• Fille du diable

    Cunégonde est une princesse du Moyen-Âge assez banale... Enfin.. Pas tant que ça puisqu'elle muette! Ce handicap étant considéré comme marque du diable à son époque, elle vit recluse dans sa tour, mais personne n'échappe au monde extérieur...

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    I

     

     

     

    « Jamais ! Vous m’entendez jamais je ne tuerai un être vivant sous prétexte qu’il est…différent...

     

     -Nous le savons votre Altesse mais nous ne pouvons prendre le risque de vous perdre à cause d’une jeune enfant.

     

    -Si cela vous dérange allez voir ailleurs ! Je sais bien que vous la croyez disciple du Malin  mais si Dieu m’as confié une telle responsabilité c’est qu’il a confiance en moi ! Et je ne Le décevrai pas !

     

    -Nous avons foi en votre sagesse et si tel est votre désir nous ne pouvons désobéir mais permettez nous seulement de vous donner un conseil : enfermez la avec une nourrice dans une haute tour que vous ferez construire par le plus grand architecte de la région. Il faut qu’elle y soit aisément installée et que chaque jour un cuisinier lui mitonne les plats les plus appétissants. Nous ferons répandre une rumeur comme quoi ce bâtiment serait hanté par de mauvais esprits ce qui tiendra le peuple à l’écart et justifiera les bruits.

     

    -Ceci est en effet une idée raisonnable…Les villageois auraient ainsi une histoire à se raconter entre eux…Je vais y réfléchir mais cela me fait mal au cœur de devoir me séparer d’elle…sans parler de ma femme que cela bouleversera…et puis,…où trouver une dame de compagnie qui puisse l’accompagner tout au long de sa jeunesse…où ?

     

    -Tout est prévu Majesté nous n’attendons plus que votre consentement.

     

    -Laissez-moi le temps de réfléchir. Vous aurez votre réponse dans les 30 jours à venir.

     

    -Parfait mais, d’ici là, protégez-là, la pauvre enfant. »

     

             Après cette discussion le seigneur de Bourgogne et ses conseillers quittèrent la salle. Le duc se rendit auprès de sa femme et de son enfant. Il devait l’accepter. Bien sûr il aurait aimé pouvoir s’occuper de cette dernière comme un père normal il aurait aimé pouvoir, avec elle, courir, gouverner, jouer, parler,…Parler. Oh, oui comme il aurait voulu entendre, au moins un jour le son de sa voix… Mais il fallait que, malgré son handicap, il l’aime plus que tout et cela ne lui serait pas difficile vu la beauté dont rayonnait sa fille dès sa naissance. Il l’aimait énormément, l’adorait même mais, il le savait, malgré toutes ses tentatives il devrait renoncer à voir sa fille grandir, s’épanouir et se cultiver. Il émergea de ses pensées et se rendit compte qu’il avait dépassé la porte de la chambre depuis longtemps.

     

     

     

    ***

     

    Alors comme ça, lui, Garliasse, le plus grand architecte du comté, devait construire, pour Sa Seigneurie, une haute tour très confortable à un emplacement royal et bien exposé sans que ce dernier  y séjourne une seule fois de sa vie. Pourquoi ? Allez savoir ! Lorsque Garliasse le lui demandait il prenait des airs mystérieux et répondait « je la réserve à une fonction bien plus utile » puis il revenait sur Terre et servait un verre d’alcool à son architecte perplexe. Pire, il commençait déjà à répandre une rumeur sur les mauvais esprits qui soi-disant étaient présents dans chaque recoin de la Tour de la Princesse, comme il l’avait surnommée. Des mauvais esprits et puis quoi encore ? Une duchesse handicapée ?  De plus, et cela avait le don de mettre Garliasse dans tous ses états, le duc qui d’ordinaire l’informait des plus grands secrets des environs ne lui disait même pas la raison pour laquelle il devait dessiner les plans de ce bâtiment. Quel culot de commander une œuvre sans en exprimer le contexte ! Est-ce que Louis XIV  a commandé le Bourgeois Gentilhomme à Molière et à Lully sans en en exprimer clairement le contexte ? Bien sûr que non ! Cela était tout simplement impoli et irréfléchi ! Un artiste ne peut peindre, sculpter, composer, dessiner de tout son talent sans savoir pourquoi. C’est comme un peintre sans toile, un poète sans inspiration ou d’autres choses. Un artiste ne peut travailler sans contexte. C’est parfaitement impossible car une tour par exemple ne doit pas être construite pareil pour un animal que pour le roi de France. Et Garliasse avait beau torturer son patron celui-ci ne parlait pas. L’employé du duc avait envisagé toutes les hypothèses possibles et inimaginables : un  appartement pour les maîtresses de son Altesse, une salle pour que ce dernier puisse chanter faux à son aise, etc.… Et c’est pour cela qu’il avait été intrigué du nom que son maître avait choisi pour cet édifice et y avait réfléchi. Tout simplement parce que le comte n’était pas que son employeur il était avant tout un bon ami. L’architecte avait tourné en rond des heures et était finalement arrivé à la conclusion que le nom était seulement en lien avec la beauté et le luxe des lieux. De toute façon, dans tous les cas il devait accepter sa mission car c’était le duc Richard de Bourgogne qui lui avait confié. 

     

     

     

    ***

     

             Elle en était toute secouée. Comment une mère pouvait abandonner son enfant de 6 mois entre les mains d’une personne inconnue peut-être même malsaine ? Pourquoi son mari  n’était pas en larmes à l’idée d’enfermer sa fille dans une tour ? Ah moins que se ne soit qu’une apparence… Peut-être souffrait-il mais il n’osait le montrer de peur d’être aperçu par une quelconque personne importante qui pourrait nuire à sa réputation. Sa réputation ! Comment pouvait-il penser à sa réputation alors qu’il s’agissait de sa propre fille ! Handicapée certes mais adorable. L’idée de l’abandonner comme l’aurait fait n’importe quelle paysanne l’horrifiait, la terrifiait même ! Elle ne pensait plus qu’à cela, ses idées la poursuivaient jusque dans ses rêves où elle se voyait alors abandonner un petit ange dans une tour. Cela la tracassait depuis que son mari lui avait appris la décision de ses conseillers ! Comment avait-il dit déjà ? Ah, oui : « nous allons l’enfermer dans une tour à vie. Mais ne t’inquiète pas elle y sera bien et surtout elle sera en vie ». Cela sous-entendait-t-il  qu’il avait émis l’hypothèse de la noyer, de l’étrangler, de la brûler ou de lui faire subir je ne sais quelle cruauté ? Le bébé s’agita ce qu’il la fit émerger de ses pensées. Comme elle était mignonne et elle avait l’air si fragile recroquevillée dans son couffin. Pourquoi Dieu lui avait-il ôté le don de parole ? Comment avait-Il résisté à ce petit visage implorant?  Mais bon la petite ne souffrait pas et c’était l’essentiel enfin pour l’instant…

     

     

     

    ***

     

     

     

                Perplexe, elle était tout simplement perplexe ! Elle avait vu le duc et ses conseillers s’introduire chez elle regardant tous les meubles et les bibelots  avec attention. Tout d’abord elle eu peur ! Que venaient-ils faire ici ? Que lui voulaient-ils ? Son premier réflexe fut de courir à l’étable chercher une fourche. Une fois son arme en main elle la brandit sous le nez des nobles. Alors le duc éclata de rire  et dit :

     

    « Nous ne vous voulons aucun mal ! »

     

    Puis il prit tout d’un coup un air sérieux, ferma la porte et reprit en chuchotant :

     

    « Êtes-vous capable de garder un secret ? »

     

    Bien sur que oui !  Pour qui la prenait-il ! Ce n’est pasrce qu’elle était paysanne que l’on ne pouvait pas lui faire confiance ! Mais elle garda ses propos pour elle et se contenta d’acquiescer poliment.

     

    « Je vais vous confier deux choses. Voici la première : Il y a 6 mois ma femme a accouchée d’une fille… muette. » 

     

    Elle ne put retenir un cri d’exclamation. Le duc serait-il complice du… Diable ? Et d’abord pourquoi l’en informait-il ? Pourquoi lui dire à elle alors que, elle en était sûr, le Roi Soleil lui-même ne le savait pas ? Y-avait-il anguille sous roche ? Pour l’instant, elle décida d’écouter le duc et de réfléchir après.

     

    « Eh, oui ! Il en faut. J’ai entendu dire que vous étiez très…maternelle et que, comble de malheur,  vous n’aviez aucun enfant. Est-ce vrai ? »

     

    Comment savait-il cela et en quoi cela l’intéressait-il ? De toute manière elle irait, après cette étrange visite questionner une à une ses voisines pour connaître le nom de celle qui l’avait trahie ! Le seigneur reprit :

     

    « je vais prendre cela pour un oui. Mais passons tout d’abord à la 2e chose. La Tour de la Princesse n’est pas hantée. C’est moi qui ai fait circuler cette rumeur pour ne pas que vous vous en approchiez et que vous sachiez…pour la petite duchesse qui vivra toute au long de sa vie ici. »

     

    Quelle horreur ! Ils voulaient donc l’enfermer dans bâtiment ! Pauvre petit cœur ! Mais elle ne comprenait toujours pas pourquoi on lui racontait cela.

     

    « Et pour s’épanouir correctement il lui faudrait une nourrice, une dame de compagnie. »

     

    Ah ! C’était donc cela ! Mais non elle ne mordrait pas à l’hameçon ! Elle ne voulait pas vivre misérablement au milieu des rats. Plutôt mourir ! Comme s’il avait pu lire dans ses pensées le noble continua :

     

    « Vous mangerez en même temps et la même chose que la duchesse, vous dormirez dans la même chambre qu’elle (avec un bon lit bien entendu), vous apprendrez à lire, à écrire et à compter avec le même précepteur qu’elle et vous pourrez une journée par mois vous absentez pour sortir. Tout cela contre l’éducation de ma fille et votre silence. Acceptez-vous cet exigeant travail ?

     

    - Bien sûr, je ferai tout pour Sa Seigneurie le duc de Bourgogne.

     

    - Bien vous commencerez dans un mois le temps de vous préparer, conclut-il en s’éloignant suivi de son cortège.

     

     

     

    A SUIVRE…

    A partir du 10/03/2012

     


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  • II. 

     

    « Pourriez-vous me résumer la leçon d’histoire de hier ? 

    -…

    - Mademoiselle ! Répondez !

    - Euh… Oui maître ! Tout de suite ! La réponse est… C’est…

    - Taisez-vous. Hier, nous avons cité les nombreux alliés de votre père.

    - J’allais le dire ! Excusez-moi mais en ce moment je suis un peu…

    - Vous êtes distraite !

    - En effet je suis un peu distraite car fatiguée de devoir me cacher et de ne pouvoir fouler l’herbe ! Chaque fois que je regarde par cette fenêtre, j’entends le chant des oiseaux et le vent qui serpente entre les arbres dans un sifflement léger. Je vois les enfants qui courent et s’amusent gaiement, les femmes qui discutent un panier à la main et les hommes qui travaillent dur sous le soleil brûlant. De mon poste d’observation, je sens aussi la fatigue et la faim des familles, l’inconfort et la misère de ces maisons, la pauvreté des villages. Et malgré tout cela ces familles sont réunies et heureuses et mon peuple est uni. Pourquoi ? Pourquoi, nous qui vivons dans le luxe, sommes malheureux et dispersés ? Parfois je me dis que j’aimerais être à la place des paysans même si pour eux la vie n’est pas facile tous les jours.

    - Je sais, mais si les gens vous voyez ,vous seriez mise à mort sur le champ. Imaginez alors le désespoir de vos parents qui, malgré la distance, vous aiment plus que tous au monde. Cette tour a été construite pour vous préserver des paysans superstitieux et si vos parents ne viennent pas vous voir tous les jours c’est sur ordre de leurs conseillers car cela pourrait attirer les soupçons. Bien, je vais vous donner deux jours de vacances afin que, lors de la prochaine leçon vous soyez plus attentive ! 

    - Merci et ne vous inquiétez pas je serais exemplaire au moment de votre cours. 

    - Et juste avant que je ne parte je voudrais vous résumer en une phrase le cours d’aujourd’hui que nous avons négligé. Rappelez-vous seulement que le plus grand allié de votre père est Edouard de Champagne.

    -Très bien ! Merci et au revoir !

    - Au revoir ! »

    Sur ce, il sortit de la pièce et je me retrouvai seule pour la 1e fois de ma vie. Ma dame de compagnie  était allé profiter de son jour de sortie mensuelle pour aller salué de vieilles amies à elle. Ces dernières, comme quantité de gens, ne soupçonnaient même pas mon existence. En fait, mis à part mes parents, leurs conseillers, ma dame de compagnie et mon précepteur, personne ne savait que, depuis 16 ans, le duc de Bourgogne était père. Par une quelconque erreur de Dame Nature, j’étais privée de  voix. J’étais muette. Cette conversation c’était dérouler dans un langage que seul les gens qui me côtoyaient connaissaient. Le concept était simple : nous communiquions par signe. Pourtant, dans l’application, il fallait être précis et attentif. J’étais la seule à pouvoir reproduire ses signes à la perfection. Les autres se contentaient (ou du moins essayaient) de me comprendre. Il fallait parfois que je répète mais à force je ne m’en rendais même plus compte.

     Je jetai un coup d’œil à l’horloge. Il était 18h14. À croire que j’avais une montre dans le cœur. Juste le temps de m’accouder à ma fenêtre et il sortit du bosquet. Comme tous les jours à la même heure, il fit le tour du village pour venir jusqu’à ma tour. Comme à chaque fois il ne regarda pas vers moi et fit une dizaine de fois le tour de ma prison. Puis il arrêta son beau cheval palomino. Que mon prince charmant  était beau ! Enfin, je l’imaginais beau, très beau. Il portait toujours un heaume et une armure pourtant on devinait sa grâce malgré le poids de son équipement. J’étais amoureuse. Et qui plus est, de quelqu’un dont je ne connaissais ni le physique, ni le nom ni même la réputation. Il aurait pu être moche, porteur d’une maladie étrangère ou paysan, je m’en fichais. J’étais amoureuse. Un point c’est tout. Je passais mon temps à le guetter ou à imaginer son visage. Je l’imaginais blond aux cheveux bouclés et aux yeux bleus. En fait je le pensais semblable aux anges qui étaient peints sur mes plafonds. Soudain au bout d’un temps qui me parut n’être que quelques secondes il fit repartir son cheval d’un élégant coup de talon sur les flancs. Je le regardai s’éloigner puis lorsqu’il disparut dans les fourrés, je me dirigeai vers ma chambre. 

     Au milieu de la pièce, trônait un magnifique lit à baldaquin  de couleur bordeaux. À côté, une table de chevet d’un bois sombre équipée d’un tiroir. Dans celui-ci je conservai précautionneusement mon journal intime, ma plume et mon encrier personnels. En face, à côté de la porte, il y avait une commode du même bois que ma table de nuit et que ma tête de lit. Elle comportait trois tiroirs : dans le premier était rangée mes jupons, dans le deuxième il y avait mes bas et enfin dans le dernier tiroir étaient entreposés mes livres. À droite, il y avait une encombrante armoire où mes toilettes étaient soigneusement rangées. Dans le coin au fond à droite un escalier menait aux appartements de Marie, ma dame de compagnie, et à la salle à manger. Dans le coin opposé, un paravent bordeaux était déplié. Sur le mur à gauche il y avait une bassine d’eau ainsi qu’une coiffeuse en ébène. Dessus, une dizaine de parfums et de produits de maquillage étaient présents. Dans le coin, une table me servait à écrire et à lire en toute tranquillité. Le mobilier de la chambre de Marie était identique au mien. Les murs des deux pièces étaient couverts de dorures et de petits chérubins étaient peints au plafond. 

      Deux fois par an, pour Noël et mon anniversaire, mes parents empruntaient le passage secret de mon précepteur, pour venir me rendre visite. Demain, le 21 mai, était un de ces jours où je pourrais voir ma famille. J’étais surexcité et, pour faire bonne figure je rangeai ma chambre pour la énième fois.  

     Puis je m’assis sur mon lit et contemplai mon œuvre.  Pas mal ! Rien ne traînait, les livres étaient rangés par ordre alphabétique, les vêtements étaient pliés et mon lit était fait ! Je n’avais donc plus rien à faire. Je pris l’escalier qui menait à la salle à manger puis je montai à l’échelle jusqu’au petit salon qui occupait tout le 3e étage.  Je rangeai les pions d’échecs à leur place respective, remit droit tous les tableaux de la pièce, et eu d’autres petits tics maniaques. Je m’ennuyais ! Tout ici dans cette maison était conçu pour être fait à deux ! Normal, selon mon emploi du temps je n’aurais jamais du être seule plus d’une minute. Je redescendis dans ma chambre pour écrire quelques mots sur ma journée. Je rédigeai ma conversation avec  mon précepteur (M.MATISSE), la 27e description de mon mystérieux inconnu et pour finir mon ennui et le sentiment (nouveau pour moi) de solitude. 

      Soudain, j’entendis une porte grincer. Je m’aperçus alors qu’il était 17h et dévalai les marches pour aller à la rencontre de Marie. Je lui sautai dans les bras, tandis que elle paraissait s’inquiéter de l’absence de M.MATISSE. Je la rassurai lui expliquant que ce dernier me laisser deux jours de vacances afin que je sois plus attentive lors de ma prochaine leçon. Elle était à la fois contente de ne rien avoir à rattraper et déçue du fait qu’elle n’apprendrait rien pendant deux malheureux jours. Elle prenait très à cœur ces cours car elle était la seule du village à savoir lire, écrire et compter. Moi, n’ayant connu que cette vie stricte et monotone, je ne pouvais pas vraiment juger la chance que j’avais. 

    Marie me regarda avec malice et sortit alors de son sac deux  nouvelles plumes. L’une était brune et blanche alors que l’autre était noire, grise et blanche. Elles étaient toutes deux magnifiques. Marie me tendit les plumes et me demanda de choisir. Je réfléchis un instant avant d’opter pour la deuxième. Ma dame de compagnie me regarda et sourit. Elle avait anticipé mon choix lors de l’achat. Elle me connaissait si bien…

     Marie était une petite femme ronde. Elle souriait tout le temps et enveloppait tout le monde avec sa bonne humeur permanente. Ses yeux bruns étaient en parfaite harmonie avec ses cheveux châtain foncé. Sa peau était pleine des couleurs du dehors et était douce comme celle d’un bébé. Le bleu lui allait à merveille. Elle était drôle, gentille, généreuse et par-dessus le marché elle apprenait à une vitesse fulgurante. Bref, je l’adorais purement et simplement !!!!

      Elle me demanda si Monsieur Mystère (c’est ainsi qu’elle avait nommé mon Prince Charmant) était bien venu à l’heure à sa visite quotidienne. Je suis sûr qu’elle connaissait la réponse avant même que je ne la lui confirme. 

     

    *****

     

     

    Aujourd'hui elle avait passé une magnifique journée. Elle avait pu bénéficier de sa journée de congé mensuelle et en avait profité pour rendre visite à Françoise, sa meilleure amie d'autrefois. Elle était ensuite allée acheter deux jolies plumes. Ah! Quel bonheur elle avait ressenti lorsqu'elle avait découvert le plaisir que ce simple objet apporté à Cunégonde !  Pour finir elle avait acheter un bon pain de seigle dont sa maîtresse raffolait tant dans la boulangerie de Jean. Comme elle avait passé de bons de bons moments avec lui que ce soit ici, chez elle ou dans les champs… Il avait été son meilleur ami, son confident, son partenaire de travail dans le verger et enfin son fiancé.Qu'est-ce qu'elle aurait aimé lui donner d'explications sincères lorsqu'ils avaient du se quitter… Et voilà, c'était reparti ! elle allait de nouveau pleuré toute la nuit. Mais non ! Pas cette nuit ! Elle ne pouvait car demain c'était l'anniversaire de la duchesse et il fallait qu'elle soit en forme ! C'était important les 16 ans d'une… Seize ans, seize ans déjà qu'elle avait abandonné son champ pour venir travailler ici. Elle avait vu la duchesse depuis son plus jeune âge.  Lorsqu'elle l'avait découvert à cinq mois, dans son berceau serti de 2 magnifiques saphirs. Ce berceau était symbolique et il était transmis de génération en génération. Il comportait deux trous qui était comblé, à la naissance d'un membre de la famille, par deux pierres précieuses. Ces 2 joyaux, disait-on, reflétait le caractère du nourrisson. A l'enfance, une était scellée sur le gobelet en argent reçu à l'occasion des 6 ans de la personne. Enfin, lors du mariage, la dernière pierre décorait l'alliance. Soudain elle entendit les cloches sonnaient minuit. Elle s'enfouit encore plus profondément dans les draps et s'endormit en pensant à Jean.

     

     

    A SUIVRE LE 26/03/12...


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  • III.

    Toute cette jolie petite famille qui se serrait dans les bras… Comme c’était beau… Et dire qu’elle, Marie, sa mère l’avait abandonné quelques jours avant ses 7 ans… Beaucoup de gens auraient eu pitié de Cunégonde et on les auraient entendu chuchoté tout bas « La pauvre tout de même ! Etre muette, ce n’est pas facile tous les jours. Surtout par les temps qui courent… L’autre jour encore untel s’est fait agressé car on l’accusait d’être complice du diable » Certes, la dévoiler aux yeux de tous était risqué à cause de ces fichus superstitions mais ce n’était pas pour cela qu’elle était à plaindre ! Elle avait un bon lit, de copieux repas réguliers, une éducation parfaite et une culture incroyable. De plus son mutisme ne la gênait pas elle était même plutôt bavarde. Pas en paroles, non ! Mais ce langage gestuel qu’elle réalisait avec une précision sans pareil… C’était un peu comme une 2e langue car elle avait aussi du apprendre le français pour pouvoir comprendre son entourage. Bref… Revenons à notre scène présente et cessons cette philosophie intérieure sans queue ni tête. Ils étaient donc en train de se serrer dans leurs bras, de se retrouver en famille. Elle, simple gouvernante ne se sentait pas à l’aise et surtout pas à sa place au milieu de se tableau d’amour familial. C’est pour ça que, prétextant avoir entendu le repas arrivée, elle quitta la pièce les laissant seuls.

     

    ***

    Comme elle était heureuse de la revoir ! Elle avait tant grandi ! Elle, sa petite fille, son bonheur, son rayon de soleil,… Elle, qu’elle avait du abandonner alors que ce n’était qu’un vulnérable bébé …

    Souvent, elle était plongée de remords. Elle pensait à la vie qu’elle aurait pu partager avec sa fille si elle était restée auprès d’elle.

    Elle pouvait être fière d’elle, elle était belle, gracieuse et élégante. Elle était drôle, polie, brillante dans toutes les disciplines, généreuse, convaincante et curieuse. C’était le genre de personne avec qui elle aurait voulu choisir des robes pour des bals et des soirées, se balader dans les jardins du château, manger un panier de fruits…

    Oh ! Oui ! Tant de choses auraient été possibles si… Mais il ne fallait pas penser à cela et profiter de la fête et de sa fille.

     

    ***

     

    Sa fille était en train de souffler les 16 bougies qui décoraient son gâteau. Seize maintenait qu’il était père ! Cela ne le rajeunissait pas… malgré la joie des festivités, il n’était pas tranquille. Une lettre anonyme lui était parvenue dans la matinée ne portant aucun sceau de sa connaissance et lui promettant une guerre dans les prochaines semaines. Inquiet, voilà ce qu’il était, pour la première fois de sa vie il était inquiet, inquiet pour son peuple, sa femme, sa fille, son château, son armée, sa région et son blason. Comment faire pour empêcher cette guerre alors qu’il ne connaissait même pas le nom et les raisons de son agresseur ? Malgré toute la bonne volonté qu’il mettait pour le cacher, il savait qu’il n’était pas convaincant et que sa famille finirait bien par deviner que quelque chose clochait. Il fallait pourtant avoué que la fête était réussie. Ah ! Comme il adorait ces repas : convivial et familial ! La joie de se servir soi-même en toute simplicité, de parler librement et de n’avoir pour musique que le chant des oiseaux au dehors.

     

    ****

     

    Jamais je n’avais été aussi heureuse et ne m’était sentie aussi vivante et bien dans ma peau. Enfin si, tous les ans le 21 mai, j’avais la joie de voir mes parents. J’avais entendue dire de Marie que toutes les adolescentes n’étaient pas comme moi. Elle avait lâché cette phrase, comme ça, brisant le silence d’une soirée d’hiver durant laquelle nous étions assises devant un bon feu de cheminée. Surprise de sa remarque, je lui avais demandé pourquoi. Elle m’avait dit que j’étais… différente et, malgré mon enfermement j’avais réussie à m’épanouir encore plus que celles de mon âge. J’avais alors rétorqué qu’elle n’avait peut-être pas reçu une éducation aussi approfondie que la mienne. Elle avait acquiescé et notre conversation avait pris fin. Malgré tout, je voyais bien qu’elle n’était pas convaincue. Aujourd’hui ma mère avait renouvelée cette remarque et j’en avais déduit que ma nourrice n’avait peut-être pas tout à fait tort finalement. Curieusement, et pour la 1e fois en 16 ans, mon père s’éclipsa rapidement prétextant une migraine. J’en fus quelque peu déçue mais n’en laissai rien paraître et profitai de ce moment avec ma mère et ma nourrice pour parler (en langage gestuel naturellement) de mode, de garçons et de potins. Je m’amusais grandement et ne pouvait imaginer que ma vie allait bientôt basculée, m’entraînant dans des aventures inoubliables.

    Deux heures plus tard, ma mère nous quitta, les larmes aux yeux me promettant d’essayer de convaincre mon père de la laisser venir me voir avant Noël. Elle m’offrit aussi un magnifique collier orné d’un petit diamant délicat et d’une chaîne en or blanc.

    Le soir dans son lit, je ne pus m’empêcher d’éclater en sanglots en pensant avec nostalgie aux merveilleuses dernières 24 heures. Je sentis bientôt une main délicate et réconfortante me bercer tendrement et en me retournant je vis Marie armée d’une chandelle et d’une grande tasse de lait chaud. Je me relevai sur mes coudes et je lui pris la tasse des mains en la remerciant. Au bout d’une quinzaine de minutes je m’étais un peu ressaisi et Marie me quitta, inquiète et somnolente. Pour ma part, je ne m’endormi pas avant le petit matin et ce fut le chant criard du coq qui parvint finalement à me faire sombrer dans les ténèbres du sommeil.

    Je m’éveillai vers huit heures, des cernes immenses sous les yeux. J ‘avais peu dormi mais j’avais pris l’habitude de me lever au petit jour, coûte que coûte. Je m’extirpai de mon lit rejetant brutalement la couverture en plume sur le lit. Marie était comme tout le temps, levée et s’était chargée de réceptionner nos repas de la journée par la fenêtre.

    Mes journées étaient cadrées, minutées et j’étais ancrée dans une telle routine que les changements me faisaient peur.

    J’aimais les horaires stricts, un monde dans lequel le stress et le retard n’existaient pas. Ma vie était si pleine d’habitudes que je finissais toujours tout au moment où l’aiguille de l’horloge parvenait sur le bon chiffre ! Tel un animal, je me couchais et me levais à heure fixe. Habitude, routine, ponctualité et emploi du temps était de loin mes mots préférés ! Pourtant j'allais bientôt découvrir à mes dépens qu'il existait d'autres types de vie bien plus palpitants...


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