• L'Âge d'Or, Feydaux

     

    Première représentation : 1905
    Où et quand voir la pièce : Théâtre Nesle jusqu’au 27 avril 2019

     

    RÉSUMÉ :

     

    Follentin, aristocrate et père de famille du début du XXème siècle rencontre beaucoup de difficultés. Il vient d’hériter d’une forte somme d’argent, pourtant les difficultés ne cessent de s’accumuler sur son chemin.
    Un soir, trop angoissé, il s’endort alors que sa fille lui lit 
    la Reine Margot, de Dumas.

    Il se réveille alors au XVIe siècle, persuadé d’être fait pour vivre à cette époque.
    Son voyage dans le temps ne s’arrêtera pas là, et, durant ce périple à travers les siècles, le destin ne cessera de le soumettre à des épreuves qui le feront plusieurs fois risquer sa vie, à lui et à sa famille.

     

    MA CRITIQUE :

     

    Lorsque vous voyez cette pièce sans savoir qu’elle a été écrite en 1900, il est très difficile de se mettre dedans, vraiment.
    J’ai été la voir avec un ami, et nous nous sommes de nombreuses fois regardé en se disant que vraiment ça ne prenait pas.

    Pourtant, les situations comiques ne manquent pas. Le concept de l’histoire en lui-même est aussi une belle tentative. Nous nous retrouvons plongé, de manière humoristique, dans des moments clés de l’histoire en suivant les mésaventures du personnage de Follentin.
    De la Reine Margot à l’an 2000, en passant par la marquise de Pompadour, Follentin et les siens ne cesseront d’être mis dans des situations plus improbables les unes que les autres.

    Ce côté « merveilleux » de l’histoire est cependant difficile à accepter pour le public. La petite troupe qui se partageait les rôles au théâtre Nesle y a mis beaucoup du sien, mais les traits des personnages étaient à mon goût exagérément stéréotypés pour certains. Les aristocrates prenaient ainsi tous un ton suffisant et une voix chantante devenant vite insupportable, comme Henri IV ou Louis XV.

    Difficile aussi de comprendre les choix de mise en scène quant à la représentation des années 2000. La pièce a certes été écrite presque un siècle auparavant, mais la représentation elle , et bel et bien actuelle. Alors peut-être serait-il possible de rendre les costumes et les accessoires des personnages un peu moins “faussement futuristes“, sachant que nous sommes en 2019 ?

    Heureusement, l’investissement des acteurs été vraiment beau à voir. L’actrice de Marthe était formidable dans le rôle de la jeune femme bien décidée à arriver à ses fins, dans le respect des siens malgré tout, tout comme sa mère, Caroline.
    L’acteur du frère de le Reine Margot était lui aussi à mourir de rire, dans le style du fils à maman tout aussi colérique et pervers qu’impuissant.

    Il ne manque pas grand chose à cette pièce pour qu’elle plaise au plus grand nombre. J’aurais aimé entrer plus vite dans l’histoire, comprendre plus rapidement qui était qui, qui avait avait quoi comme problèmes.
    Ce genre de découverte reste cependant une belle expérience !

     

    PAULINE P


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  • Le premier jour du reste de ma vie, Virginie Grimaldi

     

    Le premier jour du reste de ma vie, Virginie Grimaldi

    Nombre de pages : 331
    Date de parution : 2018

     

    RÉSUMÉ :

     

    Trois femmes d’âges et de caractères différents, Marie, Camille et Anne, se retrouvent pour des raisons totalement différentes sur la même croisière intitulée Tour du Monde en solitaire.
    Ces dernières sont à des périodes charnières de leur existence, ce pourquoi elles embarquent toutes trois sur cet immense paquebot, bien décidé à se retrouver en tête à tête avec elles-mêmes.

    Pourtant l’amitié sera plus forte, et elles se soutiendront toutes les trois pour trouver des solutions à leur problématique, et enfin arriver au Premier jour du reste de leur vie.

     

    MA CRITIQUE :

     

    J’ai adoré ce roman, qui traite lui aussi du thème du développement personnel, qui m’intéresse énormément. Au delà de l’histoire, que j’ai trouvée délicieuse, notamment parce que j’y ai vu une identification totale avec l’une des personnage, j’ai trouvé que l’écriture était parfaite, qu’elle soutenait parfaitement cette histoire, pourtant simplissime.

    Je ne connaissais pas Grimaldi, mais j’aime sa vivacité. Ses chapitres sont courts, on en s’ennuie pas.
    Le visuel est omniprésent dans son histoire. Les images que l’on s’imagine sont pétillantes, et surtout qu’est- ce que l’on rit ! Cette écriture est aussi pleine de sarcasmes, d’humour.
    Le fait que 3 femmes, une jeune, une Quadra et une sexagénaire partagent le premier rôle pour des raisons totalement différentes, arrivent à se soutenir malgré leur parcours totalement différents est astucieux ! Aucune lectrice ne peut être laissée sur le bas-côté !
    Je recommande à 100%, pour les trajets en train, pour faire passer le temps plus vite, ce livre est parfait !

     

    PAULINE P


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  • Ma Reine, Jean-Baptiste Andrea

     

    Titre : Ma reine 

    Auteur : Jean-Baptiste Andrea (réalisateur et scénariste né en 1971)

    Date de publication : 30 août 2017 (aux éditions L’Iconoclaste) 

    Édition lue : Folio Gallimard 

    Nombre de pages : 222

    Distinctions : Prix du Premier roman 2017, Prix Femina des Lycéens 2017 ...

     

    Résumé de la quatrième de couverture :

     

    Été 1965. Shell s’enfuit de la station-service où il a grandi avec ses parents. Sur le plateau qui surplombe la vallée de l’Asse, seuls se déploient le silence et les odeurs du maquis. Une fille, comme un souffle, vient à sa rencontre. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai. Dans l’univers fulgurant de Viviane, Shell ne se sent plus différent. Alors par jeu, par amour, il lui obéit, sans s’apercevoir que son dévouement le conduit bien au-delà de ce qu’il avait imaginé. 

     

    Critique :

     

    Ma critique, c’est plutôt le récit d’une revanche : celle de ce livre et de cette puissante histoire sur mes réticences hâtives. Car malgré les louanges qu’en avait faites une amie, j’ai été un peu rebuté par le caractère en apparence simpliste de l’écriture, d’une intrigue qui ne sait pas où elle va au premier abord … puis j’ai compris. Il ne s’agit pas d’écrire « comme » un enfant « particulier », mais d’aller jusqu’à adopter sa vision du monde, pure, poétique, si clairement dessinée qu’on se demande comment nous n’avons pas pu voir tout cela avant. La façon qu’a Shell de se confronter et d’évoluer dans un monde qui le met à l’écart, de se créer son propre monde avec « de nouveaux yeux » comme aurait dit Marcel Proust. Ce monde créé n’étant pas dissocié de la nature environnante, des êtres et des choses, en témoignent les nombreux passages qui dépeignent la vallée de l’Asse en Province-Alpes-Côte d’Azur, tantôt comme un foyer chéri, tantôt comme un ailleurs rêvé.

    En fin de compte, l’intrigue n’est qu’un prétexte à l’élaboration de l’enfant poète, transi d’amour et d’univers, incapable de voir ce qui l’entoure autrement que dépouillé des artifices sociaux et humains, et ramené à une essence visuelle et sensitive ; Shell voit par tableaux sans le savoir, et Viviane (dont on ne saurait manquer la comparaison avec la Fée Viviane de Merlin, autrement dit la Dame du Lac) est son ultime muse. Son histoire est celle de la naissance d’un artiste, de sa consomption qui l’amène finalement qu’à ne faire qu’un avec ses sens, abolit toute frontière entre ses yeux, son corps et ses mots.

     

    Citations 

     

    « Grâce à Viviane j’étais devenu immense, j’avais touché le ciel d’une main et la terre de l’autre. Le monde avait retrouvé sa reine et c’était grâce à moi. »

     

    « Le soleil s’est levé, poussant un de ces vents chauds qui font parfois croire que l’été revient. Il ne revient jamais. Finalement toutes les saisons mentent. »

     

    « Elle était tellement belle que j’avais envie de me glisser dans sa peau et de devenir elle pour savoir ce que c’était. Puis j’ai pensé que je ne pourrais plus la voir si j’étais dans sa peau, sauf dans un miroir, et que ce serait peut-être mieux si c’était elle qui se glissait dans ma peau à moi. Je ne pourrais pas la voir non plus mais au moins, je pourrais l’emmener partout. »

     

    Guéric


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  • Meursault contre-enquête, Kamel Daoud

     

    Titre : Meursault contre-enquête

    Auteur : Kamel Daoud

    Distinction : Prix Goncourt 2015

    Édition : Actes Sud

    Nombre de pages : 155

     

    RÉSUMÉ :

    70 ans après L’ Etranger, d’Albert Camus, où le personnage principal commet un meurtre sur la personne de “l’arabe“, ainsi nommé dans le roman, le frère de la victime décide de raconter son histoire.
    Cet “arabe“ s’appelait Moussa, et sa mort a signé le début d’une longue errance pour son frère, et sa mère. Cette dernière ne cessera de mener l’enquête, dans les villages, à la rencontre des gens, cherchant désespérément des témoins de la scène durant laquelle son fils perd la vie. Cette mère, illettrée et incapable de donner à son fils restant le sentiment d’être aimé, exigera de lui, sans jamais le prononcer clairement, qu’il incarne son frère décédé.

    Ce petit garçon, perdu et laissé pour compte deviendra un homme sans repère. Une fois adulte, l’ombre de Moussa continuera de le pourchasser, tout comme la nostalgie de sa mère.
    Il finira d’ailleurs ivrogne et meurtrier, exactement comme Meursault.

    Cette autobiographie, fictive, avec pour toile de fond, une Algérie fraîchement libérée, permet une introspection, sur l’amour, la mort, les mots, la cultures, mais aussi la religion.
    Les symboles y sont nombreux, et particulièrement intéressants à décrypter, surtout si l'on a lu 
    L’Étranger.

     

    MA CRITIQUE :

     

    J’avais eu ce livre en cadeau d’une amie, lors de notre année de première. J’avais alors découvert la littérature de Camus, et son roman l’Etranger, qui reste à mes yeux un pur chef d’oeuvre.
    Meursault contre-enquête (MCE) était un moyen de faire durer le plaisir.
    Et je n’ai pas été déçue.

    Du point de vue purement stylistique, j’ai trouvé que l’écriture de Kamel Daoud était assez mystérieuse. J’aime les auteurs qui parviennent à garder une distance entre les paroles des personnages et les personnages eux-mêmes. Malgré un récit à la première personne, le ton est lent et réfléchit. Une véritable introspection en somme.

    D’autre part, pour avoir lu le roman de Camus, j’ai trouvé la ressemblance entre les deux personnages principaux fascinante. Tous deux cherchent un sens à leur vie. Ils boient plus que de raisons, les deux hommes sont sans attaches, pas de familles, pas d’amis, pas de femmes ou d’enfants. De brèves allusions à leur situation professionnelle mais rien de très probant. D’autres part, nombreuses sont les scènes miroirs entre les deux romans : le bar, dans lequel le personnage de MCE se soûle et l’asile dans lequel vivait la mère de Meursault. Le crime de Meursault en plein jour, celui dans MCE en pleine nuit. Aussi la référence directe dès la première phrase du roman. “Aujourd’hui M’ma est encore vivante“, ou encore les nombreuses répétions de la phrase “Etrange histoire, non ? “, qui fait référence au titre du roman source L’Etranger.

    Les nombreuses répétitions du terme “M’ma“, traduction de l’obsession que le personnage ressentait pour cette femme qui l’a pourtant si peu aimé, contrairement à l’Étranger où cette femme meurt des à la première ligne, ne laissant pas au lecteur le temps de s’y attacher.
    En bref, une écriture magnifique, une toile de fond mystique et fascinante et une histoire touchante, je recommande à 100% !

     

    EXTRAITS :


    « Les gens en parlent encore, mais n’évoquent qu’un seul mort-sans honte voix-tu, alors qu’il y en avait deux, de morts. Oui, deux. Le premier savait raconter, au point qu’il a réussi à faire oublier son crime, alors que le second était un pauvre illettré que Dieu a créé uniquement, semble-t-il, pour qu’il reçoive une balle et retourne à la poussière, un anonyme qui n’a même pas eu le temps d’avoir un prénom. » p.11
    « Oui, Alger, dans ma mémoire, est une créature sale, corrompue, voleuse d’hommes, traîtresse et sombre. » p.22

     

    « Ce bar me rappelle parfois l’asile de la mère de ton Meursault : même silence, même vieillissement discret et même rites de fin de vie. » p.36
    « Etrange histoire tout de même. C’est ton héros qui tue, c’est moi qui éprouve de la culpabilité. C’est moi qui suis condamné à l’errance. »p.57

    « La religion est pour moi un transport collectif que je ne prends pas. J’aime aller vers ce dieu, à pied s’il le faut, mais pas en voyage organisé. » p.76
    « J’ai tué pendant la nuit et, depuis, j’ai son immensité pour complice. » p.99
    « Je me sentais profondément libre dans ma cellule, sans M’ma ni Moussa. » p.114

    « La mort, aux premiers jours de l’indépendance, était aussi gratuite, absurde et inattendue qu’elle l’avait été sur une plage ensoleillée. » p.115
    « Un chef d’oeuvre, l’ami. Un miroir tendu à mon âme et à ce que j’allais devenir dans ce pays, entre Allah et l’ennui. »

    PAULINE P

     


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  • La Guerre de Troie n'aura pas lieu

    (Dessin de Louradour)

     

    Titre : La Guerre de Troie n'aura pas lieu (texte intégral)

    Auteur-dramaturge : Jean Giraudoux (1882-1944)

    Date de parution : 1935

    Édition lue : Le Livre de Poche

    Nombre de pages : 187

    Pièce représentée pour la première fois le 21 novembre 1935 au Théâtre de l'Athénée (Paris) dans une mise en scène de Louis Jouvet (1887-1951)

     

    Résumé de la quatrième de couverture

     

    « La guerre de Troie n'aura pas lieu », dit Andromaque quand le rideau s'ouvre sur la cour du palais de Priam. Pâris n'aime plus Hélène et Hélène a perdu le goût de Pâris, mais Troie ne rendra pas la captive car pour tous les hommes de la ville « il n'y a plus que le pas d'Hélène, la coudée d'Hélène, la portée du regard d'Hélène ... » et les augures, eux-mêmes, refusent de la laisser partir. Hector, pour Troie, et Ulysse, pour la Grèce, tentent à tout prix de sauver la paix. Mais la guerre est l'affaire de la Fatalité et non de la volonté des hommes. La guerre de Troie aura lieu.

     

    Ma critique

     

    J'ai toujours beaucoup apprécié Jean Giraudoux, dont j'avais notamment étudié l'Électre (1937) en classe de Première. Parue deux ans plus tôt, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, en deux actes, fait un peu office de première ébauche pour celle de 1937. Car on y retrouve des traits similaires, entre autres les pieds-de-nez faits à la mythologie rigide, une irrévérence envers toutes les conventions possibles et inimaginables, et des dialogues frôlant le grotesque mais d'une gravité et d'une symbolique hors-pair ; bref, les traits caractéristiques du théâtre de Giraudoux.

    Il n'est pas nécessaire en réalité d'avoir pris des cours de culture antique pour plonger dans la pièce : Giraudoux construit (ou impose) l'identité de ses personnages au fil des répliques. Des types se dégagent, plus ou moins en accord avec leur origine mythologique. Mais en réalité, c'est bien les paroles qui ont le beau rôle dans cette pièce. Les intrigues géopolitiques et militaires entre Athènes et Troie, de même que les jeux des dieux et de l'amour entre Hélène et Pâris, Andromaque et Hector, tous et toutes deviennent l'occasion de mettre en lumière de graves réflexions sur la valeur des relations amoureuses, le sens (et l'absurdité) du conflit armé, la tension entre liberté et fatalité, dont la dernière ressort gagnante : n'est-ce pas là tout l'enjeu de la tragédie grecque ?

    S'il est impossible de faire de la pièce de Giraudoux une véritable tragédie – il s'agirait plutôt d'un drame unique en son genre – on ne peut que réfléchir à quel point elle fut visionnaire de l'effroyable et tragique conflit qui suivit … La Guerre de Troie a eu lieu, la Seconde Guerre mondiale aussi.

     

    De la guerre, de l'amour et du sens : La Guerre de Troie n'aura pas lieu, mais rien ne vous empêche d'en être spectateur, ou lecteur …

     

    Citation

     

    ULYSSE : Ce n'est pas par des crimes qu'un peuple se met en situation fausse avec son destin, mais par des fautes. Son armée est forte, sa caisse abondante, ses poètes en plein fonctionnement. Mais un jour, on ne sait pourquoi, du fait que ses citoyens coupent méchamment les arbres, que son prince enlève vilainement une femme, que ses enfants adoptent une mauvaise turbulence, il est perdu. Les nations, comme les hommes, meurent d'imperceptibles impolitesses. C'est à leur façon d'éternuer ou d'éculer leurs talons que se reconnaissent les peuples condamnés… Vous avez sans doute mal enlevé Hélène …

     

    Guéric


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