• Tristesse et beauté de Yasunari Kawabata

    Tristesse et beauté de Yasunari KawabataTitre: Tristesse et beauté

    Auteur: Yasunari Kawabata

    Edition: Le livre de poche ou Albin Michel

     

    "Tristesse et beauté" est un roman sans illusions dont émane une certaine mélancolie et qui reprend de nombreux éléments de la vie de Kawabata. Un soir de nouvel an, Oki part retrouver son ancienne maîtresse, Otoko, dans l'espoir d'écouter sonner les cloches des temples en sa compagnie : il ne l'a pas revue depuis de nombreuses années et a depuis refait sa vie. Le premier roman à succès d'Oki narrait sa liaison avec Otoko: la femme de ce dernier mène une vie aisée grâce à cette infidélité passée, tandis qu'Otoko n'a rien et ne doit sa bonne fortune qu'à son talent de peintre. Dans le roman, l'artiste est devenue une femme d'âge mur qui partage la vie d'une jeune apprentie : Keiko. Ces dernières entretiennent une relation étrange, oscillant entre passion charnelle et amour filial : la jeune fille a le même âge qu'Otoko lorsqu'elle a rencontré Oki pour la première fois. Très vite, il devient évident que Keiko voue une admiration sans borne à sa mentor : elle décide alors de la venger.

    Ce dernier roman de Kawabata avant son suicide m'a faite voyager dans un Japon sur lequel le temps semble n'avoir aucune emprise : réel et irréel se mêlent jusqu'à perdre le lecteur. Les nombreuses scènes de description de la nature environnante ou des rues désertes m'ont plongée dans un état contemplatif qui laisse finalement moins de place à la narration : cela ne dessert pourtant aucunement le livre. A travers ce roman onirique, Kawabata semble en proie à l'introspection et propose une réflexion sur la mélancolie et la recherche veine d'une époque révolue. Ses personnages oscillent sans cesse entre l’amour et la haine et leur destins tourmentés portent un récit troublant caractérisé par une dualité permanente. J'ai également beaucoup aimé les nombreuses considérations sur l'art japonais, sur sa signification et sa manière d'être pensé. Les descriptions des artistes en train de peindre sont saisissantes et très visuelles, j’ai été d’ailleurs agréablement surprise car Kawabata sollicite en permanence tous les sens du lecteur : cela rend la lecture cruellement intense. Plus désabusé que "Les belles endormies", "Tristesse et beauté" n'en a cependant pas la tonalité glauque et se laisse apprécier en toute légèreté : touchant, il semble illustrer le dernier stade créatif de Kawabata, à son sommet.

    Ma citation

    "Le temps avait passé. Cependant, ne s'écoulait-il pas différemment pour chacun, en empruntant des voies diverses? Pareil à un fleuve, le temps pour l'homme parfois s'écoulait rapidement, parfois selon un rythme plus lent. Il lui arrivait aussi de ne plus s'écouler du tout et de rester là à stagner. Si le temps cosmique s'écoule à la même vitesse pour tous les hommes, le temps humain, lui, varie selon chacun. Le temps s'écoule pareillement pour tous les êtres humains, mais chaque homme se meut en lui selon un rythme qui lui est propre."

    Juliette GUILBAUD

     

     


  • Commentaires

    1
    Rose
    Lundi 2 Avril à 15:57

    Un livre bouleversant qui a laissé en moi un malaise palpable quelques jours après sa lecture.

    Les problématiques de ce maigre livre sont riches et nombreuses :  

    - notre rapport aux autres et ce qui le conditionne (les attentes que l'on a de nous (réelles ou que l'on s'imagine) de notre entourage -parents, époux (se), enfant(s), etc...),

     

    - l'idéal que l'on croit devoir atteindre pour être reconnu et aimé, 

    - le recours à la duperie pour convaincre les autres - jusqu'à parvenir à se tromper soi-même,

    - l'escalade du mensonge jusqu'au non retour jusqu'à se perdre, sauf à admettre d'être jugé, moqué, quitté,

    - la lâcheté d'un homme et un ego poussé à son paroxysme,

    - et enfin la folie meurtrière lorsque le piège se referme sur soi, l'autre issue possible n'étant que l'aveu et donc le désaveu de toute une vie.

    Lorsque le mot fin arrive et, que l'on retrouve le monde réel et les autres, l'interrogation qui tourmente est  : A qui ai-je à faire? Qui est cet autre qui se raconte? La manière qu'il a de vivre est-elle la sienne ou l'emprunte t-il le temps d'une sortie, d'un bavardage, d'une rencontre? Qui est-il dans son for intérieur? Qui est-il une fois rentré chez lui?

    Ce qui renforce le questionnement est que Romand a entretenu la supercherie pendant 18 ans, au sein de sa famille, au coeur d'un village c'est à dire dans un périmètre clos. Qui sont alors même nos proches? Le doute s'installe alors, insoutenable...

    La problématique est perturbante. Celle de la vérité.

    Un livre fort dont on sort abasourdi alors qu'il est pauvre de faits et de rebondissements, que Carrère se limite à narrer, sans jamais livrer d'analyse.

    C'est en lisant "D'autres vies que la mienne" du même auteur (dont j'aimerais vous faire la critique prochainement), que j'ai saisi tout le retentissement que ce livre avait eu en lui, tout l'investissement émotionnel et personnel que ces quelques pages lui avait demandé .

    La parution de ce livre a suscité de vives critiques et controverses, certains voyant dans le travail de Carrère une sorte d'apologie du monstre.

    Ceux-là auront sans doute mal compris. Carrère s'est contenté de "porter à la connaissance" de tous, le plus objectivement possible, à l'appui de témoignages, les coulisses d'un fait divers sociétal tragique, invitant ses lecteurs à la réflexion.

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