• Cunégonde partie 2

    II. 

     

    « Pourriez-vous me résumer la leçon d’histoire de hier ? 

    -…

    - Mademoiselle ! Répondez !

    - Euh… Oui maître ! Tout de suite ! La réponse est… C’est…

    - Taisez-vous. Hier, nous avons cité les nombreux alliés de votre père.

    - J’allais le dire ! Excusez-moi mais en ce moment je suis un peu…

    - Vous êtes distraite !

    - En effet je suis un peu distraite car fatiguée de devoir me cacher et de ne pouvoir fouler l’herbe ! Chaque fois que je regarde par cette fenêtre, j’entends le chant des oiseaux et le vent qui serpente entre les arbres dans un sifflement léger. Je vois les enfants qui courent et s’amusent gaiement, les femmes qui discutent un panier à la main et les hommes qui travaillent dur sous le soleil brûlant. De mon poste d’observation, je sens aussi la fatigue et la faim des familles, l’inconfort et la misère de ces maisons, la pauvreté des villages. Et malgré tout cela ces familles sont réunies et heureuses et mon peuple est uni. Pourquoi ? Pourquoi, nous qui vivons dans le luxe, sommes malheureux et dispersés ? Parfois je me dis que j’aimerais être à la place des paysans même si pour eux la vie n’est pas facile tous les jours.

    - Je sais, mais si les gens vous voyez ,vous seriez mise à mort sur le champ. Imaginez alors le désespoir de vos parents qui, malgré la distance, vous aiment plus que tous au monde. Cette tour a été construite pour vous préserver des paysans superstitieux et si vos parents ne viennent pas vous voir tous les jours c’est sur ordre de leurs conseillers car cela pourrait attirer les soupçons. Bien, je vais vous donner deux jours de vacances afin que, lors de la prochaine leçon vous soyez plus attentive ! 

    - Merci et ne vous inquiétez pas je serais exemplaire au moment de votre cours. 

    - Et juste avant que je ne parte je voudrais vous résumer en une phrase le cours d’aujourd’hui que nous avons négligé. Rappelez-vous seulement que le plus grand allié de votre père est Edouard de Champagne.

    -Très bien ! Merci et au revoir !

    - Au revoir ! »

    Sur ce, il sortit de la pièce et je me retrouvai seule pour la 1e fois de ma vie. Ma dame de compagnie  était allé profiter de son jour de sortie mensuelle pour aller salué de vieilles amies à elle. Ces dernières, comme quantité de gens, ne soupçonnaient même pas mon existence. En fait, mis à part mes parents, leurs conseillers, ma dame de compagnie et mon précepteur, personne ne savait que, depuis 16 ans, le duc de Bourgogne était père. Par une quelconque erreur de Dame Nature, j’étais privée de  voix. J’étais muette. Cette conversation c’était dérouler dans un langage que seul les gens qui me côtoyaient connaissaient. Le concept était simple : nous communiquions par signe. Pourtant, dans l’application, il fallait être précis et attentif. J’étais la seule à pouvoir reproduire ses signes à la perfection. Les autres se contentaient (ou du moins essayaient) de me comprendre. Il fallait parfois que je répète mais à force je ne m’en rendais même plus compte.

     Je jetai un coup d’œil à l’horloge. Il était 18h14. À croire que j’avais une montre dans le cœur. Juste le temps de m’accouder à ma fenêtre et il sortit du bosquet. Comme tous les jours à la même heure, il fit le tour du village pour venir jusqu’à ma tour. Comme à chaque fois il ne regarda pas vers moi et fit une dizaine de fois le tour de ma prison. Puis il arrêta son beau cheval palomino. Que mon prince charmant  était beau ! Enfin, je l’imaginais beau, très beau. Il portait toujours un heaume et une armure pourtant on devinait sa grâce malgré le poids de son équipement. J’étais amoureuse. Et qui plus est, de quelqu’un dont je ne connaissais ni le physique, ni le nom ni même la réputation. Il aurait pu être moche, porteur d’une maladie étrangère ou paysan, je m’en fichais. J’étais amoureuse. Un point c’est tout. Je passais mon temps à le guetter ou à imaginer son visage. Je l’imaginais blond aux cheveux bouclés et aux yeux bleus. En fait je le pensais semblable aux anges qui étaient peints sur mes plafonds. Soudain au bout d’un temps qui me parut n’être que quelques secondes il fit repartir son cheval d’un élégant coup de talon sur les flancs. Je le regardai s’éloigner puis lorsqu’il disparut dans les fourrés, je me dirigeai vers ma chambre. 

     Au milieu de la pièce, trônait un magnifique lit à baldaquin  de couleur bordeaux. À côté, une table de chevet d’un bois sombre équipée d’un tiroir. Dans celui-ci je conservai précautionneusement mon journal intime, ma plume et mon encrier personnels. En face, à côté de la porte, il y avait une commode du même bois que ma table de nuit et que ma tête de lit. Elle comportait trois tiroirs : dans le premier était rangée mes jupons, dans le deuxième il y avait mes bas et enfin dans le dernier tiroir étaient entreposés mes livres. À droite, il y avait une encombrante armoire où mes toilettes étaient soigneusement rangées. Dans le coin au fond à droite un escalier menait aux appartements de Marie, ma dame de compagnie, et à la salle à manger. Dans le coin opposé, un paravent bordeaux était déplié. Sur le mur à gauche il y avait une bassine d’eau ainsi qu’une coiffeuse en ébène. Dessus, une dizaine de parfums et de produits de maquillage étaient présents. Dans le coin, une table me servait à écrire et à lire en toute tranquillité. Le mobilier de la chambre de Marie était identique au mien. Les murs des deux pièces étaient couverts de dorures et de petits chérubins étaient peints au plafond. 

      Deux fois par an, pour Noël et mon anniversaire, mes parents empruntaient le passage secret de mon précepteur, pour venir me rendre visite. Demain, le 21 mai, était un de ces jours où je pourrais voir ma famille. J’étais surexcité et, pour faire bonne figure je rangeai ma chambre pour la énième fois.  

     Puis je m’assis sur mon lit et contemplai mon œuvre.  Pas mal ! Rien ne traînait, les livres étaient rangés par ordre alphabétique, les vêtements étaient pliés et mon lit était fait ! Je n’avais donc plus rien à faire. Je pris l’escalier qui menait à la salle à manger puis je montai à l’échelle jusqu’au petit salon qui occupait tout le 3e étage.  Je rangeai les pions d’échecs à leur place respective, remit droit tous les tableaux de la pièce, et eu d’autres petits tics maniaques. Je m’ennuyais ! Tout ici dans cette maison était conçu pour être fait à deux ! Normal, selon mon emploi du temps je n’aurais jamais du être seule plus d’une minute. Je redescendis dans ma chambre pour écrire quelques mots sur ma journée. Je rédigeai ma conversation avec  mon précepteur (M.MATISSE), la 27e description de mon mystérieux inconnu et pour finir mon ennui et le sentiment (nouveau pour moi) de solitude. 

      Soudain, j’entendis une porte grincer. Je m’aperçus alors qu’il était 17h et dévalai les marches pour aller à la rencontre de Marie. Je lui sautai dans les bras, tandis que elle paraissait s’inquiéter de l’absence de M.MATISSE. Je la rassurai lui expliquant que ce dernier me laisser deux jours de vacances afin que je sois plus attentive lors de ma prochaine leçon. Elle était à la fois contente de ne rien avoir à rattraper et déçue du fait qu’elle n’apprendrait rien pendant deux malheureux jours. Elle prenait très à cœur ces cours car elle était la seule du village à savoir lire, écrire et compter. Moi, n’ayant connu que cette vie stricte et monotone, je ne pouvais pas vraiment juger la chance que j’avais. 

    Marie me regarda avec malice et sortit alors de son sac deux  nouvelles plumes. L’une était brune et blanche alors que l’autre était noire, grise et blanche. Elles étaient toutes deux magnifiques. Marie me tendit les plumes et me demanda de choisir. Je réfléchis un instant avant d’opter pour la deuxième. Ma dame de compagnie me regarda et sourit. Elle avait anticipé mon choix lors de l’achat. Elle me connaissait si bien…

     Marie était une petite femme ronde. Elle souriait tout le temps et enveloppait tout le monde avec sa bonne humeur permanente. Ses yeux bruns étaient en parfaite harmonie avec ses cheveux châtain foncé. Sa peau était pleine des couleurs du dehors et était douce comme celle d’un bébé. Le bleu lui allait à merveille. Elle était drôle, gentille, généreuse et par-dessus le marché elle apprenait à une vitesse fulgurante. Bref, je l’adorais purement et simplement !!!!

      Elle me demanda si Monsieur Mystère (c’est ainsi qu’elle avait nommé mon Prince Charmant) était bien venu à l’heure à sa visite quotidienne. Je suis sûr qu’elle connaissait la réponse avant même que je ne la lui confirme. 

     

    *****

     

     

    Aujourd'hui elle avait passé une magnifique journée. Elle avait pu bénéficier de sa journée de congé mensuelle et en avait profité pour rendre visite à Françoise, sa meilleure amie d'autrefois. Elle était ensuite allée acheter deux jolies plumes. Ah! Quel bonheur elle avait ressenti lorsqu'elle avait découvert le plaisir que ce simple objet apporté à Cunégonde !  Pour finir elle avait acheter un bon pain de seigle dont sa maîtresse raffolait tant dans la boulangerie de Jean. Comme elle avait passé de bons de bons moments avec lui que ce soit ici, chez elle ou dans les champs… Il avait été son meilleur ami, son confident, son partenaire de travail dans le verger et enfin son fiancé.Qu'est-ce qu'elle aurait aimé lui donner d'explications sincères lorsqu'ils avaient du se quitter… Et voilà, c'était reparti ! elle allait de nouveau pleuré toute la nuit. Mais non ! Pas cette nuit ! Elle ne pouvait car demain c'était l'anniversaire de la duchesse et il fallait qu'elle soit en forme ! C'était important les 16 ans d'une… Seize ans, seize ans déjà qu'elle avait abandonné son champ pour venir travailler ici. Elle avait vu la duchesse depuis son plus jeune âge.  Lorsqu'elle l'avait découvert à cinq mois, dans son berceau serti de 2 magnifiques saphirs. Ce berceau était symbolique et il était transmis de génération en génération. Il comportait deux trous qui était comblé, à la naissance d'un membre de la famille, par deux pierres précieuses. Ces 2 joyaux, disait-on, reflétait le caractère du nourrisson. A l'enfance, une était scellée sur le gobelet en argent reçu à l'occasion des 6 ans de la personne. Enfin, lors du mariage, la dernière pierre décorait l'alliance. Soudain elle entendit les cloches sonnaient minuit. Elle s'enfouit encore plus profondément dans les draps et s'endormit en pensant à Jean.

     

     

    A SUIVRE LE 26/03/12...


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  • Commentaires

    1
    Galio
    Lundi 19 Mars 2012 à 17:48

    Bientôt le 26!^^ J'ai hâte!


     

    2
    Samedi 17 Novembre 2012 à 17:35

    J'aime bien l'histoire et c'est bien rédigé. :)

    Tu écris bien.

    Bonne continuation. :)

    3
    CharlotteOFraises Profil de CharlotteOFraises
    Samedi 17 Novembre 2012 à 18:13

    Merci beaucoup !!!!

     

    4
    Samedi 17 Novembre 2012 à 18:17

    De rien ^^

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