• Pourquoi Proust n'est pas (que) chiant ?

     

    Pourquoi Proust n'est pas (que) chiant ?

     

       On me le dit souvent avec verve « Mais Proust, en fait, c’est grave ennuyeux et c’est super lourd et patati et patata». Bon c’est vrai, je dois bien l’avouer parfois on peut vite avoir la tête ailleurs à la lecture de la Recherche du Temps Perdu. Mais Proust, je vous l’assure c’est bien plus profond, c’est une véritable expérience qu’il faut au moins essayer de découvrir un jour si vous portez la littérature dans votre cœur.

        Ainsi, à l’occasion du centenaire de son prix Goncourt pour le deuxième « volet » de la Recherche, j’ai nommé A l’ombre des jeunes filles en fleurs, je vais modestement essayer de vous faire changer d’avis en quelques points, et qui sait peut-être qu’un jour vous poserez votre Sodome et Gomorrhe sur votre table de nuit avant de fermer les paupières. (N’ayez crainte, je vais essayer d’être objectif !)

     

    1. Parce que la Recherche, c’est une Bible de philosophie

     Proust aborde les éléments qui font de l’existence humaine une chose fascinante et terrifiante : le temps évidemment qu’il soit perdu ou retrouvé, qu’il soit nostalgique et désirable, qu’il soit un dédale ou un instant critique. Mais Proust balaie aussi toutes les émotions de l’amour : la tendresse du narrateur pour sa mère, le désir dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs, la jalousie de Swann, le sadomasochisme du baron de Charlus. Proust c’est aussi une littérature qui convoque les autres arts : peinture, musique, opéra, art décoratif et art culinaire (et je ne pense pas qu’à la fameuse madeleine, je vous vois venir bande de petits filous…) Et oui, Marcel Proust ça creuse l’appétit. 

     

    2. Parce qu'il y a un tas de personnages

        Notre ami Wikipédia en recense 2 500. Pour les férus de personnages, vous serez ravis !  Mais il y a évidemment les incontournables : Swann (« J’irais bien refaire un tour du côté de chez Swann »),  la mystérieuse Albertine dont le narrateur tombe amoureux mais va ensuite douter de l’orientation sexuelle de la jeune fille, Charlus  un personnage plus qu’ambigu attiré par les jeunes garçons, Bergotte qui s’effondre devant un tableau de Vermeer ou encore Françoise la servante du narrateur inspirée de la véritable servante de Marcel, Céleste Albaret qui a d’ailleurs écrit un ouvrage sur ce dernier intitulé Monsieur Proust.

     

    3. Parce que l’incipit est le plus célèbre de la littérature française

        Bon d’accord sur ce point, Camus peut provoquer l’auteur à la moustache en duel avec l’aube de l’Etranger : « Aujourd’hui, maman est morte. » Mais on aime la douceur de cette phrase brève : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». L’œuvre débute dans une sorte de temps révolu qui n’est pas situable. C’est un temps flou et en même temps (sans jeu de mots), un temps intime, celui de la chambre, celui du lit, celui d’un état de transition entre l’éveil et le sommeil. N’est-ce pas le moment où nos souvenirs de la journée ou plus ou moins lointains surgissent, comme ça un par à un ou dans le tourbillon du désordre ? C’est un moment profondément intense de contact avec soi… le ton est donné, ça va envoyer du pâté.

     

    4. Parce qu’il a du style quoi le bonhomme !

        L’écriture de Proust est une plongée dans les méandres d’une mémoire à la conquête des souvenirs. Proust c’est un jongleur de verbes, c’est un architecte de subordonnées. Lire du Proust c’est se dire : « Livre, prends-moi sur ta barque, emmène-moi voyager dans les sinuosités de ton eau ! ».  Mais si la phrase proustienne est réputée interminable ce n’est pas tant pour s’adonner à un exercice de style que pour cerner le plus près possible le réel c’est-à-dire le mouvement, les sensations, les émotions et le désir. La phrase proustienne en somme se vit bien plus qu’elle ne se lit. Le corps entier est engagé. 

     

    5. Bah, parce que quoi !

    Au lieu d’accentuer cette liste, laissons parler le texte lui-même. Voici donc, un petit extrait du deuxième volet de la Recherche : A l’ombre des jeunes filles en fleurs

    « Si nous pensions que les yeux d'une telle fille ne sont qu'une brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de connaître et d'unir à nous sa vie. Mais nous sentons que ce qui luit dans ce disque réfléchissant n'est pas dû uniquement à sa composition matérielle ; que ce sont, inconnues de nous, les noires ombres des idées que cet être se fait, relativement aux gens et aux lieux qu'il connaît – pelouses des hippodromes, sable des chemins où, pédalant à travers champs et bois, m'eût entraîné cette petite péri, plus séduisante pour moi que celle du paradis persan, – les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des projets qu'elle forme ou qu'on a formés pour elle ; et surtout que c'est elle, avec ses désirs, ses sympathies, ses répulsions, son obscure et incessante volonté. »

     

     Nathan Muller

     

    Commentaire de La Rédaction :

         Cet article très instructif et enrichissant sur Proust et son oeuvre est également l'occasion de vous parler d'actualité culturelle en rapport avec le centenaire de son Prix Goncourt. La Rédaction vous invite donc à vous intéresser au Printemps Proustien qui se déroule du 11 au 19 mai et dont le point culminant sera le Salon du Livre de Chartres le week-end du 18 et 19 mai. Pour plus d'informations, suivez le lien!

    https://printempsproustien.fr/centenaire-prix-goncourt-marcel-proust/

     


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