• Cunégonde Partie I

     

    I

     

     

     

    « Jamais ! Vous m’entendez jamais je ne tuerai un être vivant sous prétexte qu’il est…différent...

     

     -Nous le savons votre Altesse mais nous ne pouvons prendre le risque de vous perdre à cause d’une jeune enfant.

     

    -Si cela vous dérange allez voir ailleurs ! Je sais bien que vous la croyez disciple du Malin  mais si Dieu m’as confié une telle responsabilité c’est qu’il a confiance en moi ! Et je ne Le décevrai pas !

     

    -Nous avons foi en votre sagesse et si tel est votre désir nous ne pouvons désobéir mais permettez nous seulement de vous donner un conseil : enfermez la avec une nourrice dans une haute tour que vous ferez construire par le plus grand architecte de la région. Il faut qu’elle y soit aisément installée et que chaque jour un cuisinier lui mitonne les plats les plus appétissants. Nous ferons répandre une rumeur comme quoi ce bâtiment serait hanté par de mauvais esprits ce qui tiendra le peuple à l’écart et justifiera les bruits.

     

    -Ceci est en effet une idée raisonnable…Les villageois auraient ainsi une histoire à se raconter entre eux…Je vais y réfléchir mais cela me fait mal au cœur de devoir me séparer d’elle…sans parler de ma femme que cela bouleversera…et puis,…où trouver une dame de compagnie qui puisse l’accompagner tout au long de sa jeunesse…où ?

     

    -Tout est prévu Majesté nous n’attendons plus que votre consentement.

     

    -Laissez-moi le temps de réfléchir. Vous aurez votre réponse dans les 30 jours à venir.

     

    -Parfait mais, d’ici là, protégez-là, la pauvre enfant. »

     

             Après cette discussion le seigneur de Bourgogne et ses conseillers quittèrent la salle. Le duc se rendit auprès de sa femme et de son enfant. Il devait l’accepter. Bien sûr il aurait aimé pouvoir s’occuper de cette dernière comme un père normal il aurait aimé pouvoir, avec elle, courir, gouverner, jouer, parler,…Parler. Oh, oui comme il aurait voulu entendre, au moins un jour le son de sa voix… Mais il fallait que, malgré son handicap, il l’aime plus que tout et cela ne lui serait pas difficile vu la beauté dont rayonnait sa fille dès sa naissance. Il l’aimait énormément, l’adorait même mais, il le savait, malgré toutes ses tentatives il devrait renoncer à voir sa fille grandir, s’épanouir et se cultiver. Il émergea de ses pensées et se rendit compte qu’il avait dépassé la porte de la chambre depuis longtemps.

     

     

     

    ***

     

    Alors comme ça, lui, Garliasse, le plus grand architecte du comté, devait construire, pour Sa Seigneurie, une haute tour très confortable à un emplacement royal et bien exposé sans que ce dernier  y séjourne une seule fois de sa vie. Pourquoi ? Allez savoir ! Lorsque Garliasse le lui demandait il prenait des airs mystérieux et répondait « je la réserve à une fonction bien plus utile » puis il revenait sur Terre et servait un verre d’alcool à son architecte perplexe. Pire, il commençait déjà à répandre une rumeur sur les mauvais esprits qui soi-disant étaient présents dans chaque recoin de la Tour de la Princesse, comme il l’avait surnommée. Des mauvais esprits et puis quoi encore ? Une duchesse handicapée ?  De plus, et cela avait le don de mettre Garliasse dans tous ses états, le duc qui d’ordinaire l’informait des plus grands secrets des environs ne lui disait même pas la raison pour laquelle il devait dessiner les plans de ce bâtiment. Quel culot de commander une œuvre sans en exprimer le contexte ! Est-ce que Louis XIV  a commandé le Bourgeois Gentilhomme à Molière et à Lully sans en en exprimer clairement le contexte ? Bien sûr que non ! Cela était tout simplement impoli et irréfléchi ! Un artiste ne peut peindre, sculpter, composer, dessiner de tout son talent sans savoir pourquoi. C’est comme un peintre sans toile, un poète sans inspiration ou d’autres choses. Un artiste ne peut travailler sans contexte. C’est parfaitement impossible car une tour par exemple ne doit pas être construite pareil pour un animal que pour le roi de France. Et Garliasse avait beau torturer son patron celui-ci ne parlait pas. L’employé du duc avait envisagé toutes les hypothèses possibles et inimaginables : un  appartement pour les maîtresses de son Altesse, une salle pour que ce dernier puisse chanter faux à son aise, etc.… Et c’est pour cela qu’il avait été intrigué du nom que son maître avait choisi pour cet édifice et y avait réfléchi. Tout simplement parce que le comte n’était pas que son employeur il était avant tout un bon ami. L’architecte avait tourné en rond des heures et était finalement arrivé à la conclusion que le nom était seulement en lien avec la beauté et le luxe des lieux. De toute façon, dans tous les cas il devait accepter sa mission car c’était le duc Richard de Bourgogne qui lui avait confié. 

     

     

     

    ***

     

             Elle en était toute secouée. Comment une mère pouvait abandonner son enfant de 6 mois entre les mains d’une personne inconnue peut-être même malsaine ? Pourquoi son mari  n’était pas en larmes à l’idée d’enfermer sa fille dans une tour ? Ah moins que se ne soit qu’une apparence… Peut-être souffrait-il mais il n’osait le montrer de peur d’être aperçu par une quelconque personne importante qui pourrait nuire à sa réputation. Sa réputation ! Comment pouvait-il penser à sa réputation alors qu’il s’agissait de sa propre fille ! Handicapée certes mais adorable. L’idée de l’abandonner comme l’aurait fait n’importe quelle paysanne l’horrifiait, la terrifiait même ! Elle ne pensait plus qu’à cela, ses idées la poursuivaient jusque dans ses rêves où elle se voyait alors abandonner un petit ange dans une tour. Cela la tracassait depuis que son mari lui avait appris la décision de ses conseillers ! Comment avait-il dit déjà ? Ah, oui : « nous allons l’enfermer dans une tour à vie. Mais ne t’inquiète pas elle y sera bien et surtout elle sera en vie ». Cela sous-entendait-t-il  qu’il avait émis l’hypothèse de la noyer, de l’étrangler, de la brûler ou de lui faire subir je ne sais quelle cruauté ? Le bébé s’agita ce qu’il la fit émerger de ses pensées. Comme elle était mignonne et elle avait l’air si fragile recroquevillée dans son couffin. Pourquoi Dieu lui avait-il ôté le don de parole ? Comment avait-Il résisté à ce petit visage implorant?  Mais bon la petite ne souffrait pas et c’était l’essentiel enfin pour l’instant…

     

     

     

    ***

     

     

     

                Perplexe, elle était tout simplement perplexe ! Elle avait vu le duc et ses conseillers s’introduire chez elle regardant tous les meubles et les bibelots  avec attention. Tout d’abord elle eu peur ! Que venaient-ils faire ici ? Que lui voulaient-ils ? Son premier réflexe fut de courir à l’étable chercher une fourche. Une fois son arme en main elle la brandit sous le nez des nobles. Alors le duc éclata de rire  et dit :

     

    « Nous ne vous voulons aucun mal ! »

     

    Puis il prit tout d’un coup un air sérieux, ferma la porte et reprit en chuchotant :

     

    « Êtes-vous capable de garder un secret ? »

     

    Bien sur que oui !  Pour qui la prenait-il ! Ce n’est pasrce qu’elle était paysanne que l’on ne pouvait pas lui faire confiance ! Mais elle garda ses propos pour elle et se contenta d’acquiescer poliment.

     

    « Je vais vous confier deux choses. Voici la première : Il y a 6 mois ma femme a accouchée d’une fille… muette. » 

     

    Elle ne put retenir un cri d’exclamation. Le duc serait-il complice du… Diable ? Et d’abord pourquoi l’en informait-il ? Pourquoi lui dire à elle alors que, elle en était sûr, le Roi Soleil lui-même ne le savait pas ? Y-avait-il anguille sous roche ? Pour l’instant, elle décida d’écouter le duc et de réfléchir après.

     

    « Eh, oui ! Il en faut. J’ai entendu dire que vous étiez très…maternelle et que, comble de malheur,  vous n’aviez aucun enfant. Est-ce vrai ? »

     

    Comment savait-il cela et en quoi cela l’intéressait-il ? De toute manière elle irait, après cette étrange visite questionner une à une ses voisines pour connaître le nom de celle qui l’avait trahie ! Le seigneur reprit :

     

    « je vais prendre cela pour un oui. Mais passons tout d’abord à la 2e chose. La Tour de la Princesse n’est pas hantée. C’est moi qui ai fait circuler cette rumeur pour ne pas que vous vous en approchiez et que vous sachiez…pour la petite duchesse qui vivra toute au long de sa vie ici. »

     

    Quelle horreur ! Ils voulaient donc l’enfermer dans bâtiment ! Pauvre petit cœur ! Mais elle ne comprenait toujours pas pourquoi on lui racontait cela.

     

    « Et pour s’épanouir correctement il lui faudrait une nourrice, une dame de compagnie. »

     

    Ah ! C’était donc cela ! Mais non elle ne mordrait pas à l’hameçon ! Elle ne voulait pas vivre misérablement au milieu des rats. Plutôt mourir ! Comme s’il avait pu lire dans ses pensées le noble continua :

     

    « Vous mangerez en même temps et la même chose que la duchesse, vous dormirez dans la même chambre qu’elle (avec un bon lit bien entendu), vous apprendrez à lire, à écrire et à compter avec le même précepteur qu’elle et vous pourrez une journée par mois vous absentez pour sortir. Tout cela contre l’éducation de ma fille et votre silence. Acceptez-vous cet exigeant travail ?

     

    - Bien sûr, je ferai tout pour Sa Seigneurie le duc de Bourgogne.

     

    - Bien vous commencerez dans un mois le temps de vous préparer, conclut-il en s’éloignant suivi de son cortège.

     

     

     

    A SUIVRE…

    A partir du 10/03/2012

     


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  • Commentaires

    1
    feuille/julia
    Mercredi 28 Novembre 2012 à 14:01

    C'est très bien écrit et génial mais je te conseille de mettre par plus petits bouts!

    2
    Mercredi 20 Février 2013 à 15:12

    C'est super chouette ce que tu as écrit ! J'adore. C'est vraiment une bonne idée, cette histoire de princesse muette. 

    3
    CharlotteOFraises Profil de CharlotteOFraises
    Mercredi 20 Février 2013 à 19:37

    merci!!!!

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