• Perdu, au fond d'un lit, entre trois oreillers,
    Perdre, au fond d'une vie, entre quelques pensées,
    L'ocre du soir dans les fleurs du matin,
    L'encre de soi dans les traits d'un dessin.
     
    Commencer par la pluie qui coule sur le corps
    Comme le triste alcool dans l'ivrogne ivre mort,
    Effacer son visage avec les gouttes,
    Abîmer la feuille, mon corps, mes doutes.
     
    Tremper la plume encor dans l'abîme de soi,
    Blanchir la feuille morne de ternes éclats,
    Tailler du vide tiré du néant,
    Fixer ses larmes ; mourir par fragments.
     
    La plume délaissée, les papiers en morceaux,
    Les ruines de moi-même sous un soir nouveau,
    Dans les draps déchirés, en feu, en flammes,
    Renverser l'encrier ; je noie mon âme !
     
    - William Rouached, le 21/01

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  • Le masque sur le cœur pour étouffer hier,
    Le regard lourd de pleurs elle fixe son verre,
    Trop plein pour ramener ses pensées sur la Terre,
    Trop vide pour plonger et noyer ses enfers.
     
    Elle est seule, esseulée, dans ce corps un peu grand,
    Y est tout entière, veut y être autrement,
    Abandonner sa peau effacée par la pluie,
    Découvrir le ciel, vivre un fragment de sa vie.
     
    Des particules luisent, tombent dans ses yeux,
    Comme autant de gouttes de souvenirs heureux,
    Recouvrent le vieux bois que le temps a usé,
    Le même temps qui blesse referme les plaies.
     
    Elle fuit son reflet, signe de ce qu'elle a
    Laissé un jour derrière accroché à ses pas,
    L'ombre de quelque ami, délaissée quelque part,
    Le parfum de l'oubli qu'elle a humé trop tard.
     
    Son visage d'enfant découvre ses yeux d'ange,
    Elle aime leur beauté née d'une peine étrange,
    Doucement elle prend, pose sur ses paupières,
    Un masque de passé, un masque de poussière.
     
    William Rouached

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  • DJ

    Le ciel souverain libère quelque bise

    Qui touche mes cheveux, chasse mes idées grises

    La terre aime les cieux, les cieux l'aiment aussi,

    L'homme aime les nuages ; ils sont faits comme lui.


    Voyageur solitaire sans port ni attache,

    Au hasard des matins auxquels le ciel l'arrache,

    Porté par les bourrasques par-delà les mers,

    Il arpente les cieux, amarré sur la Terre.

     

    Libéré de lui-même, il est autre toujours,

    Son esprit et son corps de vastes carrefours

    Où viennent se loger les peines des rêveurs.

    Ses membres sont captifs, sa tête vagabonde,

    Il est las quelquefois de parcourir le monde,Sans patrie pour l'ancre, ni maison pour le cœur.

     

    William Rouached- Le 06/12


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  • Une statue dressée dans sa cage dorée

    Entre le ciel mourant et celui qui renaît,

    Comme un humble vestige d'une autre saison,

    Contemple l'horizon.


    Il n'a jamais été, mais il sera toujours,

    Entre le ciel mourant et celui qui renaît,

    Cet humble vestige, témoin d'un autre jour,

    Témoin d'un autre été.


    Contraste saisissant entre cet homme gris,

    Entre le ciel mourant, et celui qui renaît,

    Entre tous ces enfants et ce vieux roi sans vie,

    Muet parce qu'il sait.


    C'est la nuit qui revient, qui éteint la journée,

    Qui fait mourir le ciel ; le sien peut briller,

    Couronne de velours pour cet homme de pierre,

    Qui veille sur la Terre.
     

    William Rouached- Le 20/10, Café de Foy, Place Stanislas


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  • À trop vouloir aimer, l'on fatigue son cœur,

    Alors on le promène pour calmer ses pleurs,

    Sous de vertes colonnes que l'on ne voit guère,

    Arrête ! Écoute un temps le silence se taire:

     

    "Poète, je le sais, tu ne m'aperçus point,

    Mais ton cœur m'a parlé et prié avec soin

    De soulager ton âme et d'effacer ses peines,

    Donc soulage tes jambes bercé par un chêne.

     


    "Gardiens centenaires et parfois millénaires,

    Fidèles à notre herbe, au printemps, en hiver,

    On n'est point dangereux, pourtant on nous enferme,

    Mais enfin ! est-ce un crime de faire que germe,

    Au printemps, en hiver, sous un ciel bleu ou rose,

    En notre sein la sève, et à nos pieds la rose ?

    L'on respire notre air, et l'on dort à notre ombre,

    Puis l'on ferme nos grilles quand l'âme est moins sombre !


    Poète, tu t'en vas, mais raconte parfois,

    Sans alourdir ta plume, un quatrain suffira,

    Que même avec l'écorce on est chargé de peines,

    Autant que de feuillage, et on en parle à peine."

     

    William Rouached- Le 26/05, à la Pépinière


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