• La Douleur par E. Finkiel

    Titre : La Douleur 

    Auteur: Emmanuel Finkiel 

    Année de sortie : 2018

    Durée : 2h07

     

    Adapté du roman éponyme de Marguerite Duras, La Douleur relate l'attente de la romancière après l'arrestation de son mari résistant Robert Antelme sous l'Occupation parisienne en juin 1944. La première force de ce film réside sans nul doute dans l'interprétation qu'offre Mélanie Thierry dans la peau de Duras. Elle parvient à merveille à s'approprier la délicate expérience durassienne de l'attente. Mais qui dit attente peut aussi dire longueur et malheureusement c'est l'impression que le spectateur peut avoir derrière l'écran. C'est pourquoi je trouve l'usage de la voix-off (qui cite des passages du roman) un peu excessif et facile. Cela dit, le jeu de Thierry parvient un peu à éclipser ce qui est pour moi le principal défaut du film. Mais attention je ne remets pas en cause ici l'écriture de Duras (je me suis d'ailleurs procuré le roman à la suite du film) mais ce que je veux souligner c'est que la littérature et le cinéma sont deux arts aux moyens d'expression différents et malheureusement la citation omniprésente du roman peut parfois nuire à ce que le spectateur peut voir sur l'écran malgré la qualité du texte. Si la prestation de Thierry est somptueuse, venons-en à présent aux deux personnages masculins qui gravitent autour d'elle. Benjamin Biolay incarne Dionys, un autre membre de la Résistance. Son jeu est convaincant mais loin d'être transcendant. Benoît Magimel occupe quant à lui toute la première partie du film en jouant un agent français de la Gestapo du nom de Rabier, à l'origine de l'arrestation d' Antelme. Ainsi s'opère une dialectique tout à fait intéressante entre ces deux personnages qui évitent de tomber dans tout manichéisme. L'écrivaine et le « traître » ne sont plus tout à fait la symbolique du Bien et du Mal du fait de leur interaction subtile pour dominer l'autre. C'est pourquoi même la deuxième partie du film qui se concentre uniquement sur Duras n'est plus aussi simple dans l'expérience de l'attente. Qu'attend-elle vraiment ? Comment se manifeste cette attente ? C'est à travers ce mot corrélé à celui de la douleur que se déploie le film dans une véritable manifestation d'une « tempête sous un crâne ». C'est pourquoi l'esthétisme prend une saveur particulière sans être exceptionnelle à travers par exemple un jeu de dédoublement de Thierry, une insistance sur le flou notamment pour désigner un mari dont la présence sera rarement figurative en contradiction avec cette focalisation pesante sur l'actrice où l'onirisme n'est pas une donnée morte du film.

     

    Si certaines scènes m'ont particulièrement touché (la longue séquence au restaurant Saint-Georges ou les scènes avec la mère juive qui loge chez Duras) et si j'ai vraiment apprécié le jeu de Thierry, un léger sentiment d'ennui n'a pas pu être évité et du coup je n'ai pas pu vivre pleinement l'expérience de l'attente et de la douleur partagée au spectateur. Ce film reste beau, poétique et touchant cependant et m'a donné envie de découvrir un peu plus Marguerite Duras et secondairement d'écouter les chansons de Biolay.

     

    Ma note : 

    /5

     

    Nathan Muller

     


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