• Conversations d'un enfant du siècle, Frédéric Beigbeder

    Conversations d'un enfant du siècle, Frédéric Beigbeder

     

    Auteur : Frédéric BEIGBEDER

    Pays : France

    Genre : Entretiens

    Editeurs : Grasset & Fasquelle

    Collection : Couverture bleue

    Date de parution : 16/09/2015

     

     

    Résumé

    « Conversations d’un enfant du siècle », ce sont 20 entretiens rassemblés dans un livre, 20 entrevues entre Frédéric BEIGBEIDER et 20 auteurs renommés, donnant lieu à des dialogues parfois surprenants d’où surgissent des anecdotes, des citations, des moments drôles.

    Les interviews sont étalées dans le temps de 1999 à 2014, et l’on peut entrevoir l’évolution de Frédéric BEIGBEIDER passé de jeune écrivain prometteur (en 1999, la trilogie de Marc Marronnier est sortie, mais pas encore 99 Francs publié en 2000) au statut de poids lourd de la littérature française.

    Glissées au milieu des ces entrevues réelles avec des écrivains influents d’aujourd’hui, recueillies pour le compte de nombreux magazines (Le Figaro littéraire, Paris Match, Lui, GQ, Bordel, Voici), se dénichent des conversations fictives avec des écrivains morts comme Francis Scott Fitzgerald et Charles Bukowski, et même une « auto-interview ». Là est l’art de Frédéric BEIGBEIDER, être décalé dans son style et son approche, persévérer dans une certaine forme de dérision, tout en approchant des monstres de la littérature et en faisant « jaillir des étincelles » de ces instants volés. Il aime se donner des airs de parfait dilettante ( « il va de soi que je n’ai rien préparé », « j’aurai pu ajouter une conclusion brillante, mais pour cela, il aurait fallu travailler », « évidement je suis en retard »), d’alcoolique fêtard (« ils buvaient sans s’arrêter, en buvant pour se donner du courage », « je finis la bouteille de pinard », « inutile de dire qu’en plus du Givry, je bois du petit-lait ») et pourtant on devine un travailleur très cultivé et passionné de littérature. Toujours drôle aussi (à propos de Bernard Franck :« rien que d’être assis à côté de lui me garantit une présence dans sa biographie », à propos de Philippe Sollers : « cette fois, aucun doute n’est permis : c’est bien Philippe Sollers, puisque je n’ai rien compris »).

    Frédéric résume son livre lui-même ainsi :

    « Ecrire, c’est parler en silence, et réciproquement : parler, c’est écrire à haute voix. J’ai interrogé les auteurs de ce livre comme un apprenti garagiste questionnerait un professionnel sur la meilleure manière de changer un joint de culasse. Je voulais déchiffrer leur méthode, comprendre les rouages de leur travail, voler leurs secrets de fabrication. C’est fou comme on se sent bien en écoutant les dernières personnes intelligentes sur terre. »

     

     

     

    Critique et réflexions personnelles sur ce livre

    Ce qui frappe est le ressenti immédiat de l’existence d’un milieu littéraire parisien, tous les écrivains paraissent se connaitre entre eux, Frédéric BEIGBEDER rencontre Amélie Nothomb vers Montparnasse, manque Edouard Baer au Mathis Bar, et on comprend que tous se croisent dans des salons littéraires (« cela veut dire que je vais encore vous croiser dans des salons sordides »), dans des soirées, sur des plateaux TV ou radio. Un écrivain rencontré en vacances, Virginie Carton, me disait que pour publier, la seule chose vraiment importante est le réseau. Les éditeurs se publient entre eux, publient les enfants de leurs amis ou de personnalités influentes, les amis des uns et les maitresses des autres. C’est un peu décevant.

    Au niveau des idées, la plupart d’entre eux sont peu ou prou des bourgeois de gauche (nouvelle forme de bourgeoisie après les bourgeois de droite), avec grosso modo les mêmes idées progressistes arrêtées. Heureusement (pour la diversité intellectuelle) Finkelkraut apporte un peu de contradiction à tout cela.

    Ce qui retient aussi l’attention dans « Conversations d’un enfant du siècle » est l’érudition des écrivains croisés, leur capacité à produire des citations, leurs connaissances. Un nombre important d’entre eux est diplômé des meilleurs écoles, professeurs d’université (Tabucchi, Eco), énarques (Boulan), mais pas tous. Philippe Sollers échappe à la règle, ayant abandonné ses études, mais use de citations et de phrases alambiquées, est-ce la le signe d’un complexe quelconque ? Catherine Millet semble s’être lancée dans la vie active à 18 ans (source wikipedia à vérifier). Impossible de trouver sur internet le parcours de Jay McInerney. Disons que les écrivains, quelque soit leur niveau d’étude, forment un club d’intello cultivés et érudits, produisant des livres bourrés de citations et de références, et pourtant, les plus beaux de récits, sont les plus touchants et les plus accessibles. Joseph Joffo, fils de coiffeur, auteur du sublime « un sac de billes » en 1973, n’aurait sans doute pas trouvé d’éditeur à l’époque actuel.

    Outre ces rencontres fascinantes avec tous ces écrivains, ce qui doit vous inciter à lire « Conversations d’un enfant du siècle », ce sera l’envie de découvrir de nouveaux auteurs (je viens de commander chez mon libraire indépendant le « journal d’un oiseau de Nuit de McInerney) et surtout les centaines de citations fascinantes qui jalonnent l’ouvrage.

     

     

    Citations et moments choisis

    o « Il suffit d’inventer sa vie, et soudain elle a lieu. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « Ecrire, c’est parler en silence, et réciproquement : parler, c’est écrire à haute voix. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « Pour savoir écrire, il faut savoir lire, et pour savoir lire, il faut savoir vivre. Donc si on veut écrire beaucoup, il faut lire beaucoup et vivre beaucoup. » Philippe Sollers

    o « Peut-être faudrait-il concevoir le travail comme un travail d’intérêt général, le truc auquel on condamne les gens qu’on veut réinsérer. » Guillaume Dustand

    o « Pessoa est mort en 1935, juste avant que le naufrage du monde et de l’Europe commence. » Antonio Tabucchi

    o « la littérature, je le pense, est assez généreuse. Elle nous accueille. Elle nous a accueillis pendant des siècles sans nous poser de questions, sans nous poser de problèmes. Elle a accueilli soit un poème sur la carotte de Neruda soit le petit Gavroche de Hugo. Elle a un ventre très généreux, vraiment. Elle ne demande pas la carte de crédit, la littérature. Il faut l’aimer. C’est le dépôt de la mémoire. » Antonio Tabucchi

    o « Franchement je crois qu’un écrivain écrit surtout uniquement pour lui-même. Il a une nécessité incongrue de dire quelque chose. A qui ? A lui-même. C’est une espèce de confession. » Antonio Tabucchi

    o « Balzac pensait que le visage de quelqu’un correspondait à sa vie. » Frédéric BEIGBEIDER

    o « C’est dur d’aimer car c’est préférer quelqu’un à soi-même. » Paul Léautaud

    o « Ce qui m’a toujours captivé, je le jure sur le sang du Christ, c’est la réciprocité de l’amour. » Gabriel Matzneff

    o « Publier un livre, c’est quand même donner au procureur les pièces de l’accusation ». Gabriel Matzneff

    o « Choke ne parle pas du présent mais de personnes revivant le passé, encore et toujours. C’est ce que font la plupart des gens. Ils sont comme des mômes avec un permis de conduire, appliquant à la lettre dans leur vie ce qu’ils ont appris il y a 6 ans. Ce livre parle de surpasser ça. » Chuck Palahniuk

    o A propos d’Albert Cossery : « Il a vécu dans ses livres : une vie entière dédiée à la contemplation, la méditation, la déambulation, la liberté, la paix et le sommeil. » Frédéric BEIGBEDER

    o Question à Albert Cossery : « Où trouves-tu le courage de ne rien faire de la journée ? » Frédéric BEIGBEDER

    o « J’écris pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas au bureau le lendemain. », Albert Cossery

    o « Ces moments de bonheur, d’adhésion à la vie, si on se les rappelle bien, finissent par faire une sorte de couverture, de patchwork réconfortant qu’on pose sur le corps nu, efflanqué, tremblotant de notre solitude » Françoise Sagan

    o « Aimer c’est désobéir à son intelligence » Frédéric BEIGBEDER

     

    Article de Cyril


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