• Mademoiselle de Joncquières, E. Mouret

     

    Mademoiselle de Joncquières ; Emmanuel Mouret (2018) 1h50

    Mademoiselle de Joncquières, E. Mouret

     

    Dès la première séquence, Emmanuel Mouret nous plonge dans l'ambiance de son nouveau long métrage : un paysage verdoyant , deux personnages en costumes qui marchent, progressent vers la caméra et le spectateur tout en discutant. Ces deux protagonistes sont le marquis des Arcis, adepte du libertinage interprété par Edouard Baer et de la marquise de la Pommeraye jouée par Cécile de France, une veuve qui affirme ne plus croire en l'amour. Le réalisateur puise ces deux personnages dans un célèbre épisode du roman de Diderot Jacques le Fataliste et son maître. Madame de la Pommeraye va tomber sous le charme du marquis malgré ses principes mais ne tardera pas à fomenter une vengeance quand le marquis se lassera d'elle. Pour se faire, elle va faire joueur une comédie en instiguant deux femmes désargentées en les faisant passer pour des dévotes :Madame de Joncquières et sa fille et en se servant de l'extrême la beauté de cette dernière, critère qui pourrait ravir le Marquis. Amour, désir, jalousie tels sont les maîtres mots de la suite des péripéties.

     

    Ce film nous plonge remarquablement dans le XVIIème siècle par deux aspects majoritairement : le costume et le langage. Pour ce dernier, le spectateur pourra savourer la délicatesse et la pertinence des dialogues tout en humour et en manipulation. En effet la parole est centrale dans le film. Elle est un outil pour faire avancer l'action mais elle permet aussi d'exprimer des sentiments qui ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Ainsi dans une grande partie du film le personnage de Mademoiselle de Joncquières incarné par la talentueuse Alice Isaaz ne parle quasiment pas mais c'est là un gage de sa sincérité, elle ne se corrompt pas par la parole.

     

    Ainsi par l'importance des mots et des dialogues, le film se rapprocherait presque d'une pièce de théâtre. Ce parallèle est notamment visible du point de vue technique : les plans-séquences font penser à des scènes tandis que les fondus au noir sont de magnifiques transitions tels des actes. Théâtre ici, aussi dans le mesure où si l'amour est le thème central du film, il prend la forme d'un marivaudage. Les paroles entre être et paraître tentent de faire jaillir l'expression du sentiment amoureux qu'il soit créateur ou dévastateur ; Madame de la Pommeraye étant au centre de ce langage faisant de ce personnage à la fois une femme forte quand elle parle et une femme sensible (et sans doute beaucoup plus sincère) quand elle se tait pour observer le marquis ou pour dialoguer avec sa meilleure amie et confidente interprétée par Laure Calamy.

     

    En adaptant un passage clé de l’œuvre de Diderot, Emmanuel Mouret nous plonge avec brio dans une histoire de cœur du XVIIIème siècle. Le spectateur peut s'attendre à beaucoup de rythme tant il veut connaître les péripéties mais toujours au service du langage : le véritable protagoniste de ce thriller amoureux !

     

    Ma note : 4/5

     

    Nathan Muller

     


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