• La Danse pieuse de Klaus Mann

     

    La Danse pieuse de Klaus Mann

     

    Titre : La Danse pieuse, sous-titré « Livre d'aventures d'une jeunesse »

     

    Auteur : Klaus Mann

     

    Traduction : Michel-François Demet avec le concours du Centre National des Lettres

     

    Collection : Les Cahiers Rouges

    Edition : Editions Grasset

     

     

    Nombre de pages : 252

     

    Note : 4/5

     

     

     

     

     

    Résumé de la 4ème de couverture :

     

    Dans le Berlin décadent et sexuel des années 1920, un jeune peintre cherche sa couleur, son plaisir, sa différence … Ses tourments étreignent le chaos de son pays. Dans cette Allemagne pré-hitlérienne, où la défaite de 1918 et l'écrasement de la révolution spartakiste ont ouvert des plaies que la république de Weimar ne refermera pas. Andreas traque le sens d'une « nouvelle innocence », d'une « nouvelle foi », d'une « nouvelle piété ». Héros d'une génération sacrifiée, Klaus Mann n'avait pas vingt ans lorsqu'il publia La Danse pieuse, un premier roman prophétique : « Nous ne pouvons rien savoir de la solution de ce trouble, peut-être cette solution est-elle justement le grand abîme, l'apocalypse, une nouvelle guerre, un suicide de l'humanité. »

     

     

     

    Critique :

     

    La Danse pieuse m'avait été présenté comme le premier roman traitant ouvertement d'homosexualité, à une époque où celle-ci était taboue. En effet, Klaus Mann l'aborde ici avec justesse et authenticité. Il montre une atmosphère mais aussi une quête, une découverte, une libération, des amours et des déceptions. Le milieu homosexuel de ces années 20, derrière ses excentricités et ses exagérations, n'est finalement pas si éloigné du reste de la société. Il a ses quartiers, ses lieux secrets, mais partage avec elle le malaise et la quête de sens. Toutefois, le thème de l'artiste et de l'inspiration est également très bien traité. Le besoin de créer, le besoin d'art est palpable à chaque ligne ; l'auteur lui-même convoque métaphores et figures, oscille entre réalité et onirisme pour transcrire cette tension permanente qui anime l'artiste. Chaque personnage est une facette, un fragment de l'immense tableau de la société et de l'oeuvre elle-même. Les amoureux de l'allemand apprécieront une traduction française de qualité, qui reproduit les sonorités, les rythmes et les images exprimées en langue allemande avec poésie, style et musicalité. Mon petit bémol personnel concernerait le sort réservé à certains personnages, bien que cela fasse aussi la force de l'oeuvre de montrer les sacrifices et les victimes de la quête de cette « innocence ». La fin est aussi trop ouverte à mon goût. La beauté de la scène finale ne compense pas sa brièveté brute et son inachèvement, j'aurais souhaité un court épilogue ou du moins quelques développements supplémentaires. Néanmoins, je vous conseille ardemment de vous plonger dans La Danse pieuse, de vous déhancher et de valser au gré des mots de Klaus Mann, et peut-être de trouver la piété d'art, la piété d'âme qui tend à nous échapper dans le monde actuel.

     

     

     

     

    Citation :

     

    "Mais notre jeunesse, notre grande jeunesse, notre jeunesse différente, qu'en est-il d'elle, en fait ? Mon Dieu, elle semble avoir trouvé tellement de portes de sortie pour échapper à ce chaos et nous nous efforçons nous-mêmes de sortir de ce labyrinthe en tâtonnant, dans un tel désarroi, un tel désir douloureux ! Un peu de sport, un peu de politique, et elle est contente. Inconsciente d'avoir complètement déraillé, elle met tout son orgueil à être aussi superficielle et dépourvue de passion que possible. Hélas, Andreas, il n'y a de création que lorsque l'on transmue en forme sa propre souffrance, lorsque l'on trouve sa propre langue expressive, afin de participer à l'élaboration de tout un temps, de toute une génération. Notre jeunesse n'a aucune langue expressive, notre jeunesse renie lâchement sa souffrance et n'en veut rien savoir. A quoi veux-tu donner forme, Andreas ? Toujours et seulement faire parler ton âme, ton âme isolée dans tes tableaux et tes esquisses, et personne ne te saura gré que tu fasses entendre sa plainte - aucun parmi les vieux, aucun parmi les jeunes."  

     


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