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    Saga de Tonino Benacquista

    @mmuse 

    Titre : Saga

    Auteur : Tonino Benacquista

    Publication : 1999

    Edition : Gallimard

    Collection : Folio

    Nombre de pages : 448

     

    Mon avis : 

     

    C'est l'histoire de Marco, Jérôme, Louis et Mathilde, quatre personnages qui ne se connaissent pas et qui n'ont rien en commun mais qui sont recrutés pour écrire un feuilleton qui doit passer à la télé à quatre heures du matin et dont le titre est "Saga". A première vue, l’histoire n’a pas l’air formidable me direz-vous… et pourtant ! Les personnages n’ont qu’une seule règle : leur production doit coûter le moins cher possible. Et comme personne ne regarde la télé en plein milieu de la nuit, autant se faire plaisir en écrivant le scénario… On se laisse emporter par la plume de l’auteur, par les techniques narratives employées, par sa façon de décrire les personnages et de les mettre en scène. Mettre en scène, justement : le roman entier repose sur cette problématique. Parce que Saga ne fait pas que nous parler de cinéma : son écriture même se trouve influencée par le septième art. Cela en fait un roman très visuel, et très prenant aussi. Par le scénario que les personnages écrivent, on joue sur la mise en abyme, aboutissant à un scénario dans le scénario… et la fiction déborde peu à peu sur la réalité. Si vous aimez les personnages qui décadrent un peu, qui étonnent, qui sont aussi entiers que fascinants, vous ne pourrez pas lâcher Saga : on a l’impression de les rencontrer en personne et on est un peu (très) triste de refermer le livre lorsqu’on l’a terminé. Un roman unique, surprenant, ingénieux, qui vous fera une expérience à part entière. Je le recommande vivement ! 

     

    Extraits :

     

    « - Il y a deux manières de faire passer une histoire peu crédible : le détail réaliste ou la surenchère.

    - ...?

    - Si, par exemple, tu me racontes qu'un jour tu as dîné avec Jean Gabin, je ne te croirai pas. Mais si tu me racontes que tu as dîné avec Jean Gabin, qu'il a commandé une truite aux amandes, qu'il a mis toutes les amandes de côté parce qu'il n'aimait pas ça, et que tu les as picorées une à une sur le rebord de son assiette, ça ne peut être que vrai. Ça c'est le détail réaliste. Mais dans une urgence comme la tienne, j'essaierais plutôt la surenchère.

    - Vas-y.

    - Le meilleur moyen de crédibiliser un événement hors du commun, c'est de le coupler avec un second encore plus étonnant. Si tu arrives au bureau en disant que ton RER a failli dérailler et coûter la vie à tout le wagon, ce n'est pas sûr qu'on te croie. Mais si tu racontes que ton RER a failli dérailler et coûter la vie à tout le wagon, que le trafic a été interrompu, que tu as trouvé un taxi, mais qu'au moment où tu pensais être tirée d'affaire, le taxi a embouti la bagnole d'un fou qui a cassé la gueule de ton chauffeur en pleine rue, jusqu'à ce qu'un flic arrive. Là on te prend pour une miraculée. »

     

     

    « L'interdit n'est pas forcément une faute, ni le courage de la faire. L'interdit c'est... c'est faire un geste libre, tout simplement. Un geste qui n'est dicté par aucun code, aucune revendication, aucune revanche.

    Un geste libre, c'est...

    Jeter un violon par la fenêtre dans la quiétude du soir. Psalmodier dans une langue inconnue devant un miroir. Casser paisiblement des verres à pied tout en fumant un énorme cigare. Porter un chapeau grotesque et agir comme s'il était invisible.

    En somme, risquer de passer pour un dingue aux yeux des autres. Enterrer du même coup le rationnel, le bon goût et la norme. Tout le monde sur cette terre a envie de faire un geste totalement absurde qui n'obéit à aucune logique. Il suffit de trouver celui qui est propre à chacun. »

     

    Jeanne 

     

     


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  • Dumbo ; Tim Burton (2019) 1h52

     

    Volez avec Dumbo de Tim Burton !

     

    J’attendais avec impatience la sortie de ce film pour deux raisons très simples : Dumbo est un chef-d’œuvre du cinéma d’animation et j’admire le travail de Tim Burton. Ainsi cet alliage de l’éléphant tout « choupi » à la sauce burtonienne me semblait sur le papier un projet alléchant (pour ne pas dire excitant), et une bonne occasion somme toute de retomber en enfance ! 

     

    L’histoire est un peu différente du dessin animé original. Elle raconte l’histoire d’un père de deux enfants, interprété par Colin Farrell qui revient mutilé d’un bras après la Grande Guerre et qui doit s’occuper de Dumbo, jeune éléphant séparé de sa mère ; éléphant à deux originalités : ses grandes oreilles et sa faculté de voler.

     

    Malheureusement la magie n’a pas totalement opéré. En effet, le film débute de façon très maladroite et ceci dès la première demi-heure qui est globalement décevante, trop convenue et parfois lente. Techniquement aussi l’usage du fond vert est très discutable.

     

    Mais heureusement, la première demi-heure passée le film gagne en qualité narrative et esthétique, en réalité ce moment intervient dès qu’est introduit le personnage de Vandemere, caricature capitaliste et promoteur d’un gigantesque parc d’attraction qui va évidemment tout faire pour s’accaparer notre Dumbo tout mignon et interprété par un impeccable Michael Keaton que Tim Burton retrouve après Beetlejuice et Batman. Le film devient alors un véritable spectacle et l’on en prend plein les yeux. Ce ne sont plus seulement les vols de Dumbo qui attirent le regard mais aussi ce parc d’attraction grandiose et futuriste (pour un film qui se déroule en 1919) entre Disneyland et Luna Park. Toute la dimension d’attraction est très bien exploitée par Burton : spectacles, projecteurs, manèges de foires lunaires qui ne sont pas sans rappeler les trucages des films de Georges Méliès… D’ailleurs ce n’est pas anodin que l’œil de Dumbo est énormément sollicité dans le film, parfois le réalisateur adopte même une caméra subjective qui nous fait rentrer dans la vision du pachyderme volant. La vision, le spectaculaire et l’ostentation sont donc au centre du film et atteignent l’apothéose dans ce qui est pour moi la meilleure scène du film, c’est-à-dire l’adaptation de la fameuse scène des éléphants roses du film original qui nous avait tant terrifié. Petit teaser : après avoir vu cette scène, vous ne verrez plus jamais les bulles de savon de la même manière. Le nostalgique du dessin animé comme moi, aura également plaisir à voir quelques petits clins d’œil comme la reprise et modernisation de thèmes musicaux par le fidèle associé de Burton, j’ai nommé Danny Elfman. Ainsi on ne peut avoir qu’un petit frisson quand Danny DeVito entonne subtilement « Le Train du Bonheur » ou à la vue des goodies peluches à l’effigie de l’éléphant que possèdent les petits enfants dans les gradins.

     

    C’est vraiment toute la partie (heureusement la plus importante du film) qui se déroule dans le parc d’attraction Dreamland qui est la plus intéressante. En plus de sa magie visuelle, elle est aussi très critique envers une société du spectacle uniquement avide d’argent et d’investissements. Mais malheureusement le début et la fin du film (hormis la scène du retour au cirque des « origines » très réussie et métadiscursive car elle interroge le cinéma lui-même) ternissent un peu cette magie.

     

    Reste à savoir où est la patte de Tim Burton dans ce film ?  Beaucoup ont dit qu’elle était absente or certains thèmes sont très burtoniens comme la famille, l’exclusion et la solitude ou encore cette fameuse notion de spectacle ; d’ailleurs on retrouve l’excellent Danny DeVito en Monsieur Loyal, fonction qu’il assurait déjà dans le très bon Big Fish il y a 15 ans. De plus il y a un certain esthétisme propre à Burton certes moins prononcé que l’ensemble de son œuvre mais tout de même bien présent comme le train, l’univers des freaks ou l’attraction de l’île horrifique.  Dumbo a donc tout d’un personnage burtonien.

     

    Ce Dumbo tant attendu est en somme esthétiquement très beau à l’image des magnifiques costumes d’Eva Green et des décors de l’univers d’un parc d’attraction très lumineux (mais parfois dark aussi).  En revanche le scénario est un peu plus mitigé et on aurait aimé un peu plus de complexité et d’ambiguïté dans son écriture. Mais bon, cela est peut-être dû au fait que malgré que je me considère toujours comme un enfant, je suis un enfant plus grand que celui qui s’émerveillait et pleurait dans l’histoire dure et difficile du dessin animé original. Mais, ne vous en faites pas, vous trouverez quand même de quoi vous émerveillez, alors n’oubliez pas les mouchoirs dans la poche pour essuyer les éventuelles petites larmes… Quant à moi, je vais essayer de trouver une peluche Dumbo pour poursuivre la magie et oublier la dernière scène un peu « too much ».

                                                                                                                   

    Nathan Muller


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  • Les Mots de Jean-Paul Sartre

     

    Titre : Les Mots

    Auteur : Jean-Paul SARTRE

    Nombre de pages : 206

    Date de publication : 1964

     

    RÉSUMÉ 

     

    Dans cette autobigraphie, Jean-Paul Sartre nous explique d’où il vient. Qui sont ses parents, ses grands- parents, ses arrière-grands-parents même. Il nous explique comment ces personnes ont fait de lui l’auteur qu’il est devenu. Mais aussi comment enfant, il voyait le monde, et parfois aussi comment il se voyait, lui. Le récit est divisé en deux parties, Lire et Ecrire, deux aspects qui ont très rapidement fait partie de son quotidien grâce à l’engagement de tous ces proches pour faire de lui une personne exceptionnelle dès son plus jeune âge. Son grand-père Karl, qui voyait en lui un petit prodige, mais également sa mère Anne-Marie, qui a toujours tout fait pour rendre son existence la plus belle possible.

    Cette oeuvre est aussi l’occasion de raconter son premier contact avec sa future profession, ses tentatives d’intégrer l’école et ses échecs aussi, ses déceptions.

     

    MA CRITIQUE

     

    Cette oeuvre est pour moi une porte d’entrée dans la littérature de Jean-Paul Sartre, et elle très prometteuse. J’ai trouvé ce récit très touchant, et particulièrement agréable à lire, dans la façon dont il était romancé.
    Les premières années de sa vie sont absolument passionnante. Rien n’est laissé au hasard, toutes les personnes qui l’entouraient, leurs habitudes, ses lectures, l’intérieur de sa maison, bref, tout y est décrypté, et l’ensemble de cette famille si singulière en devient très attachante.

    Je savais que Jean-Paul Sartre n’était pas n’importe qui, et cette oeuvre me le confirme.
    Il était aussi intéressant de voir en cette autobiographie une revisite de ce genre traditionnel, car Jean-Paul Sartre y brise le traditionnel récit d’une chronologie.

     

    CITATIONS

     

    Lire

    p. 26 : "Charles combattait l’angoisse par l’extase. Il admirait en moi l’oeuvre admirable de la terre pour se persuader que tout est bon, même notre fin est miteuse."


    p. 30 : "C’était le paradis. Chaque matin, je m’éveillais dans une stupeur de joie, admirant la chance folle qui m’avait fait naître dans la famille la plus unie dans le plus beau pays du monde."

     

    p. 39 : "Je fus préparé de bonne heure à traiter le professorat comme un sacerdoce et la littérature comme une passion."


    p. 42 : "La bibliothèque, c’était comme le monde pris dans un miroir."

     

    Écrire

    p. 131 : "Le métier d’écrire m’apparut comme une activité de grande personne si lourdement sérieuse, si futile, et dans le fond, si dépourvue d’intérêt que je ne doutais pas un instant qu’elle me fût réservée."

     

    Pauline P.


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  • La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose Diane Ducret

    ©Pauline P

    313 pages

     

    RESUME

    Dans ce roman nous suivons le personnage d’Enaid. L’histoire commence au présent, alors que la jeune femme apprend que son amant du moment la quitte. Ce nouvel incident sera l’occasion pour la narratrice de raconter toute l’histoire de cette jeune femme. De son abandon à sa naissance par sa mère, de son éducation stricte et traditionnelle par ses grands-parents obsédés par l’idée qu’elle ne risque de devenir comme sa génitrice.

    Nous nous rendons compte rapidement que l’incompréhension des siens, la solitude l’ont menée dans des situations plus que périlleuses. Faisant d’elle un petit flamant rose, une adulte certes debout, mais tout de même claudiquante.

     

    CRITIQUE

    Le titre de ce livre m’avait tapé dans l’oeil depuis plusieurs mois. À l’occasion du salon du livre, hop, je l’ai acheté, enfin !
    Je ne m’attendais pas à une telle histoire. Je n’avais plus l’habitude de lire des romans avec des issues et des atmosphères aussi noires, et glauques. En effet, l’histoire d’Enaid pourrait faire l’objet d’une longue psychanalyse.

    J’ai ressenti beaucoup de compassion pour l’enfant du roman, celle qui n’a pas été entendue, celle que l’on a pas écoutée alors que son histoire promettait déjà d’être compliquée avant même d’avoir commencé.

    Ce qui me chagrine c’est que le roman ne permet pas d’ouverture, il ne laisse pas de place à un mieux, il ne donne pas d’espoir aux lecteurs, chose à laquelle je m’étais habituée avec mes habituelles lectures de développement personnel où tout est bien qui finit bien.

    Une fois que j’ai compris que ce ne serait pas un roman qui me donnerait le sourire, j’ai commencé à l’apprécier.
    Nous suivons l’évolution d’une petite fille, école, activités extra-scolaires, première fois, rencontre amoureuse, déménagement, études, tout y est. Et tout est teinté de cette même marque noire. En effet, les erreurs des adultes responsables, la manque d’écoute, l’errance du personnage la mène

    toujours dans des situations plus risquées, ou elle ne prend pas la mesure de sa valeur.
    Une fois adulte, cette enfant continue le même schéma, drogue, partenaire violent et douteux. La loi du Murphy (tout ce qui est susceptible de mal tourner tourne mal) semble être sa doctrine.

    Mais le roman ne se contente pas de montrer, à certaines occasions, il donne des explications. L’enfant qui voyait sa mère comme une star comprend en grandissant qu’elle se prostituait à Pigalle, elle comprend aussi que l’abandon à la naissance est une habitude familiale.

    Ne vous fiez pas à ce titre enjôleur et à cette couleur rose si joviale et douce en première de couverture.

    Ce roman est une petite perle, Enaid est attachante, il est difficile de la quitter à la fin du roman, vous verrez !

     

    PAULINE P


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  • Tu comprendras quand tu seras plus grande, Virginie Grimaldi

    ©Pauline P

    473 pages

     

    RÉSUMÉ

    Julia, 31 ans, se réfugie dans le Sud de la France, après une succession de drames personnels.
    Dans sa fuite, elle accepte le post de psychologue, dans une maison de retraite, les Tamaris.

    Là-bas, une année s’écoulera.
    Malgré ses réticences, les moments passés là-bas bouleverseront la jeune femme. Ses angoisses, ses peurs, ses doutes, tout sera remis en question par ses échanges avec les résidents de cette maison de retraite. Tous plus attachants les uns que les autres. Cette expérience la fera évoluer, sans doute de la plus belle des manières.

     

    MA CRITIQUE

    Virginie Grimaldi parvient, une seconde fois, à toucher juste.
    On ne peut, je pense, rester insensible aux aventures de Julia, ses souffrances et ses traumatismes, mais aussi ses doutes, et ses joies, bien sûr.

    J’ai particulièrement aimé cette rencontre, ou plutôt ce choc des générations qui a eu lieu au sein des Tamaris.
    Quoi de mieux, pour remettre les choses à leur place, qu’un séjour avec des personnes âgées. Certaines parviennent à faire de cette période de la vie un moment doux et serein, d’autres apprennent aussi à y allier la maladie et les regrets à la douceur de vivre qu’apporte l’expérience du temps.

    En tout cas, le message est à mes yeux merveilleux, et à nouveau très relativiste. Virginie Grimaldi angle ses romans vers le développement personnel, et le cas de Julia n’était franchement pas bien parti, pourtant au cours des chapitres, elle progresse et apprend, ce qui fait extrêmement de bien.

    Les personnages sont tous criant de vérité, ce pourquoi je les trouve vraiment touchants.
    Cela paraîtra sans doute étrange à certains d’entre vous, mais je n’ai pu m’empêcher de verser une petite larme, parfois, car à nouveau, certaines situations raisonnent en moi.

    Grimaldi nous parle des choses de la vie, de choses qui ne font parfois pas plaisir à entendre, et que l’on rend tabou. Pourtant, il y a encore tant à apprendre. Perdre un proche, en faire le deuil, aimer après avoir souffert, ces choses là ne

    s’apprennent pas dans les livres, mais cette auteure là a ouvert la voie.
    Comme dans le reste de ses romans, Grimaldi injecte dans son écriture une pointe de candeur, d’ironie et d’humour qui pimentent ma lecture, et la rendent encore plus agréable !

    Je recommande ce roman à tout le monde, pour la leçon de vie qu’il pourrait vous donner, si vous êtes prêts à la recevoir !


    PAULINE P

     

    CITATION

    “La vieillesse a été inventée pour se détacher de la vie“ p.98


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