtres et la substance des choses. » Sylvain Tesson
    « Aujourd’hui, quand on rencontre quelqu’un, juste après la poignée de main et une regard furtif, on note les noms de sites et de blogs. La séance devant les écrans a remplacé la conversation. Après la rencontre, on ne conservera pas le souvenir des visages ou des timbres de voix mais on aura des cartes avec des numéros. La société a réussi son rêve : se frotter les antennes à l’image des fourmis. Un jour, on se contentera de se renifler. » Sylvain Tesson
    « Tout travaille à tout… Il y a entre les êtres et les choses des relations de prodige…Aucun penseur n’oserait dire que le parfum des aubépines est inutile aux constellations… » Sylvain Tesson
    «  Je me souviens de mes interventions dans les quartiers sensibles (…).Les petits gamins étaient très énergiques et me faisaient le plaisir de s’intéresser à ce que je racontais mais se moquaient de mon accoutrement, raillaient ma manière de parler.  Je retenais de ces rencontres qu’ils accordaient un prix immense à la reconnaissance vestimentaire, cultivaient l’esprit de quartier et le conformisme comportemental, aimaient les objets coûteux., développaient un souci maladif de l’apparence, croyaient à la loi des forts, ne nourrissaient pas beaucoup de curiosité pour l’autre et possédaient leur code de langage : les signes distinctif de l’esprit bourgeois. » Sylvain Tesson
    « ma mémoire est géographique. Elle retient mieux l’atmosphère et le génie des lieux que les visages et les conversations. » Sylvain Tesson
    « le défilé des heures est plus trépidant que l’abattage des kilomètres. L’œil ne se lasse jamais d’un spectacle de splendeur. Plus on connaît les choses, plus elles deviennent belle. (…). J’ai été libre car sans l’autre, la liberté ne connaît pas de limite. (…). J’ai appris à m’asseoir à une fenêtre. » Sylvain Tesson
    « La vie consiste à tenir le coup entre la mort des êtres chers. » Sylvain Tesson

     

    Article de Cyril.


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  • Freakonomics, Lewitt & Dubner

    Le livre : Freakonomics

    L’auteur :  Steven D. Lewitt, Stephen J. Dubner

    Pages : 336

    Edition : Folio actuel

    Prix : env. 9€


    Freakonomics est un livre de sociologie, et/ou d’économie selon moi tout à fait original. Lu sur les conseils d’une amie américaine,  je l’ai dévoré d’une seule traite. Intéressant, passionnant même, c’est le livre idéal pour les étudiants prenant plaisir à se cultiver ailleurs que dans les ouvrages recommandés par leur professeurs. 

    Résumé perso :

    Cet ouvrage regorge d’anecdotes sur la civilisation américaine, et consiste en fait à expliquer des faits de sociétés d’un point de vue nouveau, et pour le moins surprenant! Vous aurez notamment l’occasion de découvrir pourquoi l’avortement a sans doute expliquer la baisse de  la criminalité aux Etats-Unis, dans les années 80, ou encore pourquoi les dealers  vivent toujours chez leur parent alors que nous pourrions nous attendre au contraire.  Vous aurez aussi l’occasion d’apprendre énormément au sujet du Ku Klux Klan, ou encore sur le rôle joué par le parent dans la personnalité d’un enfant, ou encore sur le lien entre le prénom donné au enfants aux USA et le nombre d’année d’études du père et de la mère ect,  ect… Ce livre décompose beaucoup de faits de sociétés avec un point de vue original, et fait en fait la synthèse d’une véritable investigation menée par l’auteur.   Les sujets abordés y sont nombreux, ce livre est une petite pépite de connaissances et de savoir dont il est difficile de faire le résumé ! 

    Mon avis :

    Je suis une ancienne étudiante de prépa littéraire, ce qui m’a laissé quelques séquelles. Parmi elles, le fait d’adorer encore aujourd’hui me cultiver par moi-même, ce qui se fait naturellement à la lecture de se livre. L’auteur vous livre un nombres importants d’informations, de connaissances, qu’il ne cherche pas à biaiser avec un quelconque avis politique. Il vous les  livre toutes crues après les avoir collectées de part et d’autres dans le monde. Il ne cherche nullement à vous influencer, mais vous partage tout simplement ses découvertes et ses déductions.  Les questions posées sont drôles, inattendues, ce pourquoi je vois dans ce livre également beaucoup d’humour bien que les sujets abordés soit très sérieux. Je le considère comme un ouvrage de culture générale puisqu’on y trouve vraiment de tout. Les sujets abordés peuvent être très généraux, comme très particuliers et recentrés.  Ce livre est à mon sens une bouffée d’air frais au cours d’une année scolaire bien remplie dans la vie d’un étudiant, du point de vue de ses lectures j’entends.  Ne voyez vraiment pas ce livre comme un ouvrage barbant et érudit, au contraire. Si vous aimez vous intéressez à la sociologie, vous y trouverez sans aucun doute votre bonheur !   Ce livre peut s’acheter un version originale, mais nécessite un niveau de prépa pour saisir les pointes d’ironie de l’auteur selon moi! Si quelques lycéens courageux veulent cependant tenter l’aventure, ils n’en sortiront que grandit, le vocabulaire étant très riche et varié ! 

     

    Article de Pauline


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    Titres : La Trilogie des Fourmis (Tome I : Les Fourmis, 1991 ; Tome II : Le Jour des Fourmis, 1992 ; Tome III : La Révolution des Fourmis, 1996)

     

    Auteur : Bernard Werber

     

    Genre : « Philosophie fiction » (B. Werber)

     

    Nombre total de pages : 1395

     

    Édition : Albin Michel (Le Livre de Poche)

     

    Note : 5/5

     

     

     

    Résumé de la 4e de couverture 

     

     

     

    Nous ne sommes pas seuls sur Terre.

     

    À côté de nous, à nos pieds, entre nos maisons, vit une autre civilisation. Les Fourmis.

     

    Elles étaient sur Terre bien avant nous.

     

    Elles ont su, au cours des siècles, développer leur propre technologie, leur propre agriculture, leur propre architecture, leur propre politique.

     

    Mais nous les méprisons, juste à cause de leur taille.

     

    Un savant génial, le professeur Edmond Wells, a enfin décidé de provoquer la rencontre.

     

    Le dialogue peut commencer malgré les méfiances et les peurs.

     

     

     

    Critique

     

     

     

    Bernard Werber est sans doute l'une de mes plus belles découvertes – sans exagération aucune – de la littérature actuelle, « mainstream ». J'avais lu Les Fourmis il y a quelques années, j'avais énormément apprécié et m'étais avidement jeté sur la trilogie Troisième Humanité que j'avais trouvée magistrale à tous les niveaux de réflexion : philosophique, scientifique, politique, anthropologique, culturel …

     

    C'est d'ailleurs ça qui est le plus frappant dans les livres de Werber : sa capacité à partir d'un sujet étrange, anodin, précis et finalement parler de tout, et avec beaucoup de sagesse. Dans la trilogie des Fourmis, le télescopage des intrigues, des échelles, des civilisations aboutit à des aventures improbables, contées par un maître dans l'art de la formule, de l'exactitude et du suspense.

     

    Souvent classé dans la science-fiction, l'œuvre de Bernard Werber, et spécialement la trilogie des Fourmis, ne saurait s'y restreindre. C'est une œuvre sur « la communication en général, notre lien à la nature, notre place dans l'univers », pour le citer. En cela, c'est une œuvre extrêmement indispensable à lire et à mettre en avant aujourd'hui, alors que les enjeux environnementaux et écologiques se teintent d'urgence. Il faut lire, et il faut lire ça ; je crois que tout se résume à ces quelques mots. Lire pour apprendre, à travers les innombrables références culturelles, historiques et scientifiques que comporte les trois livres de la saga des Fourmis. Lire pour faire l'expérience du petit, de l'infime. Lire pour prendre conscience du carnage qui est le nôtre, de notre rôle fondamental. Lire pour comprendre la Terre, le monde, beaucoup de choses - en bref, tout ce qui est à sauver.

     

     

     

    Citation 

     

     

     

    « 1 + 1 = 3

     

    L'union des talents dépasse leur simple addition. »

     

    [Edmond Wells, Encyclopédie du savoir relatif et absolu, tome III dans La Révolution des Fourmis]

     

     

    Article de Guéric

     


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  • Conversations d'un enfant du siècle, Frédéric Beigbeder

     

    Auteur : Frédéric BEIGBEDER

    Pays : France

    Genre : Entretiens

    Editeurs : Grasset & Fasquelle

    Collection : Couverture bleue

    Date de parution : 16/09/2015

     

     

    Résumé

    « Conversations d’un enfant du siècle », ce sont 20 entretiens rassemblés dans un livre, 20 entrevues entre Frédéric BEIGBEIDER et 20 auteurs renommés, donnant lieu à des dialogues parfois surprenants d’où surgissent des anecdotes, des citations, des moments drôles.

    Les interviews sont étalées dans le temps de 1999 à 2014, et l’on peut entrevoir l’évolution de Frédéric BEIGBEIDER passé de jeune écrivain prometteur (en 1999, la trilogie de Marc Marronnier est sortie, mais pas encore 99 Francs publié en 2000) au statut de poids lourd de la littérature française.

    Glissées au milieu des ces entrevues réelles avec des écrivains influents d’aujourd’hui, recueillies pour le compte de nombreux magazines (Le Figaro littéraire, Paris Match, Lui, GQ, Bordel, Voici), se dénichent des conversations fictives avec des écrivains morts comme Francis Scott Fitzgerald et Charles Bukowski, et même une « auto-interview ». Là est l’art de Frédéric BEIGBEIDER, être décalé dans son style et son approche, persévérer dans une certaine forme de dérision, tout en approchant des monstres de la littérature et en faisant « jaillir des étincelles » de ces instants volés. Il aime se donner des airs de parfait dilettante ( « il va de soi que je n’ai rien préparé », « j’aurai pu ajouter une conclusion brillante, mais pour cela, il aurait fallu travailler », « évidement je suis en retard »), d’alcoolique fêtard (« ils buvaient sans s’arrêter, en buvant pour se donner du courage », « je finis la bouteille de pinard », « inutile de dire qu’en plus du Givry, je bois du petit-lait ») et pourtant on devine un travailleur très cultivé et passionné de littérature. Toujours drôle aussi (à propos de Bernard Franck :« rien que d’être assis à côté de lui me garantit une présence dans sa biographie », à propos de Philippe Sollers : « cette fois, aucun doute n’est permis : c’est bien Philippe Sollers, puisque je n’ai rien compris »).

    Frédéric résume son livre lui-même ainsi :

    « Ecrire, c’est parler en silence, et réciproquement : parler, c’est écrire à haute voix. J’ai interrogé les auteurs de ce livre comme un apprenti garagiste questionnerait un professionnel sur la meilleure manière de changer un joint de culasse. Je voulais déchiffrer leur méthode, comprendre les rouages de leur travail, voler leurs secrets de fabrication. C’est fou comme on se sent bien en écoutant les dernières personnes intelligentes sur terre. »

     

     

     

    Critique et réflexions personnelles sur ce livre

    Ce qui frappe est le ressenti immédiat de l’existence d’un milieu littéraire parisien, tous les écrivains paraissent se connaitre entre eux, Frédéric BEIGBEDER rencontre Amélie Nothomb vers Montparnasse, manque Edouard Baer au Mathis Bar, et on comprend que tous se croisent dans des salons littéraires (« cela veut dire que je vais encore vous croiser dans des salons sordides »), dans des soirées, sur des plateaux TV ou radio. Un écrivain rencontré en vacances, Virginie Carton, me disait que pour publier, la seule chose vraiment importante est le réseau. Les éditeurs se publient entre eux, publient les enfants de leurs amis ou de personnalités influentes, les amis des uns et les maitresses des autres. C’est un peu décevant.

    Au niveau des idées, la plupart d’entre eux sont peu ou prou des bourgeois de gauche (nouvelle forme de bourgeoisie après les bourgeois de droite), avec grosso modo les mêmes idées progressistes arrêtées. Heureusement (pour la diversité intellectuelle) Finkelkraut apporte un peu de contradiction à tout cela.

    Ce qui retient aussi l’attention dans « Conversations d’un enfant du siècle » est l’érudition des écrivains croisés, leur capacité à produire des citations, leurs connaissances. Un nombre important d’entre eux est diplômé des meilleurs écoles, professeurs d’université (Tabucchi, Eco), énarques (Boulan), mais pas tous. Philippe Sollers échappe à la règle, ayant abandonné ses études, mais use de citations et de phrases alambiquées, est-ce la le signe d’un complexe quelconque ? Catherine Millet semble s’être lancée dans la vie active à 18 ans (source wikipedia à vérifier). Impossible de trouver sur internet le parcours de Jay McInerney. Disons que les écrivains, quelque soit leur niveau d’étude, forment un club d’intello cultivés et érudits, produisant des livres bourrés de citations et de références, et pourtant, les plus beaux de récits, sont les plus touchants et les plus accessibles. Joseph Joffo, fils de coiffeur, auteur du sublime « un sac de billes » en 1973, n’aurait sans doute pas trouvé d’éditeur à l’époque actuel.

    Outre ces rencontres fascinantes avec tous ces écrivains, ce qui doit vous inciter à lire « Conversations d’un enfant du siècle », ce sera l’envie de découvrir de nouveaux auteurs (je viens de commander chez mon libraire indépendant le « journal d’un oiseau de Nuit de McInerney) et surtout les centaines de citations fascinantes qui jalonnent l’ouvrage.

     

     

    Citations et moments choisis

    o « Il suffit d’inventer sa vie, et soudain elle a lieu. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « Ecrire, c’est parler en silence, et réciproquement : parler, c’est écrire à haute voix. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « Pour savoir écrire, il faut savoir lire, et pour savoir lire, il faut savoir vivre. Donc si on veut écrire beaucoup, il faut lire beaucoup et vivre beaucoup. » Philippe Sollers

    o « Peut-être faudrait-il concevoir le travail comme un travail d’intérêt général, le truc auquel on condamne les gens qu’on veut réinsérer. » Guillaume Dustand

    o « Pessoa est mort en 1935, juste avant que le naufrage du monde et de l’Europe commence. » Antonio Tabucchi

    o « la littérature, je le pense, est assez généreuse. Elle nous accueille. Elle nous a accueillis pendant des siècles sans nous poser de questions, sans nous poser de problèmes. Elle a accueilli soit un poème sur la carotte de Neruda soit le petit Gavroche de Hugo. Elle a un ventre très généreux, vraiment. Elle ne demande pas la carte de crédit, la littérature. Il faut l’aimer. C’est le dépôt de la mémoire. » Antonio Tabucchi

    o « Franchement je crois qu’un écrivain écrit surtout uniquement pour lui-même. Il a une nécessité incongrue de dire quelque chose. A qui ? A lui-même. C’est une espèce de confession. » Antonio Tabucchi

    o « Balzac pensait que le visage de quelqu’un correspondait à sa vie. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « C’est dur d’aimer car c’est préférer quelqu’un à soi-même. » Paul Léautaud

    o « Ce qui m’a toujours captivé, je le jure sur le sang du Christ, c’est la réciprocité de l’amour. » Gabriel Matzneff

    o « Publier un livre, c’est quand même donner au procureur les pièces de l’accusation ». Gabriel Matzneff

    o « Choke ne parle pas du présent mais de personnes revivant le passé, encore et toujours. C’est ce que font la plupart des gens. Ils sont comme des mômes avec un permis de conduire, appliquant à la lettre dans leur vie ce qu’ils ont appris il y a 6 ans. Ce livre parle de surpasser ça. » Chuck Palahniuk

    o A propos d’Albert Cossery : « Il a vécu dans ses livres : une vie entière dédiée à la contemplation, la méditation, la déambulation, la liberté, la paix et le sommeil. » Frédéric BEIGBEDER

    o Question à Albert Cossery : « Où trouves-tu le courage de ne rien faire de la journée ? » Frédéric BEIGBEDER

    o « J’écris pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas au bureau le lendemain. », Albert Cossery

    o « Ces moments de bonheur, d’adhésion à la vie, si on se les rappelle bien, finissent par faire une sorte de couverture, de patchwork réconfortant qu’on pose sur le corps nu, efflanqué, tremblotant de notre solitude » Françoise Sagan

    o « Aimer c’est désobéir à son intelligence » Frédéric BEIGBEDER

     

    Article de Cyril


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