• L'Adversaire d'E. Carrère

    L'Adversaire d'E. CarrèreTitre : L'Adversaire

    Auteur : Emmanuel Carrère

    Edition : POL

    Date de parution : 2000

    Nombres de pages : 221

     

    Résumé : Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L'enquête a révélé qu'il n'était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu'il n'était rien d'autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d'être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

    Je suis entré en relation avec lui, j'ai assisté à son procès. J'ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d'imposture et d'absence. D'imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu'il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d'autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m'a touché de si près et touche, je crois, chacun d'entre nous.

     

    Critique :

    Un roman poignant. Une expérience humaine, réelle et qui interroge sur la notion de vérité et laisse le lecteur perplexe : comment l'imposture de J.-C. Romand a-t-elle pu passer inaperçue auprès de ses amis, de sa femme, de ses parents ? La réalité s'érige-t-elle par les mots, comme si chacun pouvait la modeler selon ses souhaits par le simple discours ?

    L'auteur, interpellé par un fait divers, décide de comprendre ce personnage, sans vraiment le juger bien qu'il rende compte de son procès, pendant toute une partie du texte. L'objectif est de comprendre sans condamner ni disculper. La démarche d'écriture est avant tout une quête de sens psychologique : comment la situation de Romand a-t-elle pu en arriver là ? L'auteur joue avec différentes strates temporelles et plusieurs genres littéraires, ce qui crée une véritable richesse de l'écriture. Ayant réellement été en contact avec Romand pendant son emprisonnement, il alterne les moments de récit avec les témoignages de ses amis, les extraits de sa correspondance avec le coupable. La figure de l'auteur devient une notion complexe, partagée entre ses opinions personnelles, sa démarche d'écriture, la recherche d'une forme qui peut soutenir son propos... Ainsi, la réflexion sur le fait divers se double d'une quête méta-textuelle : comment écrire ?

    Bien sûr, cette dimension ne fait pas tout le livre. Le lecteur est également constamment confronté au personnage de Romand, si ambigu. Quel sentiment éprouver face à cet homme ? Comment ne pas éprouver de la pitié pour cet homme si effacé que personne n'a jamais su démasquer sa mythomanie ? Par ailleurs, E. Carrère le peint comme un être rongé par la folie : noyé dans la fable qu'il a construit au détriment de sa vie, au point de perdre de vue la réalité ou naturellement attiré par le mensonge, si facile pour lui à construire et à perpétuer. Romand se dresse alors comme un personnage mystérieux : le point d'origine de son mensonge est lui-même très flou alors que E. Carrère s'est appuyé sur des documents officiels, des témoignages de proches et les récits de Romand. Il est un monstre, au sens étymologique et usuel : à la fois terrible et fascinant (celui qui est montré du doigt car il s'écarte de la norme). Il devient presque une figure tragique : sa tromperie initiale que personne ne remarque le force à dériver toujours plus loin de la vérité et de la réalité. Dès lors, quand 18 ans plus tard, il se sent acculé, il ne trouve d'autres solutions pour éviter le scandale que de tuer sa famille et lui-même. Mais le sort s'acharne et il survit, condamné à vivre ce qu'il avait voulu fuir.

    En somme, à partir d'un fait divers intrigant, E. Carrère a su construire une réflexion aussi profonde que passionnante (je dois avouer que ma lecture n'a pas duré plus d'une journée) sur la vérité, sur les relations humaines et sur l'écriture. Les différentes tentatives d'écriture soulignent la richesse de l'oeuvre tant sur ses thèmes abordés et approfondis que sur sa forme. Je conseille donc vivement ce livre, si riche malgré son scénario simple et sans grand suspense (puisque le livre s'ouvre sur le crime). A lire pour réfléchir.

     

    Ma note :

    L'Adversaire d'E. Carrère

     

     

    Citation : « Chacun se demandait: comment avons-nous pu vivre si longtemps auprès de cet homme sans rien soupçonner? Chacun cherchait dans sa mémoire le souvenir d'un instant où ce soupçon, quelque chose qui aurait pu conduire à ce soupçon l'avait effleuré. »

     

    Pour aller plus loin : le livre a été adapté en film en 2002 avec Nicole Garcia. Au casting : Daniel Auteuil, François Cluzet, Emmanuelle Devos et bien d'autres.

     

    Charlotte

     


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