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    Titres : La Trilogie des Fourmis (Tome I : Les Fourmis, 1991 ; Tome II : Le Jour des Fourmis, 1992 ; Tome III : La Révolution des Fourmis, 1996)

     

    Auteur : Bernard Werber

     

    Genre : « Philosophie fiction » (B. Werber)

     

    Nombre total de pages : 1395

     

    Édition : Albin Michel (Le Livre de Poche)

     

    Note : 5/5

     

     

     

    Résumé de la 4e de couverture 

     

     

     

    Nous ne sommes pas seuls sur Terre.

     

    À côté de nous, à nos pieds, entre nos maisons, vit une autre civilisation. Les Fourmis.

     

    Elles étaient sur Terre bien avant nous.

     

    Elles ont su, au cours des siècles, développer leur propre technologie, leur propre agriculture, leur propre architecture, leur propre politique.

     

    Mais nous les méprisons, juste à cause de leur taille.

     

    Un savant génial, le professeur Edmond Wells, a enfin décidé de provoquer la rencontre.

     

    Le dialogue peut commencer malgré les méfiances et les peurs.

     

     

     

    Critique

     

     

     

    Bernard Werber est sans doute l'une de mes plus belles découvertes – sans exagération aucune – de la littérature actuelle, « mainstream ». J'avais lu Les Fourmis il y a quelques années, j'avais énormément apprécié et m'étais avidement jeté sur la trilogie Troisième Humanité que j'avais trouvée magistrale à tous les niveaux de réflexion : philosophique, scientifique, politique, anthropologique, culturel …

     

    C'est d'ailleurs ça qui est le plus frappant dans les livres de Werber : sa capacité à partir d'un sujet étrange, anodin, précis et finalement parler de tout, et avec beaucoup de sagesse. Dans la trilogie des Fourmis, le télescopage des intrigues, des échelles, des civilisations aboutit à des aventures improbables, contées par un maître dans l'art de la formule, de l'exactitude et du suspense.

     

    Souvent classé dans la science-fiction, l'œuvre de Bernard Werber, et spécialement la trilogie des Fourmis, ne saurait s'y restreindre. C'est une œuvre sur « la communication en général, notre lien à la nature, notre place dans l'univers », pour le citer. En cela, c'est une œuvre extrêmement indispensable à lire et à mettre en avant aujourd'hui, alors que les enjeux environnementaux et écologiques se teintent d'urgence. Il faut lire, et il faut lire ça ; je crois que tout se résume à ces quelques mots. Lire pour apprendre, à travers les innombrables références culturelles, historiques et scientifiques que comporte les trois livres de la saga des Fourmis. Lire pour faire l'expérience du petit, de l'infime. Lire pour prendre conscience du carnage qui est le nôtre, de notre rôle fondamental. Lire pour comprendre la Terre, le monde, beaucoup de choses - en bref, tout ce qui est à sauver.

     

     

     

    Citation 

     

     

     

    « 1 + 1 = 3

     

    L'union des talents dépasse leur simple addition. »

     

    [Edmond Wells, Encyclopédie du savoir relatif et absolu, tome III dans La Révolution des Fourmis]

     

     

    Article de Guéric

     


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  • Conversations d'un enfant du siècle, Frédéric Beigbeder

     

    Auteur : Frédéric BEIGBEDER

    Pays : France

    Genre : Entretiens

    Editeurs : Grasset & Fasquelle

    Collection : Couverture bleue

    Date de parution : 16/09/2015

     

     

    Résumé

    « Conversations d’un enfant du siècle », ce sont 20 entretiens rassemblés dans un livre, 20 entrevues entre Frédéric BEIGBEIDER et 20 auteurs renommés, donnant lieu à des dialogues parfois surprenants d’où surgissent des anecdotes, des citations, des moments drôles.

    Les interviews sont étalées dans le temps de 1999 à 2014, et l’on peut entrevoir l’évolution de Frédéric BEIGBEIDER passé de jeune écrivain prometteur (en 1999, la trilogie de Marc Marronnier est sortie, mais pas encore 99 Francs publié en 2000) au statut de poids lourd de la littérature française.

    Glissées au milieu des ces entrevues réelles avec des écrivains influents d’aujourd’hui, recueillies pour le compte de nombreux magazines (Le Figaro littéraire, Paris Match, Lui, GQ, Bordel, Voici), se dénichent des conversations fictives avec des écrivains morts comme Francis Scott Fitzgerald et Charles Bukowski, et même une « auto-interview ». Là est l’art de Frédéric BEIGBEIDER, être décalé dans son style et son approche, persévérer dans une certaine forme de dérision, tout en approchant des monstres de la littérature et en faisant « jaillir des étincelles » de ces instants volés. Il aime se donner des airs de parfait dilettante ( « il va de soi que je n’ai rien préparé », « j’aurai pu ajouter une conclusion brillante, mais pour cela, il aurait fallu travailler », « évidement je suis en retard »), d’alcoolique fêtard (« ils buvaient sans s’arrêter, en buvant pour se donner du courage », « je finis la bouteille de pinard », « inutile de dire qu’en plus du Givry, je bois du petit-lait ») et pourtant on devine un travailleur très cultivé et passionné de littérature. Toujours drôle aussi (à propos de Bernard Franck :« rien que d’être assis à côté de lui me garantit une présence dans sa biographie », à propos de Philippe Sollers : « cette fois, aucun doute n’est permis : c’est bien Philippe Sollers, puisque je n’ai rien compris »).

    Frédéric résume son livre lui-même ainsi :

    « Ecrire, c’est parler en silence, et réciproquement : parler, c’est écrire à haute voix. J’ai interrogé les auteurs de ce livre comme un apprenti garagiste questionnerait un professionnel sur la meilleure manière de changer un joint de culasse. Je voulais déchiffrer leur méthode, comprendre les rouages de leur travail, voler leurs secrets de fabrication. C’est fou comme on se sent bien en écoutant les dernières personnes intelligentes sur terre. »

     

     

     

    Critique et réflexions personnelles sur ce livre

    Ce qui frappe est le ressenti immédiat de l’existence d’un milieu littéraire parisien, tous les écrivains paraissent se connaitre entre eux, Frédéric BEIGBEDER rencontre Amélie Nothomb vers Montparnasse, manque Edouard Baer au Mathis Bar, et on comprend que tous se croisent dans des salons littéraires (« cela veut dire que je vais encore vous croiser dans des salons sordides »), dans des soirées, sur des plateaux TV ou radio. Un écrivain rencontré en vacances, Virginie Carton, me disait que pour publier, la seule chose vraiment importante est le réseau. Les éditeurs se publient entre eux, publient les enfants de leurs amis ou de personnalités influentes, les amis des uns et les maitresses des autres. C’est un peu décevant.

    Au niveau des idées, la plupart d’entre eux sont peu ou prou des bourgeois de gauche (nouvelle forme de bourgeoisie après les bourgeois de droite), avec grosso modo les mêmes idées progressistes arrêtées. Heureusement (pour la diversité intellectuelle) Finkelkraut apporte un peu de contradiction à tout cela.

    Ce qui retient aussi l’attention dans « Conversations d’un enfant du siècle » est l’érudition des écrivains croisés, leur capacité à produire des citations, leurs connaissances. Un nombre important d’entre eux est diplômé des meilleurs écoles, professeurs d’université (Tabucchi, Eco), énarques (Boulan), mais pas tous. Philippe Sollers échappe à la règle, ayant abandonné ses études, mais use de citations et de phrases alambiquées, est-ce la le signe d’un complexe quelconque ? Catherine Millet semble s’être lancée dans la vie active à 18 ans (source wikipedia à vérifier). Impossible de trouver sur internet le parcours de Jay McInerney. Disons que les écrivains, quelque soit leur niveau d’étude, forment un club d’intello cultivés et érudits, produisant des livres bourrés de citations et de références, et pourtant, les plus beaux de récits, sont les plus touchants et les plus accessibles. Joseph Joffo, fils de coiffeur, auteur du sublime « un sac de billes » en 1973, n’aurait sans doute pas trouvé d’éditeur à l’époque actuel.

    Outre ces rencontres fascinantes avec tous ces écrivains, ce qui doit vous inciter à lire « Conversations d’un enfant du siècle », ce sera l’envie de découvrir de nouveaux auteurs (je viens de commander chez mon libraire indépendant le « journal d’un oiseau de Nuit de McInerney) et surtout les centaines de citations fascinantes qui jalonnent l’ouvrage.

     

     

    Citations et moments choisis

    o « Il suffit d’inventer sa vie, et soudain elle a lieu. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « Ecrire, c’est parler en silence, et réciproquement : parler, c’est écrire à haute voix. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « Pour savoir écrire, il faut savoir lire, et pour savoir lire, il faut savoir vivre. Donc si on veut écrire beaucoup, il faut lire beaucoup et vivre beaucoup. » Philippe Sollers

    o « Peut-être faudrait-il concevoir le travail comme un travail d’intérêt général, le truc auquel on condamne les gens qu’on veut réinsérer. » Guillaume Dustand

    o « Pessoa est mort en 1935, juste avant que le naufrage du monde et de l’Europe commence. » Antonio Tabucchi

    o « la littérature, je le pense, est assez généreuse. Elle nous accueille. Elle nous a accueillis pendant des siècles sans nous poser de questions, sans nous poser de problèmes. Elle a accueilli soit un poème sur la carotte de Neruda soit le petit Gavroche de Hugo. Elle a un ventre très généreux, vraiment. Elle ne demande pas la carte de crédit, la littérature. Il faut l’aimer. C’est le dépôt de la mémoire. » Antonio Tabucchi

    o « Franchement je crois qu’un écrivain écrit surtout uniquement pour lui-même. Il a une nécessité incongrue de dire quelque chose. A qui ? A lui-même. C’est une espèce de confession. » Antonio Tabucchi

    o « Balzac pensait que le visage de quelqu’un correspondait à sa vie. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « C’est dur d’aimer car c’est préférer quelqu’un à soi-même. » Paul Léautaud

    o « Ce qui m’a toujours captivé, je le jure sur le sang du Christ, c’est la réciprocité de l’amour. » Gabriel Matzneff

    o « Publier un livre, c’est quand même donner au procureur les pièces de l’accusation ». Gabriel Matzneff

    o « Choke ne parle pas du présent mais de personnes revivant le passé, encore et toujours. C’est ce que font la plupart des gens. Ils sont comme des mômes avec un permis de conduire, appliquant à la lettre dans leur vie ce qu’ils ont appris il y a 6 ans. Ce livre parle de surpasser ça. » Chuck Palahniuk

    o A propos d’Albert Cossery : « Il a vécu dans ses livres : une vie entière dédiée à la contemplation, la méditation, la déambulation, la liberté, la paix et le sommeil. » Frédéric BEIGBEDER

    o Question à Albert Cossery : « Où trouves-tu le courage de ne rien faire de la journée ? » Frédéric BEIGBEDER

    o « J’écris pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas au bureau le lendemain. », Albert Cossery

    o « Ces moments de bonheur, d’adhésion à la vie, si on se les rappelle bien, finissent par faire une sorte de couverture, de patchwork réconfortant qu’on pose sur le corps nu, efflanqué, tremblotant de notre solitude » Françoise Sagan

    o « Aimer c’est désobéir à son intelligence » Frédéric BEIGBEDER

     

    Article de Cyril


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    Titre : Auprès de moi toujours

     

    Auteur : Kazuo Ishiguro (Prix Nobel de littérature en 2017)

     

    Année de parution : 2005

     

    Edition : Folio

     

    Nombre de pages : 441

     

    Note : 3/5

     

     

    De quoi ça parle ?

     

     

    Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix; une école idyllique dans la campagne anglaise, où les enfants étaient élevés dans l'idée que leur bien-être personnel était essentiel à la société. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là? Quel était leur rôle à jouer dans cette société et pourquoi tant de mystères? Des années plus tard, Kath retrace le récit de ces années et, au travers de ses souvenirs, parfois frangmentaires ou flous, tente de donner un sens à son expérience.

     

     

    Critique :

     

    J'ai été quelque peu déçue par ma lecture. Tout d'abord parce que j'ai été induite en erreur par un résumé qui ne correspond pas vraiment au texte lui-même. Mais aussi à cause de l'écriture, très particulière et qui ne se prête pas toujours bien au genre de l'anticipation dont fait partie ce roman.

     

    Le récit est parfois confus, en désordre. Ishiguro travaille beaucoup, à travers son écriture, sur la mémoire. Ses récits à la première personne sont faits par des narrateurs qui tentent de reconstituer leur passé en dépit de leurs souvenirs lacunaires, parfois déformés. Adieu l'histoire chronologique, lisse, où tout est expliqué dans l'ordre. Bonjour les flous, les digressions, les imprécisions. Pour faire ce récit de sa vie, la narratrice suit le fil de ses pensées, fait des allusions au présent sans avoir explicité des situations passées, conduisant à une impression de chaos. En effet, Ishiguro oublie, selon moi, de poser les bases élémentaires à la compréhension du contexte.

     

    Je trouve bien entendu ce travail extrêmement intéressant d'un point de vue littéraire. Ici, cependant, se pose un problème. Ce roman est une sorte de récit d'anticipation. Comme tout texte de ce genre, l'auteur a créé ses propres concepts. Or, puisque ceux-ci sont évidents pour la narratrice, ils ne sont explicités que trop tard dans le récit. Pour être plus précise, pendant plus de la moitié du livre, le lecteur ne sait pas vraiment qui sont ces enfants, pourquoi ils sont là, comment ils sont arrivés dans l'école. Cela a rendu ma lecture un peu fastidieuse et frustrante puisque la résolution de tous ces mystères n'arrive qu'en toute fin du roman, empêchant donc l'immersion dans l'univers qu'Ishiguro dépeint.

     

    Toutefois, la réflexion sous-jacente que l'auteur propose quant à l'utilisation des êtres humains ou encore la pédagogie chez l'enfant, reste très intéressante.

     

    Si j'ai été parfois réticente au mystère créé par l'écriture d'Ishiguro, j'ai suffisamment apprécié ma lecture pour vouloir découvrir d'autres de ses romans, dans des univers historiques, peut-être moins difficiles à cerner dès le départ.

     

     

     Charlotte.

     

     


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  • Le Jour où les lions mangeront de la salade verte, Raphaëlle Giordano

    Date de publication : 1er juin 2017
    Nombre de pages : 318 pages 


     Raphaëlle Giordano signe dans cet ouvrage son second roman, qui à l’image du premier, ne laissera pas les amateurs de développement personnel indifférents. 


     En effet, dans cette fiction, l’auteur met en lumière un des travers de notre société, elle l’appelle la burnerie, et nous montre comment y remédier en mettant en scène des personnages à nouveau très attachants. Nous rencontrons ainsi la délicieuse Romane, jeune trentenaire bien dans ses baskets mais toujours soucieuse de respecter ses principes, à la tête de l’entreprise qu’elle a créée, Sup’de Burnes. Cette société propose des stages pour apprendre aux volontaires à se défaire de leur penchant burnés. C’est-à-dire, “l’ensemble des comportements produisant un impact négatif sur l’entourage professionnel ou personnel“. Et cette définition est à prendre au sens très large. Ces stages sont l’occasion de vivre des expériences novatrices, qui ne peuvent que donner envie au lecteur d’en faire de même. Un des personnages fera donc l’expérience du caisson d’isolation sensorielle, qui consiste à mettre une personne en état de pleine conscience, en la faisant flotter sur un bain d’eau salée, dans un silence totale, et avec une faible luminosité.   Nous suivons un stage en particulier, et nous attachons évidemment aux différents membres du groupe, arrivés là pour la plupart sans trop y croire, et qui y évolueront d’une très belle manière tout au long du roman. Bien sûr, Romane fera la connaissance d’un homme, Maximilien, particulièrement burné, mais qui saura se remettre en question car les mésaventures de sa vie personnelle ne lui en laisseront plus le choix.  L’intrigue porte donc aussi sur   ce petit duo, dont l’histoire évoluera en même temps que le stage fera effet sur Maximilien. 


      Ce roman est une bouffée d’air frais, une injection d’optimisme.  A nouveau je l’ai lu d’une seule traite, charmée par les conseils prodigués par Romane, par les portraits qui y sont dressés,  et par les vérités qui y sont dépeintes. Bien sûr en lectrice friande de romance j’y ai trouvé mon compte…   Ce roman s’adresse aux personnes sensibles au développement personnel, à qui la remise en question parle, ouvertes aux méthodes synonymes de bien-être, de détente etc… D’ailleurs un petit récapitulatif de toutes les méthodes anti-burnerie vous attend à la fin, si jamais l’envie vous prenait de les appliquer. 


     Pas de doutes ce livre m’a énormément plu, notamment une citation qui ne m’a pas du tout laissé indifférente à la p283 “Dans une histoire d’amour, personne ne te demande d’être à a la hauteur. Juste d’être fidèle à qui tu es et d’oser laisser l’autre rentrer dans ta bulle… L’univers fera le reste.“  A travers cette fiction, l’auteur nous invite à nous poser les bonnes questions, les différents membres du stage peuvent être l’un d’entre nous, leur profil sont divers et variés, mais tous parviennent à devenir de meilleures versions d’eux-mêmes, et ça, c’est la bonne nouvelle !  Cette fiction s’inscrit dans la lignée du premier de l’auteur, dans un style différent ils parviennent à nous faire réfléchir, et pourquoi pas à amorcer le début du commencement d’un changement positif! 

     

    Pauline.


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  • Qui a tué mon père, Edouard Louis

     

     

    Titre : Qui a tué mon père

    Auteur : Édouard Louis

     

    Édition : Éditions du Seuil

     

    Date de parution : mai 2018

     

    Nombre de pages : 85

     

    Note : 4/5

     

     

     

    Résumé 

     

     

    Dans son 3e livre, Édouard Louis raconte l'histoire d'un corps qui souffre : celui de son père, brisé par le travail ouvrier, mais aussi et surtout par les politiques successives mises en place pour étouffer, tuer, abîmer les classes populaires jusque dans leur chair. Anecdotes d'enfance, discours père-fils, accusations politiques se mêlent pour donner Qui a tué mon père, au fil de l'histoire sociale et politique de ces 30 dernières années : « L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique. »

     

     

    Critique 

     

     

    Nouveau succès d'Édouard Louis qui réaffirme ainsi sa légitimité en tant qu'écrivain du monde social et politique, avec ses disparités, sa violence jamais tarie et ses injustices. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent qu'il fait « toujours la même chose ». À mon sens, ce troisième livre s'inscrit dans la trajectoire narrative d'un projet littéraire aussi bien autobiographique que politique. Après avoir narré son enfance et sa fuite en tant qu'Eddy Bellegueule, puis la conjugaison des violences sociales, raciales, psychologiques, physiques qui faillit lui être fatale dans Histoire de la violence, il s'intéresse ici plus particulièrement à une figure emblématique de son projet mais de la littérature en général - le père - avec un point de vue original : le corps. Montrer que le politique n'est pas déconnecté du physique, que les mots et les mesures des uns entraînent le dépérissement et la mort des autres, constater, accuser, mettre des noms, c'est tout ça, Qui a tué mon père. Avec une alternance toujours bien maîtrisée des scènes du passé, des fragments de discours, des images fortes et un langage toujours percutant quoique moins cru que dans En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis signe un ouvrage bref, fort, sonore et engagé, dirigé contre les « dominants » et portant non plus seulement le discours et la réalité des classes populaires mais leur souffrance physique, leurs maux les plus intimes.

     

     

    Citation

     

     

    « Les dominants peuvent se plaindre d'un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d'un gouvernement de droite, mais un gouvernement ne leur cause jamais de problème de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer. La politique ne change pas leur vie, ou si peu. Ça aussi, c'est étrange, c'est eux qui font la politique alors que la politique n'a presque aucun effet sur leur vie. »

     


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