• Au revoir Monsieur Friant ; Philippe Claudel (2001)
    81 pages (pour édition Le Livre de Poche)

    Au revoir Monsieur Friant, Philippe Claudel

    Février 2019. Musée des Beaux-Arts de Nancy. Dehors : ciel maussade. Assis sur un banc. Le livre dans les mains. Les tableaux en face de soi. Parfois, se lever, se déplacer pour changer de perspective, pour avoir un autre point de vue. Alterner du livre au tableau, de le peinture à la littérature et finalement faire rejoindre ces deux arts.


    Voilà les circonstances de ma lecture dévorante et passionnée d’Au revoir Monsieur Friant de Philippe Claudel, œuvre courte mais pourtant si riche et si puissante.


    Tout débute sur la sollicitation des souvenirs de l’auteur, expérience somme toute banale et à la porté de tous. C’est par la figure de sa grand-mère éclusière dans le paysage lorrain de son enfance que Claudel fait pénétrer le lecteur dans les méandres de ses souvenirs. Celle-ci lui rappelle des instantanées de tendresse, d’images colorées au bord du canal et à l’odeur de vin. Il s’agit en effet pour Claudel de faire cheminer son lecteur dans ses jeunes années, l’écriture devenant une tentative de faire revivre le révolu si charmant, et s’il ne reste plus vraiment le visage de sa grand-mère, se maintient cependant des « débris de temps » à l’image des pétales qui se décolorent au fil du temps.


    Chez Claudel regard et mémoire sont intimement liés. C’est ici que vient la pertinence de la référence (plus que référence, je dirai hommage) au peintre lorrain né en 1863 : Emile Friant. C’est en regardant les tableaux du naturaliste que Claudel parvient à faire ressurgir par la plume ses jeunes années. Il y a un processus d’identification à travers les toiles tout à fait intéressant et notable et parfois l’auteur semble même se faire engloutir par la peinture. Par exemple, il s’imagine voir son arrière-grand-père à travers l’homme à la vinasse des Buveurs ou le travail du lundi ou croit apercevoir une fille qu’il aimait mais qui ne partageait son amour dans la Jeune Nancéienne dans un paysage de neige. De plus Emile Friant devient lui-même objet de dialogue et Claudel répond ainsi à son désir d’abolir le temps pour permettre cet échange entre deux artistes de deux époques différentes d’une manière très touchante. Car du temps, il en est bien question dans l’œuvre, le temps passe, détruit les jeunes années, devient même objet à faire intervenir le lecteur : « Nous avons tous eu dix-sept ans. Lui, vous, moi… ». Face au temps, Claudel trouve ses propres ressources au fil de l’eau (c’est par un canal que s’ouvre l’œuvre) et au fil de ses allées et venues au musée. À quoi bon écrire, semble-t-il même se demander. La confrontation avec Friant est pour Claudel un moyen d’approcher cette question dans sa démarche analogique.


    Si l’introspection et la réflexion sur le métier d’artiste sont des éléments clés de l’œuvre, elle n’en propose pas moins une prose douce, évidemment mélancolique, concrète et colorée à l’image de cette réflexion que l’auteur se fait sur l’amour : « Les amours juvéniles entretiennent des parentés avec les grandes diarrhées et comme pour elles, heureusement, peu de choses suffit à les faire passer. Il fallut juste un peu de temps, mais je guéris… On croit se mourir d’amour et trois mois après on savoure une bière brune à côté d’une épaisse choucroute dans le bruit harmonieux des conversations mêlées, sous les tulipes orange des lustres de L’Excelsior, à côté de jolies femmes qui nous font des yeux doux. »

    Au revoir Monsieur Friant n’est pas tant un moyen de prendre congé de son interlocuteur qu’une tentative sincère et touchante d’allier à tout jamais deux formes artistiques… et de prendre un bouquin pour le lire dans un musée si bien qu’à la fin de mon expérience de lecture, je ne savais plus si j’avais dans la main un livre ou une exquise friandise !

     

    Ma note : 4/5


    Nathan Muller


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  • Une Vie, Simone Veil

     

    Titre : Une Vie (autobiographie)

    Auteur : Simone Veil (1927-2017)

    Date de publication : 2007

    Édition lue : Le Livre de Poche 

     

    Résumé 

     

    Simone Veil se raconte sur le papier, de son enfance niçoise à l’expérience des camps, des intrigues gouvernementales aux hautes sphères de la Loi et de l’Europe, le tout entre soif de liberté, vie de famille et réflexions sur les évolutions de la société. 

     

    Critique 

     

    J’ai rarement été confronté à des lectures autobiographiques. Elles m’ont toujours semblé difficiles non seulement à écrire (qu’il est dur de bien savoir se dire !) mais également à lire, car dans mon ignorance je pensais qu’il y avait du déplaisir à parcourir les simples faits d’une vie. Mais la vie de Simone Veil n’est pas simple, et Une vie a achevé de me réconcilier avec l’autobiographie. Une plume juste et mesurée narre les atrocités de la guerre et des camps aussi bien que les joies de l’enfance, le tourbillon étourdissant de la vie ministérielle et les propres ambitions de cette grande dame : la reconstruction et l’émancipation. Son expérience et son avis, parfois tranché, toujours posé, sur le système, l’Histoire, la société, les grands tournants des dernières décennies françaises, donnent à ses mots une teinte grave aux accents de vérité, non moins dénuée de poésie et de qualité littéraire qui justifient d’autant plus sa place à l’Académie française d’abord, au Panthéon ensuite, dans nos coeurs enfin.

     

    Citations 

     

    « (…) Voilà quelques exemples de ce que les déportés ont pu subir, dans les années qui ont suivi leur retour. Pendant longtemps, ils ont dérangé. Beaucoup de nos compatriotes voulaient à tout prix oublier ce à quoi nous ne pouvions nous arracher ; ce qui, en nous, est gravé à vie. Nous souhaitions parler, et on ne voulait pas nous écouter. C’est ce que j’ai senti dès notre retour, à Milou et à moi : personne ne s’intéressait à ce que nous avions vécu. En revanche, Denise, rentrée un peu avant nous avec l’auréole de la Résistance, était invitée à faire des conférences. »

    Chapitre III, « L’enfer »

     

    « Je me suis du reste demandé, à l’époque, si les hommes n’étaient pas, en fin de compte, plus hostiles à la contraception qu’à l’avortement. La contraception consacre la liberté des femmes et la maîtrise qu’elles ont de leur corps, dont elle dépossède ainsi les hommes. Elle remet donc en cause des mentalités ancestrales. L’avortement, en revanche, ne soustrait pas les femmes à l’autorité des hommes, mais les meurtrit. »

    Chapitre VI, « Au gouvernement »

     

    « Dans notre système, le Président est d’abord un homme seul. Rien ne l’incite au dialogue. Aussi longtemps qu’il est en place, il n’est remis en cause par rien ni personne. Évoluant dans un milieu aseptisé et de plus en plus artificiel, il n’échange qu’avec ses pairs, une poignée de journalistes et une noria de hauts fonctionnaires nommés en vertu d’un pouvoir qui connaît, en France, une ampleur dont nul autre pays n’offre l’exemple. Le chef de l’État y place en effet un nombre considérable de personnes. Celles-ci deviennent autant d’obligés et contribuent à ce phénomène de cour que chacun a pu observer autour des présidents successifs de la Ve République. »

    Chapitre VI, « Au gouvernement »

     

    Guéric


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  • Mille femmes blanches, Jim Fergus

     

    Mille femmes blanches (1998)

    Jim Fergus

    494 pages


    Résumé :

    Afin de conclure d’une paix durable avec les indigènes du territoire, le gouvernement américain accepte un marché : échanger contre des troupeaux de bêtes, mille femmes américaines, afin de les faire se marier avec des hommes de peuples autochtones, et que de leur union naissent des enfants métisses afin de peupler l’Amérique d’une population tolérante des coutumes de ces populations. Nous suivons le destin incroyable d’une de ces femmes, au fil des lettres qu’elle écrit à sa soeur.


    Ma critique :


    Pour être honnête, je suis tombée sur cette pépite en tapant dans la barre de recherche de la Fnac : livre grandes plaines américaines. Je voulais un récit d’aventure, je voulais des descriptions de beaux paysages, des forêts de séquoias etc… Finalement ce livre est arrivé en première position. Et j’y ai vraiment trouvé mon bonheur.

    Le fait qui y est exploité est une histoire vraie, et l’héroïne du livre une véritable personne ayant vraiment vécu cela. Partant de là je n’ai pas pu m’arrêter de le lire, pour avoir le fin mot de l’histoire.

    L’écriture est de plus extrêmement qualitative. La traduction respecte sans doute le degrés de langage qui était employé au XIXème siècle, ce qui change des lectures auxquelles je me confronte habituellement, mais qui me fait le plus grand bien. L’histoire est racontée à la première personne, ce qui permet une immersion totale dans cette histoire, dans ces paysages incroyables, dans cette Amérique d’une autre époque. Ce livre est également passionnant en terme de civilisation américaine. Les personnages sont tous emblématiques de la société de cette époque, nous en apprenons également beaucoup sur les lois et les règles en vigueur à ce moment, ce qui personnellement m’intéresse énormément !

    Bref, un voyage passionnant et plein de rebondissement. Je recommande à 100% !

     


    Pauline


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  • Raphaëlle Giordano, Cupidon a des ailes en carton

    Nombre de pages : 374 de récit pur + 15 pages de "Love Organizer"

    Cupidon a des ailes en carton, Raphaëlle Giordano


    Résumé

    Meredith est une jeunes femme qui manque d’assurance. C’est un fait, elle le sait, et elle ne s’en cache pas. Seulement elle arrive à un moment où les choses dans sa vie deviennent sérieuses, en amour, professionnellement. Et ce manque de confiance en elle commence à lui faire défaut. Alors, elle se lance un parie fou. Soumettre à Antoine, son amour, son coup de foudre, un compte à rebours. 6 mois de séparation forcée pendant lesquels elle va se lancer à la quête d’elle-même. Accompagnée de son amie Rose, et de son bagage personnel, elles vont faire une tournée dans la France pour jouer leur spectacle. Et à chaque destination son lot de surprises.

     


    Mon avis


    Les deux premiers romans de l’auteur m’ont plu sur toute la ligne. Celui-ci est totalement différent, et ce changement ne m’a pas plu, pendant une bonne partie du roman. Pour la première fois, je trouve le personnage principal décevant. Meredith ne va pas dans le sens que nous aimerions tous qu’elle prenne. Au contraire, elle a tout d’un anti-héros moderne. Doute, manque de confiance en elle, personnellement, professionnellement, voilà les éléments qui la constituent, elle n’est pas au rendez-vous quand nous l’attendons. D’autre part, toute l’intrigue du roman tourne de l’amour, et malgré les changements de points de vue au fur et à mesure des chapitres, le thème devient à mes yeux quelque peu redondant. Meredith veut tout analyser, tout remettre en question, elle se refuse au lâcher prise, au “l’avenir nous le dira“, et cela est pénible, en tout cas pour moi. Pour la première fois je n’arrive pas à m’identifier au personnage créé par l’auteur. Elle soumet Antoine, son cher et tendre à une séparation de 6 mois, ce qu’elle appellera son "Love Tour". Je trouve cela sincèrement trop éloigné de la réalité. Raphaëlle Giordano, psychologue et coach en bien-être reste fidèle à elle-même dans ce roman, puisqu’elle profite de la problématique de son personnage pour conseiller directement son lecteur. En effet dans la quête du Grand Amour, Meredith met en place un "Love organizer". Un moyen de se questionner, d’évoluer, au sujet de l’amour, mais pas que. D’ailleurs à la fin du roman, on peut trouver un guide pratique pour réaliser son propre "Love Organizer". Cela reste tout de même une jolie histoire à lire, bien écrite. Le cadre de vie de Meredith, avec son amie Rose, est original et offre de la matière. Cela me crève le coeur de le dire, mais pour la première fois je suis déçue par cette auteure que j’adore.

     


    Pauline P


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  • Voir Ithaque, Julie Toso (2018)

    De quoi ça parle ?

    Et si comme moi, vous désirez en ce moment même faire la rencontre d’androgynes et de géants ?

    Voir Ithaque est un recueil de neuf nouvelles qui vous fera voyager dans des contrées méditerranéennes avec ce petit parfum de mythologie et d’onirisme qui vous arrivera jusqu’aux narines. Derrière ces « contes modernes » se révèleront des thématiques universelles comme l’amour, le désir, la création ou encore la nostalgie.

    Ma critique

    Ce bouquin est un petit délice. Avec un style simple mais efficace, l’écrivaine originaire de Nancy parvient à toucher le lecteur par la sincérité de ses petites histoires. Celles-ci sont une sorte de modernisation des plus grands mythes fondateurs de la tradition gréco-romaine. En cela, je trouve très intéressant les citations des grandes œuvres qui amorcent les nouvelles et en annoncent déjà une certaine tonalité (L’Odyssée d’Homère, Le Banquet de Platon ou encore Le mythe de Sisyphe de Camus). De plus, les nouvelles sont aussi parsemées d’une finesse philosophique et la fin de chacune nous amène à réfléchir.

    Pour ma part, j’ai vraiment beaucoup apprécié la première nouvelle intitulée « Eros et Antéros » qui relate la rencontre d’Emma avec un jeune homme dans un musée florentin ; rencontre qui ne va jamais cesser de la hanter et la fasciner.

    La dernière est de même très intéressante. Elle prend le titre de l’ouvrage. Il s’agit de l’histoire d’une jeune fille qui va peu à peu s’initier à la vie au cours de son déplacement à Ithaque, destination qui n’est pas sans rappeler l’île d’Ulysse.

    Enfin, le recueil est ponctué d’illustrations très sympathiques.

    Voir Ithaque est donc une œuvre de douceur ; simple mais pourtant si profonde. Une lecture que je conseille pour ceux désireux comme moi de s’évader dans cet « ailleurs » qu’est le rêve et la magie mythologique.

    Ma note : 3,5/5

    Nathan Muller


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