• Lettre à Hervé par Eric SaganTitre : Lettre à Hervé « 24 ans, la lettre de ma vie »

    Auteur : Eric Sagan

    Edition : 

    Nombre de pages : 112

     

     

    Pour parler de ce livre, il faut raconter l'histoire du livre lui-même.

     

    Il était une fois un garçon d'une vingtaine d'années. Qui tombe amoureux d'un mec. D'un mec hétéro. Rien de très original. Mais ce garçon se met en tête d'écrire une lettre. Dans cette lettre, il va raconter sa vie, son enfance, ses peurs, ses péripéties d'enfant normal, ou presque, péripéties touchantes, souvent drôles, parfois choquantes, toujours humaines. 

    Cette lettre il la donne à Hervé. Et il la donnera également plus tard à ses parents, en se rendant compte qu'il n'avait jamais rien écrit de mieux pour expliquer qu'il était différent.

    Des années passent. il reçoit alors l'appel d'un inconnu : le psychologue de son père. Il apprend que son père s'était lui aussi servi de cette fameuse lettre, pour parler de son fils sur le divan. Pourquoi ce psy avait-il appelé ? Pour demander l'autorisation de faire lire cette lettre à un autre patient, dont le fils était gay, lui aussi. Pour l'aider à accepter son fils. 

    Cette histoire, vraie, et d'autres événements de la vie, allaient finir par convaincre l'auteur de publier cette lettre, sous forme de fiction, en préservant l'authenticité de l'original. 

     

    Voici donc "Lettre à Hervé"

     

    Ma critique : Pour être honnête, je suis tombé dessus un peu par hasard, une publicité ou une image sur les réseaux sociaux, une note prise dans mon téléphone, du temps qui passe et enfin l'occasion de commander cette Lettre-livre. C'est fou comme un livre, une lettre authentique, que l'on écrit avec le courage d'une âme et d'un stylo endurant, dans toute sa sincérité simple et directe, peut nous ébranler et nous réparer simultanément.

    Dès la préface, les mots touchent, et dès que la matière brute de la déclaration s'impose à nous, on laisse la parole se poursuivre à son rythme, irrégulier, inexorable, addictif. Une parole d'autant plus forte que libérée de la peur du face à face, rassurée par la douceur et la bienveillance du papier :

    « Ce que je vais te raconter, j'aurais été incapable de le faire face à toi. C'est tellement plus simple de parler à du papier. C'est gentil le papier, ça absorbe l'encre, bien noire, gentiment, sans rien dire. Ça ne dit rien, ça accepte tout. »

    C'est une lecture qui fait énormément de bien. Il est possible, avec l'auteur, de se trouver des points communs, des divergences aussi. Mais ce qui peut, je pense, parler à tous, c'est cette faculté de l'auteur à nous montrer qu'un rien nous façonne et nous bouleverse, que les complexes sont chroniques et peuvent dans une certaine mesure nous conditionner, que la quête de soi et des autres est longue, parfois douloureuse, toujours pleine de rebondissements et de surprises, une faculté que l'on perçoit jusque dans les dernières phrases, une faculté indissociable du partage.

    En partageant une partie de son histoire et de sa vie, Éric Sagan m'a personnellement sorti de ma solitude. Le temps d'une lecture, je ne me suis pas méprisé, je me suis étudié et j'ai compris l'urgence d'être indulgent avec moi-même. J'ai compris que je n'étais pas anormal ni bizarre (enfin, pas sur tous les points) et que j'avais une place, même si c'est parfois difficile de l'occuper pleinement. Que j'étais comme les autres :

    « Comme tout le monde, une goutte d'eau dans l'océan. Comme tout le monde, un océan dans une goutte d'eau. Ni plus, ni moins, un type comme les autres. »

     

    Je pourrais en parler pendant des heures, sans m'arrêter. Je conseille ardemment ce livre, sa lecture sans a priori, une lecture aussi sincère que l'écriture, une lecture plus que nécessaire dans un monde où la différence peine à se faire accepter de tous et de toutes, où s'expliquer soi-même n'est jamais simple. Une livre qui tout en mettant en lumière le paradoxe de l'écriture, d'un côté libératrice et salvatrice, de l'autre réductrice de sens, parvient à le dépasser. Merci Éric Sagan.

    Guéric 

     

     

     


    votre commentaire
  • Titre: Mon nom est rouge

    Auteur : Orhan Pamuk

    Edition : Folio Gallimard

    Nombre de pages : 726

     

    Résumé : Quand Black revient à Istanbul en 1591 après douze ans d'absence, il apprend que son oncle et une équipe de peintres miniaturistes travaillent à une commande secrète du sultan : un livre célébrant son règne. Mans quand l'un des peintres se fait assassiner, le secret devient de plus en plus difficile à garder et Black est chargé de mener l'enquête. Le peintre a-t-il été victime d'une rivalité professionnelle, amoureuse ou encore d'un crime de religion? 

    Ma critique : A première vie, Mon Nom est Rouge semble être un roman policier comme les autres. Pourtant, les douze narrateurs qui donnent leur point de vus sur les événements (parmi eux un cadavre ou encore une pièce de monnaie), en font un véritable mélange de styles et de genres. Tout en étant tenu en haleine par l'enquête et l'intrigue amoureuse, le lecteur est plongé dans l'univers fascinant de l'empire Ottoman du XVIe siècle et assiste à un débat philosophique sur l'art et sa fonction.

    Plus que les meurtres, c'est la confrontation entre l'Orient et l'Occident qui est au centre du sujet. J'ai particulièrement aimé les chapitres plus "historiques" dans lesquels l'auteur donne des informations sur la culture et les traditions islamiques en les comparant aux moeurs européennes. 

    Seul point négatif : quelques répétitions dues à l'aspect polyphonique du récit, mais dans l'ensemble il ne fait pas se laisser dissuader par le nombre de pages. 

     

    Ma citation : "une erreur qui ne provient pas d'un manque de maîtrise, mais émane de l'intérieur de l'âme de l'artiste, cesse d'être une erreur et devient un style."

     

     

    Ma note:

     

    Alexia


    votre commentaire
  • Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de R. GiordanoTitre : Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

    Auteur : Raphaëlle Giordanno

    Année de parution : 2017

    Nombre de pages : 217


    La réputation de ce livre n’est plus à faire, mais pour les quelques récalcitrants qui seraient passés entre les mailles dur filet, voici une petite présentation !
    Dans ce romain de fiction, saupoudré de références autobiographique, l’auteur met en scène une jeune femme, Camille. Celle-ci est l’archétype de la femme d’aujourd’hui, elle vit avec son mari, et son fils, entretient des rapports conflictuels avec sa mère, et se croit tout de même épanouie, notamment à travers son travail pour lequel elle s’est battue.
    Camille semble tout avoir pour être heureuse, et pourtant, c’est simplement un soir où sa voiture la plante sur l’autoroute qu’elle décide de confier à un inconnu son mal de vivre. Cet inconnu ne va pas le rester longtemps, il deviendra son routinologue, l’homme qui va clairement changer sa vie, en lui apportant des conseils précieux pour améliorer son quotidien. Cela passera par des conseils dans sa manière de voir les choses, de se voir elle-même, d’appréhender sa vie de famille, son rôle de mère, la relation avec sa propre mère. Chaque progrès réalisé lui vaudra l’acquisition d’un lotus, délivré par son routinologue. Evidemment le récit ne fait que croître, et la fin est plus qu’admirable.
    Les points forts du livre: je suis une lectrice de 20 ans, fraîchement entrée dans la vie d’adulte, et ce livre m’a énormément rassurée sur les inquiétudes que l’on peut rencontrer à cette période. L’histoire n’est pas fantasque, son réalisme permet de l’appliquer à sa vie personnelle.
    Ce livre est le premier que j’ai mis dans ma valise pour Paris, c’est un fond de placard, un petit guide précieux pour les tous les jeunes, notamment les jeunes femmes un peu déroutées. D’ailleurs, l’auteur semble l’avoir imaginé ainsi puisque nous pouvons trouver à la fin du livre, un récapitulatif de tous les conseils qui y ont été prodigués.
    Le livre se lit très vite, on y est plongée et tenu en haleine, de plus il est écrit dans un Français dynamique, moderne, il a du rythme, vraiment on ne s’ennuie pas une seconde! J’attendais d’ailleurs le deuxième ouvrage de l’auteur avec impatience !

     

    Max


    votre commentaire
  • Tristesse et beauté de Yasunari KawabataTitre: Tristesse et beauté

    Auteur: Yasunari Kawabata

    Edition: Le livre de poche ou Albin Michel

     

    "Tristesse et beauté" est un roman sans illusions dont émane une certaine mélancolie et qui reprend de nombreux éléments de la vie de Kawabata. Un soir de nouvel an, Oki part retrouver son ancienne maîtresse, Otoko, dans l'espoir d'écouter sonner les cloches des temples en sa compagnie : il ne l'a pas revue depuis de nombreuses années et a depuis refait sa vie. Le premier roman à succès d'Oki narrait sa liaison avec Otoko: la femme de ce dernier mène une vie aisée grâce à cette infidélité passée, tandis qu'Otoko n'a rien et ne doit sa bonne fortune qu'à son talent de peintre. Dans le roman, l'artiste est devenue une femme d'âge mur qui partage la vie d'une jeune apprentie : Keiko. Ces dernières entretiennent une relation étrange, oscillant entre passion charnelle et amour filial : la jeune fille a le même âge qu'Otoko lorsqu'elle a rencontré Oki pour la première fois. Très vite, il devient évident que Keiko voue une admiration sans borne à sa mentor : elle décide alors de la venger.

    Ce dernier roman de Kawabata avant son suicide m'a faite voyager dans un Japon sur lequel le temps semble n'avoir aucune emprise : réel et irréel se mêlent jusqu'à perdre le lecteur. Les nombreuses scènes de description de la nature environnante ou des rues désertes m'ont plongée dans un état contemplatif qui laisse finalement moins de place à la narration : cela ne dessert pourtant aucunement le livre. A travers ce roman onirique, Kawabata semble en proie à l'introspection et propose une réflexion sur la mélancolie et la recherche veine d'une époque révolue. Ses personnages oscillent sans cesse entre l’amour et la haine et leur destins tourmentés portent un récit troublant caractérisé par une dualité permanente. J'ai également beaucoup aimé les nombreuses considérations sur l'art japonais, sur sa signification et sa manière d'être pensé. Les descriptions des artistes en train de peindre sont saisissantes et très visuelles, j’ai été d’ailleurs agréablement surprise car Kawabata sollicite en permanence tous les sens du lecteur : cela rend la lecture cruellement intense. Plus désabusé que "Les belles endormies", "Tristesse et beauté" n'en a cependant pas la tonalité glauque et se laisse apprécier en toute légèreté : touchant, il semble illustrer le dernier stade créatif de Kawabata, à son sommet.

    Ma citation

    "Le temps avait passé. Cependant, ne s'écoulait-il pas différemment pour chacun, en empruntant des voies diverses? Pareil à un fleuve, le temps pour l'homme parfois s'écoulait rapidement, parfois selon un rythme plus lent. Il lui arrivait aussi de ne plus s'écouler du tout et de rester là à stagner. Si le temps cosmique s'écoule à la même vitesse pour tous les hommes, le temps humain, lui, varie selon chacun. Le temps s'écoule pareillement pour tous les êtres humains, mais chaque homme se meut en lui selon un rythme qui lui est propre."

    Juliette GUILBAUD

     

     


    1 commentaire
  • L'Adversaire d'E. CarrèreTitre : L'Adversaire

    Auteur : Emmanuel Carrère

    Edition : POL

    Date de parution : 2000

    Nombres de pages : 221

     

    Résumé : Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L'enquête a révélé qu'il n'était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu'il n'était rien d'autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d'être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

    Je suis entré en relation avec lui, j'ai assisté à son procès. J'ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d'imposture et d'absence. D'imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu'il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d'autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m'a touché de si près et touche, je crois, chacun d'entre nous.

     

    Critique :

    Un roman poignant. Une expérience humaine, réelle et qui interroge sur la notion de vérité et laisse le lecteur perplexe : comment l'imposture de J.-C. Romand a-t-elle pu passer inaperçue auprès de ses amis, de sa femme, de ses parents ? La réalité s'érige-t-elle par les mots, comme si chacun pouvait la modeler selon ses souhaits par le simple discours ?

    L'auteur, interpellé par un fait divers, décide de comprendre ce personnage, sans vraiment le juger bien qu'il rende compte de son procès, pendant toute une partie du texte. L'objectif est de comprendre sans condamner ni disculper. La démarche d'écriture est avant tout une quête de sens psychologique : comment la situation de Romand a-t-elle pu en arriver là ? L'auteur joue avec différentes strates temporelles et plusieurs genres littéraires, ce qui crée une véritable richesse de l'écriture. Ayant réellement été en contact avec Romand pendant son emprisonnement, il alterne les moments de récit avec les témoignages de ses amis, les extraits de sa correspondance avec le coupable. La figure de l'auteur devient une notion complexe, partagée entre ses opinions personnelles, sa démarche d'écriture, la recherche d'une forme qui peut soutenir son propos... Ainsi, la réflexion sur le fait divers se double d'une quête méta-textuelle : comment écrire ?

    Bien sûr, cette dimension ne fait pas tout le livre. Le lecteur est également constamment confronté au personnage de Romand, si ambigu. Quel sentiment éprouver face à cet homme ? Comment ne pas éprouver de la pitié pour cet homme si effacé que personne n'a jamais su démasquer sa mythomanie ? Par ailleurs, E. Carrère le peint comme un être rongé par la folie : noyé dans la fable qu'il a construit au détriment de sa vie, au point de perdre de vue la réalité ou naturellement attiré par le mensonge, si facile pour lui à construire et à perpétuer. Romand se dresse alors comme un personnage mystérieux : le point d'origine de son mensonge est lui-même très flou alors que E. Carrère s'est appuyé sur des documents officiels, des témoignages de proches et les récits de Romand. Il est un monstre, au sens étymologique et usuel : à la fois terrible et fascinant (celui qui est montré du doigt car il s'écarte de la norme). Il devient presque une figure tragique : sa tromperie initiale que personne ne remarque le force à dériver toujours plus loin de la vérité et de la réalité. Dès lors, quand 18 ans plus tard, il se sent acculé, il ne trouve d'autres solutions pour éviter le scandale que de tuer sa famille et lui-même. Mais le sort s'acharne et il survit, condamné à vivre ce qu'il avait voulu fuir.

    En somme, à partir d'un fait divers intrigant, E. Carrère a su construire une réflexion aussi profonde que passionnante (je dois avouer que ma lecture n'a pas duré plus d'une journée) sur la vérité, sur les relations humaines et sur l'écriture. Les différentes tentatives d'écriture soulignent la richesse de l'oeuvre tant sur ses thèmes abordés et approfondis que sur sa forme. Je conseille donc vivement ce livre, si riche malgré son scénario simple et sans grand suspense (puisque le livre s'ouvre sur le crime). A lire pour réfléchir.

     

    Ma note :

    L'Adversaire d'E. Carrère

     

     

    Citation : « Chacun se demandait: comment avons-nous pu vivre si longtemps auprès de cet homme sans rien soupçonner? Chacun cherchait dans sa mémoire le souvenir d'un instant où ce soupçon, quelque chose qui aurait pu conduire à ce soupçon l'avait effleuré. »

     

    Pour aller plus loin : le livre a été adapté en film en 2002 avec Nicole Garcia. Au casting : Daniel Auteuil, François Cluzet, Emmanuelle Devos et bien d'autres.

     

    Charlotte

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique