• Monsieur & Madame Adelman par N. BedosTitre : Monsieur & Madame Adelman

    Réalisateur: Nicolas Bedos

    Année de sortie : 2017

    Durée : 2 heures

     

     De quoi ça parle ?

    Victor (Nicolas Bedos), un jeune écrivain voit sa vie basculer lorsqu'il rencontre Sarah (Doria Tillier), une étudiante en Lettres Classiques. Commence alors une relation mouvementée entre deux êtres amoureux de l'écriture et de l'humour (noir parfois). Histoire d'amour donc mais qui s'effectue dans un flash-back car la scène d'ouverture correspond à l'enterrement de Victor. Un jeune journaliste interroge alors la veuve sur son mari, Sarah devenant ainsi la narratrice de cette mystérieuse et passionnante relation d'amour de près d'un demi-siècle.

     

    Ma critique

    Sans être particulièrement fan de Nicolas Bedos et si l'intrigue à première vue semble on ne peut plus banale, le film est une très bonne surprise. Il parvient rapidement à conjuguer un humour décapent et une émotion intelligente. Ainsi, le rapport parents/enfants est par exemple très intéressant dans la mesure où il s'écarte complètement des façons de représenter les enfants dans les films. Mais je ne vous en dis pas plus. Quoi qu'il en soit il y a un regard critique qui se fait sur la société avec une dose d'humour magnifiquement contrôlée et cela se voit dans les dialogues écrits par Bedos lui-même qui sont d'une intelligence et d'une verve incroyable. En ce sens, en jouant un écrivain (fictif), la littérature est évident au premier plan de ce film mais là encore d'une manière originale qui parvient à associer humour et émotion en voulant reconstruire le parcours littéraire de Victor Adelman, de ses premiers romans, à la consécration du prix Goncourt jusqu'à l'entrée à l'Académie française.

     

    L'autre enjeu du film est celui de l'amour, de la relation entre Sarah et Victor. Cette relation est je trouve magnifiquement traitée avec un accent particulier sur la jalousie qui ferait rougir Charles Swann. Les va-et-vient, les soubresauts de la relation viennent enrichir le parcours d'écrivain de Victor où amour et écriture deviennent très vite indissociables.

     

    On ajoutera une prestation remarquable de Doria Tillier pour son premier grand rôle et des prestations convaincantes des acteurs secondaires comme Pierre Arditi qui fait une petite apparition dans le rôle du père de Victor.

     

    En somme, ce film est d'une véritable sagacité d'écriture. J'ai n'ai pas vu le temps passé et l'histoire de ce « tourbillon de la vie » pour reprendre la sublime chanson de Jeanne Moreau s'est écoulée avec beaucoup de finesse et de sincérité. Pour un premier film, Nicolas Bedos frappe donc très fort !

     

    Ma note :

    Monsieur & Madame Adelman par N. Bedos/5

     

    Nathan Muller


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  • Lettre à Hervé par Eric SaganTitre : Lettre à Hervé « 24 ans, la lettre de ma vie »

    Auteur : Eric Sagan

    Edition : 

    Nombre de pages : 112

     

     

    Pour parler de ce livre, il faut raconter l'histoire du livre lui-même.

     

    Il était une fois un garçon d'une vingtaine d'années. Qui tombe amoureux d'un mec. D'un mec hétéro. Rien de très original. Mais ce garçon se met en tête d'écrire une lettre. Dans cette lettre, il va raconter sa vie, son enfance, ses peurs, ses péripéties d'enfant normal, ou presque, péripéties touchantes, souvent drôles, parfois choquantes, toujours humaines. 

    Cette lettre il la donne à Hervé. Et il la donnera également plus tard à ses parents, en se rendant compte qu'il n'avait jamais rien écrit de mieux pour expliquer qu'il était différent.

    Des années passent. il reçoit alors l'appel d'un inconnu : le psychologue de son père. Il apprend que son père s'était lui aussi servi de cette fameuse lettre, pour parler de son fils sur le divan. Pourquoi ce psy avait-il appelé ? Pour demander l'autorisation de faire lire cette lettre à un autre patient, dont le fils était gay, lui aussi. Pour l'aider à accepter son fils. 

    Cette histoire, vraie, et d'autres événements de la vie, allaient finir par convaincre l'auteur de publier cette lettre, sous forme de fiction, en préservant l'authenticité de l'original. 

     

    Voici donc "Lettre à Hervé"

     

    Ma critique : Pour être honnête, je suis tombé dessus un peu par hasard, une publicité ou une image sur les réseaux sociaux, une note prise dans mon téléphone, du temps qui passe et enfin l'occasion de commander cette Lettre-livre. C'est fou comme un livre, une lettre authentique, que l'on écrit avec le courage d'une âme et d'un stylo endurant, dans toute sa sincérité simple et directe, peut nous ébranler et nous réparer simultanément.

    Dès la préface, les mots touchent, et dès que la matière brute de la déclaration s'impose à nous, on laisse la parole se poursuivre à son rythme, irrégulier, inexorable, addictif. Une parole d'autant plus forte que libérée de la peur du face à face, rassurée par la douceur et la bienveillance du papier :

    « Ce que je vais te raconter, j'aurais été incapable de le faire face à toi. C'est tellement plus simple de parler à du papier. C'est gentil le papier, ça absorbe l'encre, bien noire, gentiment, sans rien dire. Ça ne dit rien, ça accepte tout. »

    C'est une lecture qui fait énormément de bien. Il est possible, avec l'auteur, de se trouver des points communs, des divergences aussi. Mais ce qui peut, je pense, parler à tous, c'est cette faculté de l'auteur à nous montrer qu'un rien nous façonne et nous bouleverse, que les complexes sont chroniques et peuvent dans une certaine mesure nous conditionner, que la quête de soi et des autres est longue, parfois douloureuse, toujours pleine de rebondissements et de surprises, une faculté que l'on perçoit jusque dans les dernières phrases, une faculté indissociable du partage.

    En partageant une partie de son histoire et de sa vie, Éric Sagan m'a personnellement sorti de ma solitude. Le temps d'une lecture, je ne me suis pas méprisé, je me suis étudié et j'ai compris l'urgence d'être indulgent avec moi-même. J'ai compris que je n'étais pas anormal ni bizarre (enfin, pas sur tous les points) et que j'avais une place, même si c'est parfois difficile de l'occuper pleinement. Que j'étais comme les autres :

    « Comme tout le monde, une goutte d'eau dans l'océan. Comme tout le monde, un océan dans une goutte d'eau. Ni plus, ni moins, un type comme les autres. »

     

    Je pourrais en parler pendant des heures, sans m'arrêter. Je conseille ardemment ce livre, sa lecture sans a priori, une lecture aussi sincère que l'écriture, une lecture plus que nécessaire dans un monde où la différence peine à se faire accepter de tous et de toutes, où s'expliquer soi-même n'est jamais simple. Une livre qui tout en mettant en lumière le paradoxe de l'écriture, d'un côté libératrice et salvatrice, de l'autre réductrice de sens, parvient à le dépasser. Merci Éric Sagan.

    Guéric 

     

     

     


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  • Titre: Mon nom est rouge

    Auteur : Orhan Pamuk

    Edition : Folio Gallimard

    Nombre de pages : 726

     

    Résumé : Quand Black revient à Istanbul en 1591 après douze ans d'absence, il apprend que son oncle et une équipe de peintres miniaturistes travaillent à une commande secrète du sultan : un livre célébrant son règne. Mans quand l'un des peintres se fait assassiner, le secret devient de plus en plus difficile à garder et Black est chargé de mener l'enquête. Le peintre a-t-il été victime d'une rivalité professionnelle, amoureuse ou encore d'un crime de religion? 

    Ma critique : A première vie, Mon Nom est Rouge semble être un roman policier comme les autres. Pourtant, les douze narrateurs qui donnent leur point de vus sur les événements (parmi eux un cadavre ou encore une pièce de monnaie), en font un véritable mélange de styles et de genres. Tout en étant tenu en haleine par l'enquête et l'intrigue amoureuse, le lecteur est plongé dans l'univers fascinant de l'empire Ottoman du XVIe siècle et assiste à un débat philosophique sur l'art et sa fonction.

    Plus que les meurtres, c'est la confrontation entre l'Orient et l'Occident qui est au centre du sujet. J'ai particulièrement aimé les chapitres plus "historiques" dans lesquels l'auteur donne des informations sur la culture et les traditions islamiques en les comparant aux moeurs européennes. 

    Seul point négatif : quelques répétitions dues à l'aspect polyphonique du récit, mais dans l'ensemble il ne fait pas se laisser dissuader par le nombre de pages. 

     

    Ma citation : "une erreur qui ne provient pas d'un manque de maîtrise, mais émane de l'intérieur de l'âme de l'artiste, cesse d'être une erreur et devient un style."

     

     

    Ma note:

     

    Alexia


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  • Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de R. GiordanoTitre : Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

    Auteur : Raphaëlle Giordanno

    Année de parution : 2017

    Nombre de pages : 217


    La réputation de ce livre n’est plus à faire, mais pour les quelques récalcitrants qui seraient passés entre les mailles dur filet, voici une petite présentation !
    Dans ce romain de fiction, saupoudré de références autobiographique, l’auteur met en scène une jeune femme, Camille. Celle-ci est l’archétype de la femme d’aujourd’hui, elle vit avec son mari, et son fils, entretient des rapports conflictuels avec sa mère, et se croit tout de même épanouie, notamment à travers son travail pour lequel elle s’est battue.
    Camille semble tout avoir pour être heureuse, et pourtant, c’est simplement un soir où sa voiture la plante sur l’autoroute qu’elle décide de confier à un inconnu son mal de vivre. Cet inconnu ne va pas le rester longtemps, il deviendra son routinologue, l’homme qui va clairement changer sa vie, en lui apportant des conseils précieux pour améliorer son quotidien. Cela passera par des conseils dans sa manière de voir les choses, de se voir elle-même, d’appréhender sa vie de famille, son rôle de mère, la relation avec sa propre mère. Chaque progrès réalisé lui vaudra l’acquisition d’un lotus, délivré par son routinologue. Evidemment le récit ne fait que croître, et la fin est plus qu’admirable.
    Les points forts du livre: je suis une lectrice de 20 ans, fraîchement entrée dans la vie d’adulte, et ce livre m’a énormément rassurée sur les inquiétudes que l’on peut rencontrer à cette période. L’histoire n’est pas fantasque, son réalisme permet de l’appliquer à sa vie personnelle.
    Ce livre est le premier que j’ai mis dans ma valise pour Paris, c’est un fond de placard, un petit guide précieux pour les tous les jeunes, notamment les jeunes femmes un peu déroutées. D’ailleurs, l’auteur semble l’avoir imaginé ainsi puisque nous pouvons trouver à la fin du livre, un récapitulatif de tous les conseils qui y ont été prodigués.
    Le livre se lit très vite, on y est plongée et tenu en haleine, de plus il est écrit dans un Français dynamique, moderne, il a du rythme, vraiment on ne s’ennuie pas une seconde! J’attendais d’ailleurs le deuxième ouvrage de l’auteur avec impatience !

     

    Max


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  • Marvin ou la belle éducation, Anne FontainTitre : Marvin ou la belle éducation

    Réalisateur : Anne Fontaine

    Date de sortie : 22 novembre 2017

    Durée : 1h53min

     

    Synopsis (AllôCiné) :Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l'intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l'exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s'est quand même trouvé des alliés. D'abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l'encouragera à raconter sur scène toute son histoire.

    Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.

     

    Ma critique :

    « Ce n'est pas ce qu'on est qui compte, c'est ce qui est au fond de nous. »

    Tels sont les mots prononcés par l'angélique Madeleine Clément au jeune Marvin, joué par le talentueux Finnegan Oldfield. Ils paraissent simplets, ces mots, mais ils font tellement de bien, à l'instar du film d'Anne Fontaine, lui-même inspiré d'En finir avec Eddy Bellegueule, le roman autobiographique d’Edouard Louis, paru en 2014.

    Les plus amers avanceront que ce film est bourré d'attendus, et que si l'émotion est présente, elle est surtout évidente. Il n'empêche que la force de ce film est immense. Le théâtre se fait à la fois échappatoire pour Marvin, décor, composante du film et même essence de celui-ci, avec des plans remarquables pris lors du seul-en-scène ou même dans la petite maison des Bijou. Le rythme rendu dynamique par les flash-backs permanents nous porte de bout en bout, en même qu'il fait état de ruptures et de continuités dans la vie de Marvin.

    Les thématiques (identité, homosexualité, milieu social, création théâtrale, recul sociologique ...) se mêlent, s'entrechoquent. Cette effervescence traduit la complexité de la recherche de son identité lorsque l'on est pris entre les tensions, les clivages sociaux, les ambitions, les humiliations, les peurs de la vie, l'appréhension du regard lancé et du regard reçu.

    Cela fait quelques mois que j'ai vu le film. Si la précision des images et des dialogues s'est effritée dans mon esprit, l'effet que me procura ce film continue de parcourir mon échine, quand j'ai besoin de me sentir compris, de m'identifier, d'espérer.

    Marvin, c'est une claque et le profond vertige de soi.

    Compassion, identification relative.

    Comprendre le regard, l'âme, pleurer sans larmes. ‬
    ‪Marvin ou comment s'écrire, (sur)vivre, briller.

    Belle éducation et magnifique ascension d'un transfuge amoché, rafistolé, émancipé.
    Marvin, se chercher, se trouver, retrouver, se chercher encore ...

     

    Ma note: 

    Marvin ou la belle éducation, Anne Fontaine/5

    Guéric

     


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