• Tautogramme par Pau

    Ravit, il parcourt ton corps à l’insu de mon regard. Toujours avec amour il te susurre des préciosités. Dans tes bras, serrés contre ta poitrine, il jouit de tes plaisirs. Crois-tu vraiment pouvoir continuer à mentir sans que je ne m’en rende compte ? Ton regard me glace, tu es froide, voilà les ravages de tes fantasmes. Je sens tes lèvres se durcir à l’approche des miennes. Rose, mon amour, rappelle-toi tes jupes courtes, ton sourire provocateur et mes mains sur tes courbes à la limite de la décence. Notre bonheur ne tenait qu’à tes caprices et tes cuissardes en cuir. Rapidement je me suis épris de toi, de nous, de notre relation amoureuse loin d’être idyllique plutôt ravageuse. Quarantenaire, dépressif et râleur que pouvais-je espérer de mieux ? Qu’une ravissante créature rousse à l’odeur de soufre ? Incarnation fantasmagorique, parfum exotique, irrésistible rose. Au charme sulfureux qui masque de redoutables épines. De notre redondante rumba, danse des corps, tu t’es retirée. Maintenant, je suis seul à t’attendre dans notre garçonnière, en ton absence je repense à tes caprices et tes silences. Cigarette en bouche, j’ouvre la fenêtre et je regarde la Tour Eiffel prendre son pied lorsqu’elle scintille. Cette grande œuvre dont personne ne voulait, astre de mes nuits, incarnation de ma frustration et de mes avides ambitions de gloire. Paris ville des amoureux, ville des artistes dépressifs, ville des interdits. Cité des lumières, la maîtresse de mes folies. J’observe dans l’obscurité les démons œuvrer, les jeunes gens dans les ruelles qui se croient dans des motels, les vieilles friquées qui se font racoler par des jeunes désespérés à la crise d’adolescence mal gérée qui ont besoin de fric pour se sentir exister. Mais malgré ce que cette représentation nocturne offre à ma vue, tout me paraît fade et sans importance. Je pense à ses millions de cris que tu pousses avec lui et non plus avec moi, à ses caresses qui te font gémir. Je perds mon sang froid, je vais aller boire un remontant au coin de la rue. La lumière est tamisée, l’endroit peu recommandé, il sent la sueur et l’alcool. Je reprends une Marlboro, la serveuse me propose un verre, je la reluque et franchement je les préfère ronds. Un homme et une femme s’assoient près de moi. On dirait nous, avant. Elle embrasse sa barbe, les yeux dilatés, les joues rougies par l’alcool. Lui, grisonnant et fier de retrouver en elle une nouvelle jeunesse, commande les bières. Elle rit aux éclats toujours plus fort on pourrait presque voir sa glotte. Pris de nostalgie, je préfère quitter ce lieu. Je retourne sur mon perchoir et je guette mon oiseau de nuit. En retard, toujours un peu plus en retard, tu finis par venir. Tu es dans ta voiture, ton chemisier es déboutonné, ta chevelure est mal soignée. Tu tires sur tes vêtements, remets correctement tes bas. Tu règles les derniers petits détails avant de venir à ma rencontre. Je ne t’aperçois plus, j’entends tes escarpins gravir les marches. Tu ouvres la porte. Oh, ravissante Rose, pourquoi faut-il que je souffre ainsi ?

    Pau

     


  • Commentaires

    1
    William
    Lundi 5 Février à 09:02

    Pas mal du tout, il y a peut-être un poil trop de rythmes ternaires yes

    Sinon c'est très sympa !

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