• Cunégonde partie III

    III.

    Toute cette jolie petite famille qui se serrait dans les bras… Comme c’était beau… Et dire qu’elle, Marie, sa mère l’avait abandonné quelques jours avant ses 7 ans… Beaucoup de gens auraient eu pitié de Cunégonde et on les auraient entendu chuchoté tout bas « La pauvre tout de même ! Etre muette, ce n’est pas facile tous les jours. Surtout par les temps qui courent… L’autre jour encore untel s’est fait agressé car on l’accusait d’être complice du diable » Certes, la dévoiler aux yeux de tous était risqué à cause de ces fichus superstitions mais ce n’était pas pour cela qu’elle était à plaindre ! Elle avait un bon lit, de copieux repas réguliers, une éducation parfaite et une culture incroyable. De plus son mutisme ne la gênait pas elle était même plutôt bavarde. Pas en paroles, non ! Mais ce langage gestuel qu’elle réalisait avec une précision sans pareil… C’était un peu comme une 2e langue car elle avait aussi du apprendre le français pour pouvoir comprendre son entourage. Bref… Revenons à notre scène présente et cessons cette philosophie intérieure sans queue ni tête. Ils étaient donc en train de se serrer dans leurs bras, de se retrouver en famille. Elle, simple gouvernante ne se sentait pas à l’aise et surtout pas à sa place au milieu de se tableau d’amour familial. C’est pour ça que, prétextant avoir entendu le repas arrivée, elle quitta la pièce les laissant seuls.

     

    ***

    Comme elle était heureuse de la revoir ! Elle avait tant grandi ! Elle, sa petite fille, son bonheur, son rayon de soleil,… Elle, qu’elle avait du abandonner alors que ce n’était qu’un vulnérable bébé …

    Souvent, elle était plongée de remords. Elle pensait à la vie qu’elle aurait pu partager avec sa fille si elle était restée auprès d’elle.

    Elle pouvait être fière d’elle, elle était belle, gracieuse et élégante. Elle était drôle, polie, brillante dans toutes les disciplines, généreuse, convaincante et curieuse. C’était le genre de personne avec qui elle aurait voulu choisir des robes pour des bals et des soirées, se balader dans les jardins du château, manger un panier de fruits…

    Oh ! Oui ! Tant de choses auraient été possibles si… Mais il ne fallait pas penser à cela et profiter de la fête et de sa fille.

     

    ***

     

    Sa fille était en train de souffler les 16 bougies qui décoraient son gâteau. Seize maintenait qu’il était père ! Cela ne le rajeunissait pas… malgré la joie des festivités, il n’était pas tranquille. Une lettre anonyme lui était parvenue dans la matinée ne portant aucun sceau de sa connaissance et lui promettant une guerre dans les prochaines semaines. Inquiet, voilà ce qu’il était, pour la première fois de sa vie il était inquiet, inquiet pour son peuple, sa femme, sa fille, son château, son armée, sa région et son blason. Comment faire pour empêcher cette guerre alors qu’il ne connaissait même pas le nom et les raisons de son agresseur ? Malgré toute la bonne volonté qu’il mettait pour le cacher, il savait qu’il n’était pas convaincant et que sa famille finirait bien par deviner que quelque chose clochait. Il fallait pourtant avoué que la fête était réussie. Ah ! Comme il adorait ces repas : convivial et familial ! La joie de se servir soi-même en toute simplicité, de parler librement et de n’avoir pour musique que le chant des oiseaux au dehors.

     

    ****

     

    Jamais je n’avais été aussi heureuse et ne m’était sentie aussi vivante et bien dans ma peau. Enfin si, tous les ans le 21 mai, j’avais la joie de voir mes parents. J’avais entendue dire de Marie que toutes les adolescentes n’étaient pas comme moi. Elle avait lâché cette phrase, comme ça, brisant le silence d’une soirée d’hiver durant laquelle nous étions assises devant un bon feu de cheminée. Surprise de sa remarque, je lui avais demandé pourquoi. Elle m’avait dit que j’étais… différente et, malgré mon enfermement j’avais réussie à m’épanouir encore plus que celles de mon âge. J’avais alors rétorqué qu’elle n’avait peut-être pas reçu une éducation aussi approfondie que la mienne. Elle avait acquiescé et notre conversation avait pris fin. Malgré tout, je voyais bien qu’elle n’était pas convaincue. Aujourd’hui ma mère avait renouvelée cette remarque et j’en avais déduit que ma nourrice n’avait peut-être pas tout à fait tort finalement. Curieusement, et pour la 1e fois en 16 ans, mon père s’éclipsa rapidement prétextant une migraine. J’en fus quelque peu déçue mais n’en laissai rien paraître et profitai de ce moment avec ma mère et ma nourrice pour parler (en langage gestuel naturellement) de mode, de garçons et de potins. Je m’amusais grandement et ne pouvait imaginer que ma vie allait bientôt basculée, m’entraînant dans des aventures inoubliables.

    Deux heures plus tard, ma mère nous quitta, les larmes aux yeux me promettant d’essayer de convaincre mon père de la laisser venir me voir avant Noël. Elle m’offrit aussi un magnifique collier orné d’un petit diamant délicat et d’une chaîne en or blanc.

    Le soir dans son lit, je ne pus m’empêcher d’éclater en sanglots en pensant avec nostalgie aux merveilleuses dernières 24 heures. Je sentis bientôt une main délicate et réconfortante me bercer tendrement et en me retournant je vis Marie armée d’une chandelle et d’une grande tasse de lait chaud. Je me relevai sur mes coudes et je lui pris la tasse des mains en la remerciant. Au bout d’une quinzaine de minutes je m’étais un peu ressaisi et Marie me quitta, inquiète et somnolente. Pour ma part, je ne m’endormi pas avant le petit matin et ce fut le chant criard du coq qui parvint finalement à me faire sombrer dans les ténèbres du sommeil.

    Je m’éveillai vers huit heures, des cernes immenses sous les yeux. J ‘avais peu dormi mais j’avais pris l’habitude de me lever au petit jour, coûte que coûte. Je m’extirpai de mon lit rejetant brutalement la couverture en plume sur le lit. Marie était comme tout le temps, levée et s’était chargée de réceptionner nos repas de la journée par la fenêtre.

    Mes journées étaient cadrées, minutées et j’étais ancrée dans une telle routine que les changements me faisaient peur.

    J’aimais les horaires stricts, un monde dans lequel le stress et le retard n’existaient pas. Ma vie était si pleine d’habitudes que je finissais toujours tout au moment où l’aiguille de l’horloge parvenait sur le bon chiffre ! Tel un animal, je me couchais et me levais à heure fixe. Habitude, routine, ponctualité et emploi du temps était de loin mes mots préférés ! Pourtant j'allais bientôt découvrir à mes dépens qu'il existait d'autres types de vie bien plus palpitants...


  • Commentaires

    1
    Vendredi 10 Mai 2013 à 14:26

    Tu écris très bien ! Voudrais-tu m'envoyer ta nouvelle soit pour le concours que j'organise (http://coffeeandbooksblog.blogspot.fr/2013/03/grand-concours-decriture-ta-nouvelle.html), soit pour la rubrique Nouvelles en épisodes de Coffee & Books ? 

    2
    Dimanche 12 Mai 2013 à 12:42

    Et un partenariat t'intéresserait-il ? 

    3
    CharlotteOFraises Profil de CharlotteOFraises
    Dimanche 12 Mai 2013 à 14:59

    Et bien écoute, explique moi ça pls précisément dans un mail et je regarde, ok?

     

    4
    Mardi 14 Mai 2013 à 07:51

    Je t'ai envoyé un mail ;)

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :